Une affaire directement liée à l’exploitation de 11 maisons de débauche, réparties un peu partout en Wallonie picarde, depuis Comines jusqu’à Blaton.
« Si on doit enfermer tous ceux qui tiennent un bordel, il va falloir construire des prisons. Plusieurs prostitués ont été condamnées à deux ans de prison (NDLR: 20 autres prévenus étaient cités). C’est lourd aussi. On dit que j’ai exercé des pressions sur les filles. Je n’ai jamais frappé l’une d’entre elles. Alors oui, j’ai parfois tenu au téléphone des propos à la Audiard. Mais j’ai un peu agi comme un chef d’entreprise », avait-il lâché à la sortie de la salle d’audience.
Dodo la Saumure s’était installé dans la région de Tournai, près de la frontière française, et y exploitait de nombreux établissements de prostitution et « bars à hôtesses », dont plusieurs ayant pignon sur rue le long de l’Avenue de Maire. Des maisons closes qu’il avait dû se résoudre à fermer, les unes après les autres après les avoir fait « prospérer » dans les années 2010 : à Tournai bien sûr mais aussi à Froyennes, Péruwelz, Bernissart, Mouscron, etc.
Un personnage sulfureux, volontairement provocateur
En raison de ses activités, ce personnage controversé et sulfureux, au verbe souvent provocateur, avait rencontré pas mal de démêlés avec la justice. Il s’était dit « prêt à mourir en prison pour défendre ses idées (NDLR : la légalisation de la prostitution en Belgique). »
Outre ses déboires avec les autorités françaises, Dodo, qui se décrivait plutôt comme un « souteneur », avait été condamné en 2012 à cinq ans de prison avec sursis, pour proxénétisme aggravé en Belgique.
Pas de prison pour Dodo la Saumure
Son nom avait défrayé la chronique dès 2011 lorsqu’il était apparu dans l’enquête sur le réseau de prostitution autour de l’hôtel Carlton de Lille, affaire au retentissement international dans laquelle l’ex-ministre et homme d’affaires Dominique Strauss-Kahn fut mis en cause.
Poursuivi encore pour proxénétisme aggravé, Dodo la Saumure avait finalement été relaxé en 2015, à l’instar de l’ex-grand patron du FMI (Fonds monétaire international). Lors de son procès, il n’avait eu de cesser de clamer son innocence, alors qu’il était suspecté d’avoir fourni des prostitués à DSK et à son entourage.
Dodo la Saumure : « C’est DSK qui était visé à travers moi »
Des faits de proxénétisme, de traite d’êtres humains et d’incitation à la débauche lui avaient valu en 2019 d’être incarcéré à la prison de Leuze-en-Hainaut. Un séjour de 9 mois derrière les barreaux (« J’en ai profité pour lire de manière approfondie le code de procédure pénale », avait-il confié) avant qu’il ne soit libéré sous conditions strictes. Le point de départ d’une lente descente aux enfers pour celui qui se qualifiait volontiers de « grande gueule ».
En 2013, Dominique Alderweireld avait sorti sa biographique « Moi Dodo la Saumure » dans laquelle il retraçait son parcours tumultueux : « Ce gars du Nord entre dans le milieu par la petite porte, un cambriolage, à l’âge de 17 ans. Il enchaîne alors des vies assez rocambolesques : patron d’un bar montant à Lille dans les années 70, dirigeant d’un réseau de machines à sous, liquidateur au tribunal de commerce de Paris, conseiller immobilier d’Houphouët-Boigny en Côte d’Ivoire…Après avoir croisé la route de grandes figures de la pègre, il dirige aujourd’hui plusieurs maisons closes en Belgique, où elles sont tolérées. Il est aussi conseiller de quelques familles de la mafia du Nord. Au-delà de l’affaire DSK qui l’a rendu célèbre, Moi, Dodo la Saumure raconte la vie invraisemblable et mouvementée d’un petit truand devenu parrain… »
Ses conditions de vie s’étaient considérablement détériorées ces dernières années. Dodo n’en avait pas fait mystère en évoquant publiquement ses problèmes de santé (soucis cardiaques, douleurs au dos…) et ses difficultés à trouver un logement.