« On a puisé dans les réserves stratégiques »: va-t-on vers une flambée des prix à la pompe ?
Et pour ce qui est du gaz, jusqu’où le prix pourrait-il grimper cet hiver ? Goldman Sachs vient justement d’apporter des premiers éléments de réponse dans une nouvelle note dévoilée lundi.
Plus de 100 euros le MWh en décembre ?
La tournure est de prime abord surprenante : les analystes de la banque américaine estiment que le prix du gaz naturel européen devrait dépasser les 100 euros par mégawattheure (MWh) en décembre afin de « permettre » au continent de reconstituer suffisamment ses réserves. On vous explique.
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« Les prix ne seront pas suffisants pour que l’Europe gère ses stocks tout l’hiver. »
Le problème est notamment lié à la concurrence internationale. Si les prix proposés en Europe par les acheteurs ne sont pas suffisamment attractifs, certaines cargaisons de gaz naturel liquéfié (GNL) pourraient être achetées par d’autres régions du monde, notamment par l’Asie. L’Europe devrait donc proposer des prix globalement plus élevés pour attirer les volumes dont elle a besoin. Et donc faire grimper la facture finale pour les consommateurs.
« Aux niveaux actuels, les prix ne seront pas suffisants pour que l’Europe gère ses stocks tout l’hiver », expliquent les analystes de Goldman Sachs.
Dans un scénario où les exportations énergétiques du Moyen-Orient ne retrouveraient que progressivement leur niveau normal d’ici 2027, la banque estime ainsi que le contrat TTF pour décembre 2026 (le principal indice de référence du marché européen du gaz) pourrait donc dépasser 100 euros/MWh.
Cette estimation est particulièrement élevée puisque le scénario de base de Goldman Sachs tablait jusqu’ici sur environ 50 euros/MWh. Précisons que ce scénario reste visiblement privilégié par la banque, si le contexte reste favorable.
100 euros/MWh, est-ce vraiment beaucoup ?
Pour mesurer l’ampleur d’un tel niveau, il faut le comparer avec les prix observés ces dernières années.
En 2025, le prix de gros moyen du gaz européen s’est établi à environ 36 euros/MWh, contre 34 euros/MWh en 2024, selon les chiffres de la Commission européenne. Un niveau de 100 euros représenterait donc près de trois fois le prix moyen enregistré en 2025.
L’écart est encore plus spectaculaire lorsqu’on remonte avant l’invasion de l’Ukraine par la Russie, en 2022, et la crise énergétique qui a suivi. En 2019, le TTF évoluait généralement entre une dizaine et une vingtaine d’euros par MWh. Un fossé gigantesque donc.
Quel impact pour une famille belge ?
Pour un ménage belge, qu’est-ce que cela représente ? Prenons l’exemple d’une famille belge de deux adultes et deux enfants chauffée au gaz. La Creg évalue la consommation annuelle à environ 17 000 kWh, soit 17 MWh, comme profil représentatif d’un ménage belge de quatre personnes.
Une différence de plus de 1000 euros.
Si l’on compare, en simplifiant, un prix de gros de 40 euros/MWh à un prix de 100 euros/MWh, la différence atteint 60 euros par MWh. Pour 17 MWh consommés sur une année, cela correspondrait à 1 020 euros de différence par an, soit près de 85 euros par mois.
Rappelons néanmoins que le TTF est un prix de gros, pas le prix final payé par le consommateur. La facture comprend également les coûts de réseau, les prélèvements, la TVA et différents coûts liés à la fourniture. En avril 2026, la Creg indiquait par exemple que la composante « énergie » (la matière première) représentait environ 60 % de la facture totale de gaz naturel en Belgique.
La manière dont la hausse peut se faire ressentir dépend également du contrat du ménage. Les contrats variables suivent plus directement l’évolution des marchés de gros, tandis qu’un ménage disposant d’un contrat fixe peut être temporairement protégé contre une flambée des cours.
Enfin, si le TTF ne dépasse 100 euros que pendant quelques semaines en décembre avant de redescendre, l’impact sur la facture annuelle serait évidemment nettement plus limité.
La météo pourrait venir au secours des consommateurs
Un facteur pourrait également modifier ces perspectives : la météo.
Un hiver plus doux que la normale réduirait mécaniquement les besoins en chauffage et donc la consommation de gaz. Les réserves européennes diminueraient alors moins rapidement, ce qui réduirait également la nécessité d’attirer des volumes supplémentaires à des prix très élevés.
Les dernières prévisions de Goldman Sachs reposent pour le moment sur l’hypothèse de températures hivernales proches des normales saisonnières mais un scénario plus favorable n’est pas exclu.
Selon un rapport de Rystad Energy, cité par nos confrères de l’Écho, un phénomène El Niño d’une intensité inédite depuis plus de 150 ans, susceptible d’ajouter entre + 1 et + 2 °C à la moyenne historique, pourrait réduire sensiblement la demande de gaz et compenser en partie le faible niveau des stocks européens. Un réchauffement suspect pour le dérèglement climatique mais qui permettrait, cyniquement, un hiver plus doux.
Mais en cas de coup de froid, de tensions persistantes au Moyen-Orient et de concurrence accrue pour le GNL, et alors que certaines installations qataries sont encore en réparation après les attaques de mars dernier (bien qu’elles alimentent peu l’Europe) et que les sanctions contre le gaz russe restent d’actualité et doivent même être renforcées en 2027, la situation pourrait donc être problématique.
Reste à voir si les dents vont claquer et grincer par la même occasion cet hiver.