Pour deux architectes passionnées par le bâti vernaculaire et attentives à sublimer l’existant, ce projet tombait à point nommé. Fondatrices du bureau PAREIL, Caroline Weill et Laetitia Paradis se sont vues confier l’aménagement d’une bastide provençale typique, de ses dépendances et d’un terrain, sur les contreforts du village de Tourtour, dans le Var.
Cet ensemble, singulier et puissant par sa situation et son ancrage dans la roche, avait perdu en cohérence. Les transformations successives avaient peu à peu altéré sa logique, rendant la maison ni vraiment fonctionnelle ni tout à fait confortable. « Il fallait retrouver son esprit provençal et valoriser les qualités du bâti ancien », expliquent-elles. Avant de commencer à dessiner, les architectes ont pris le temps d’observer : comprendre la structure, l’orientation, la topographie, le rapport au paysage. « Une fois cette base identifiée et le plan clarifié, nous intervenons avec nuance et sobriété, à travers les matériaux employés et les éléments menuisés », confie le duo.
Ce site, profondément enraciné dans la roche, appelait naturellement certaines références. Les architectes citent volontiers la Casa Ugalde de Coderch et Valls, les résidences d’Aires Mateus ou de Peter Ivens. Elles se sont également replongées dans des maisons mythiques, à l’instar de la Frey House II d’Albert Frey ou Fallingwater de Frank Lloyd Wright, toutes deux indissociables de leur site.
À l’intérieur, la matière guide naturellement le projet. Le bois, la pierre, la terre cuite et la chaux s’imposent comme des choix évidents, en lien avec le bâti. Dans l’enfilade séjour-salle à manger-cuisine, un pan de roche laissé apparent traverse l’espace, et rappelle que la maison repose sur le relief. « C’est la nature même du terrain qui transparaît à l’intérieur, expliquent-elles. Nous avons ajouté ce bac planté en pied pour accentuer le caractère vivant et mouvant des éléments. Cette dualité végétal-minéral renvoie intrinsèquement à l’origine du rocher, un temps oublié où la maison n’existait pas. » Dans la cuisine, les couleurs sont dictées par les matériaux : le rose vieilli des carreaux en terre cuite, les poutres anciennes et les nuances du rocher… Quant aux teintes des éléments rapportés, ils permettent de gérer les transitions entre les différents espaces et d’accorder l’ensemble, à l’instar des tuiles vernissées marron-orangées de la cuisine qui font écho au travertin rouge du plan de travail et au frêne teinté.
Le travail de Caroline Weill et Laetitia Paradis a largement dépassé la rénovation intérieure. Côté jardin, les différentes strates du terrain ont été recomposées dans l’esprit des restanques provençales, reconnectant les volumes bâtis et réintégrant la terrasse basse de la piscine, jusque-là isolée. La maison a ainsi retrouvé un rapport plus fluide à son environnement : les parcours ont été clarifiés, tandis que les murets en pierre prolongent naturellement les lignes du relief. Une manière pour la bâtisse de retrouver sa place dans le paysage.
