Entre Zurich et Paris, l’artiste suisse Katja Schenker façonne des œuvres monumentales et des performances vibrantes qui interrogent notre rapport à l’espace, à l’autre et à notre liberté. Son exposition ‘Caryatids Go for a Swim’ se tient jusqu’au 6 septembre au Musée Haus Konstruktiv de Zurich.

Dans le paysage de l’art contemporain, Katja Schenker interroge la cohésion et les relations en travaillant avec le corps, mais aussi avec la matière dans les domaines de la performance, du dessin et de la sculpture. Pour elle, l’art n’est pas une simple observation contemplative du monde, mais une confrontation directe, charnelle. Son corps n’est pas seulement un outil de création, il est le cœur battant de sa recherche, exaltant la force, la puissance et l’autonomie.

Dans son exposition solo ‘Caryatids Go for a Swim’ à l’affiche du Musée Haus Konstruktiv à Zurich, Katja Schenker s’approprie l’espace avec une liberté désarmante. Aux murs, de grands dessins rouges – couleur du désir, de la force et de l’explosion – portent les stigmates de son engagement physique: des empreintes de fesses, de dos, de mains et de pieds s’y mêlent à des lignes tracées comme dans un état de transe. Et puis les traces d’une performance, au centre de la pièce, des pelotes de fils qui dessinent un territoire au sol et qui s’enchevêtrent à un cadre debout. 

L’art pour faire un pas de côté

Mais c’est dans le titre même de son exposition que réside toute la poésie subversive de l’artiste. En détournant la figure historique des cariatides, ces statues de femmes condamnées par l’architecture antique à soutenir d’immenses édifices, Katja Schenker propose un pas de côté salutaire, teinté d’humour et de féminisme.

« Le titre ‘Caryatids Go for a Swim’ est une allusion aux cariatides de l’Antiquité. Ce sont des femmes qui portent un poids lourd (…), forcées de faire ce travail pendant toute leur vie. Et moi, j’essaye de les libérer de cette place d’une manière humoristique, car il n’était pas possible qu’elles aillent nager parce qu’autrement, tout le bâtiment s’effondrait », explique Katja Schenker dans l’émission Vertigo du 20 août.

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Des projets d’ampleur hors norme

L’art de Katja Schenker ne s’arrête toutefois pas aux portes des musées. L’artiste aime s’emparer de l’espace public à travers des projets d’une ampleur hors norme, qu’elle appréhende comme des marathons physiques et temporels. Son chef-d’œuvre public, une sculpture monumentale de 11 mètres de haut et de 100 tonnes baptisée ‘Dreamer’, érigée dans l’atrium du campus de la Haute école spécialisée du Nord-Ouest de la Suisse (FHNW ) à Muttenz (BL), en est la preuve. Ce projet colossal a nécessité quatre ans de travail acharné, dont une année entière passée par l’artiste au cœur même du chantier.

'Dreamer' (Wie tief ist die Zeit?), 2018, de Katja Schenker. [DR - Tom Bisig] ‘Dreamer’ (Wie tief ist die Zeit?), 2018, de Katja Schenker. [DR – Tom Bisig]

Cette œuvre massive, véritable totem géologique mêlant béton, pierre et bois, n’est pas qu’une prouesse technique. Elle possède une aura presque organique qui force le passant à s’arrêter, à rompre le rythme frénétique du quotidien pour entrer en contact avec elle.

Propos recueillis par Florence Grivel

Adaptation web: ld

‘Caryatids Go for a Swim’ de Katja Schenker, Haus Konstruktiv, Zurich, jusqu’au 6 septembre 2026.