Ridley Scott dézingue les super-héros
« Les gens ne regardent pas les informations, on dirait, explique-t-il, tout de noir vêtu, lors d’une conférence de presse virtuelle depuis Londres. Moi, je regarde les nouvelles mondiales deux fois par jour et beaucoup de ces choses sont déjà en train de se produire. Nous avons juste des œillères à tous les niveaux, concernant le changement climatique ou, pire encore, le chaos dans certains territoires du monde. Je ne mentionnerai pas où ils se trouvent, mais il y a du chaos, fondamentalement des calamités. »
Et d’ajouter par la suite : « Regardez le virus Ebola qui s’était déclaré près de la rivière Ebola en Afrique de l’Ouest. Ça vient de se reproduire. C’est hors de contrôle parce que nous avons réduit le budget du CDC (l’agence fédérale sanitaire américaine, ndlr) mondial. C’est ainsi que cela arrive. Les États-Unis devraient être le grand gardien du monde parce que c’est leur rôle. C’est ça le problème. »

Jacob Elordi et le chien Jasper dans « The Dog Stars ». ©DisneyRidley Scott : « Le divertissement doit aussi interpeller »
Une réalité suggérée à l’écran. Hig (Jacob Elordi, incapable de sortir autre chose que les lieux communs flatteurs lors de cette conférence de presse) et Bangley (Josh Brolin) survivent ensemble aux maladies et aux attaques tout en ayant deux visions diamétralement opposées de l’humanité. Le premier veut retrouver sa vie d’avant, renouer des contacts sociaux, tandis que le second, survivaliste, ne pense qu’à protéger son petit bout de terrain en flinguant tous ceux qui s’en approchent.
« Je ne veux pas en faire un documentaire, mais cela doit, dans un sens très large, divertir, précise Ridley Scott. Cependant, le divertissement doit aussi interpeller. On ne peut pas rester assis à sourire devant un film stupide. C’est formidable quand le film commence à vous raconter quelque chose, à vous parler. Je pense que celui-ci vous parle. En arrière-plan, j’essaie de trouver, au-delà de cela, le comportement humain, l’empathie, la sympathie. J’essaie de cacher ce que je pense en dessous parce que j’ai tendance à devenir très sombre — on m’a massacré sur Blade Runner pour avoir été si sombre. «

Jacob Elordi et Margaret Qualley dans « The Dog Stars ». ©DisneyLa survie au cœur de l’intrigue
D’évidence, pour The Dog Stars, il s’est réfréné. Si de nombreux hommes sont retombés dans la sauvagerie (des hordes tatouées saccagent tout juste par plaisir de détruire) ou la folie (certains veulent créer un monde prétendument parfait, aseptisé, « à l’ancienne »), par bien des aspects, l’intrigue lorgne plus du côté de Seul sur Mars que d’Alien. Dans des décors majestueux, la banalité du quotidien prend régulièrement le pas sur le spectacle. Et pour susciter la réflexion, les stéréotypes du cinéma américain, aussi bien romantiques qu’accroche-larmes, sont plus souvent de mise que la profondeur psychologique des protagonistes.
« Je voulais éviter de reproduire quelque chose qui a déjà été fait et surutilisé, car il s’agit d’une histoire sur la fin du monde, et le moment est venu pour celle-ci de se dissoudre dans un comportement nomade, expliquait-il pourtant dans les notes de production. Je ferai tout pour éviter les clichés, c’est ma devise chaque fois que je me lance dans un projet. Cette histoire aborde tant de thèmes, qu’il s’agisse de drame, de peur, de terreur ou de comédie. »
À ses yeux, le sujet central de The Dog Stars n’est autre que « la survie. La survie parce qu’en 2008, nous avons tous contemplé l’abîme financier, lâche-t-il pour conclure la conférence de presse. Il était grand ouvert, et à cause de l’avidité des banques. C’est un symbole élémentaire de ce qui a déraillé, puis du manque d’attention général. La plus vieille banque du monde s’est effondrée. Ajoutez à cela une pandémie, et puis une autre vague migratoire en provenance d’Afrique du Nord, ce qui est en train de se passer. Vous avez là le début d’un problème très sérieux. Vous voulez que je continue et que je devienne déprimant ? »
On aurait bien aimé qu’il développe son point de vue au lieu de dévier sur la poésie des montagnes et l’utilisation de six à onze caméras en même temps pour obtenir plus d’authenticité des comédiens. Dommage : il avait manifestement plus de choses personnelles à formuler. Et aussi à dévoiler à l’écran, s’il s’était écouté et fait preuve de plus de noirceur, comme dans ses chefs-d’œuvre. Sans se révéler indigne ou ennuyeux, The Dog Stars paraît quand même un peu fade dans la filmographie de Ridley Scott.
The Dog Stars (2 étoiles)
Film de Ridley Scott. Avec Jacob Elordi, Margaret Qualley, Josh Brolin, Guy Pearce. 1 h 58.

« The Dog Stars », en salle le 26 août 2026. ©Disney