Patti Smith et RimbaudFaire circuler la littérature
Cela fait une vingtaine d’années qu’il se consacre au poète, que l’on surnomme aussi l’homme aux semelles de vent. Tout a commencé quand il était étudiant. Il se souvient qu’en tant que lecteur de poésie, il était plutôt attiré par Baudelaire. Lors d’un examen en première année à l’université, un professeur, Jean-Pierre Bertrand, l’interrroge sur un texte de Rimbaud. « A partir de là, j’ai creusé le sillon », précise-t-il. Il prend alors comme sujet de mémoire Rimbaud, puis il continue à faire des recherches et à analyser les textes du poète.
Si l’ouvrage qu’il vient de publier est assez académique – « parce qu’il correspond à une série de codes qui sont ceux de l’écriture universitaire » –, il n’en reste pas moins que Denis Saint-Amand sait vulgariser son propos. Il est donc heureux de sortir de l’université grâce à l’Intime Festival à Namur « afin de faire circuler la littérature autrement ».
Dimanche 30 août, ce chercheur qualifié du FNRS à l’Université de Namur, où il anime l’Observatoire des Littératures Sauvages (OLSa) y donnera une conférence littéraire intitulée En l’absence de Rimbaud.
Lettres à un confident
Cent trente-cinq ans après sa mort, Rimbaud continue « de faire l’objet d’une mythologie si puissante qu’il n’est pas abusif d’avancer qu’il déchaîne les passions », écrit notre interlocuteur dans son essai. Pourquoi ? « Il continue de jouer une fonction qui, à mon avis, est assez inédite. Des gens font parvenir des lettres à un écrivain vivant », commente avec un joli lapsus Denis Saint-Amand. Rimbaud, mort, reste vivant à sa façon. « Oui, c’est ça. C’est une façon de le garder vivant, reprend-il. Je détaille ce dispositif dans mon essai. Que des fans d’Elvis Presley déposent des petits mots à Graceland est une chose, certains l’ont connu vivant. Mais ici, Rimbaud n’a jamais été connu que mort. Il joue le rôle de confident, d’ami projeté afin de contrer une certaine forme de solitude, de tromper l’ennui », explique l’essayiste, qui a eu accès à certains textes.
« Un été avec Rimbaud » par Sylvain Tesson
On trouve ainsi aussi des textes d’élèves de classes françaises qui remercient Rimbaud parce que, grâce à ses poèmes, ils ont appris les allitérations, les métaphores ou les métonymies. « C’est peut-être une manière d’enseigner la poésie réduite à une sorte de virtuosité langagière. » Alors qu’en tant que prof, Denis Saint-Amand qui, dans Illuminations, jette son dévolu sur Royauté, Enfance ou Veillées, souhaite insister sur le fait que l’écriture, adolescente, de Rimbaud est « pleine de contradictions, d’énergie, qui aujourd’hui, continue à faire rêver ».
À cela s’ajoute « sa trajectoire fulgurante » – il écrit entre ses 14 et 21 ans, puis il mènera une vie mystérieuse et aventureuse, avant de mourir d’un cancer à 37 ans. « Un autre élément fondamental, continue Denis Saint-Amand, c’est la photo de Carjat. Qui a permis à Rimbaud de se doter d’une sorte d’éternelle belle gueule. Elle est prise en 1871 quand il arrive à Paris. C’est Verlaine qui lui dit que ça fait partie du jeu, s’il veut être écrivain, d’aller se faire tirer le portrait. Cette photo le fige dans une pose d’éternel adolescent un peu boudeur. »