
Par Yasmine Meziani
Publié le 25 août à 10h38
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Condamné à 17 ans pour avoir agressé son voisin supposé pédocriminel, Grégory Lenoci suscite de vifs débats. Alors qu’une cagnotte de soutien en son nom dépasse les 70.000 euros, nous avons recueilli vos avis ce mardi matin dans notre émission « Les auditeurs ont la parole ».
Ce mardi matin, dans notre émission « Les auditeurs ont la parole », présentée par Benjamin Maréchal, plusieurs d’entre vous se sont exprimés sur l’affaire Grégory Lenoci.
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La cagnotte lancée en soutien à Grégory Lenoci a dépassé les 70.000 euros cette semaine. Condamné à 17 ans de prison pour avoir violemment agressé son voisin, qu’il soupçonnait d’avoir abusé sexuellement de son beau-fils, il continue de susciter un vif débat. Faut-il y voir le soutien à un père dépassé par la situation ou un encouragement à se faire justice soi-même ?
Une cagnotte « totalement choquante » pour Serge
Pour Serge, l’un de nos auditeurs, originaire de Jemeppe-sur-Sambre, en province de Namur, la réponse est claire : il ne versera pas d’argent dans la cagnotte. Il juge cette mobilisation « totalement choquante ».
« Je suis pour des sanctions plus fortes pour les pédophiles et pour que la justice aille plus vite », précise Serge. Mais il estime que Grégory Lenoci reste « un délinquant multirécidiviste qui a déjà fait une tentative d’assassinat pour laquelle il a été condamné ». « Il était sous bracelet », rappelle-t-il.
Aujourd’hui, la victime de l’agression se trouve toujours dans un état semi-végétatif. Pour Serge, le passage à l’acte de Grégory Lenoci a également empêché la justice de mener son travail : « En attaquant et en presque tuant le pédophile, il empêche l’action de la justice contre cette personne ». Face au montant récolté, l’auditeur réagit vivement : « Les gens deviennent débiles ». Il estime que certains finissent par soutenir « des délinquants ».
Stéphanie pourrait contribuer à la cagnotte
Stéphanie, une autre auditrice, dit au contraire qu’elle pourrait contribuer à la cagnotte. Elle explique cette position par son propre vécu. « Moi-même, j’ai été victime et, en justice, le problème, malgré les preuves, malgré les témoignages, à chaque fois, ils refusent : soit c’est classé sans suite, soit il y a un déni de preuve », témoigne-t-elle.
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Elle affirme avoir été victime à deux reprises durant son enfance. Sa mère, explique-t-elle, avait entrepris les démarches nécessaires, mais la personne mise en cause n’a jamais été sanctionnée. Pour Stéphanie, ce type d’expérience nourrit un profond sentiment d’injustice. Elle dit dès lors comprendre la réaction de certains parents : « À un moment donné, je crois qu’il faut comprendre le ras-le-bol, et c’est vrai que des gens qui n’ont plus rien à perdre veulent faire justice ».
Il y a des victimes, il y a des familles de victimes qui les ont vues se suicider et autresStéphanie
« Il y a des victimes, il y a des familles de victimes qui les ont vues se suicider et autres », déplore-t-elle. Elle insiste sur les conséquences des violences sexuelles sur les enfants : « Quand un enfant est abusé, c’est toute sa vie qui est détruite. »
À ses yeux, la cagnotte constitue donc un avertissement adressé à la justice belge. « Tant que la justice ne sera pas plus sévère en Belgique, ben oui, à un moment donné, les gens en ont marre ! », affirme-t-elle.
Jacques comprend la colère, sans cautionner la cagnotte
Jacques, auditeur de Seraing, en province de Liège, ne participera pas à la cagnotte. Il dit toutefois comprendre la réaction de ceux qui ont décidé de donner. « Je peux comprendre que certains alimentent la cagnotte. C’est une réaction de certaines personnes. Moi, ici, je ne donnerai pas », explique-t-il.
Pour lui, l’objectif d’une telle collecte ne devrait pas être de remettre de l’argent à Grégory Lenoci. « Je ne cautionne pas l’idée de la cagnotte », précise-t-il. Jacques refuse toutefois de condamner totalement la réaction du père de famille, même s’il rappelle que « l’on ne se fait pas justice soi-même ».
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Selon Jacques, ce malaise est aussi lié au traumatisme de l’affaire Dutroux, qui a profondément marqué la société belge.
« Je pense que c’est un traumatisme dans la société actuelle qui nous vient de l’affaire Dutroux, il y a 30 ans », estime-t-il.
Il considère que la justice n’a pas tiré toutes les leçons nécessaires de cette affaire, notamment en ce qui concerne les violences sexuelles commises sur des enfants : « Je pense que la justice n’a pas tiré l’entièreté des conclusions qu’il aurait fallu tirer, notamment par rapport aux pédophiles ».
Pour Jacques, les donateurs veulent montrer que les autorités « n’agissent pas assez vite », notamment dans les dossiers de violences sexuelles. La cagnotte devient ainsi, selon lui, un message de défiance adressé à la justice.


