INTERVIEW – Elle n’est pas que l’une des grandes figures du cinéma français, primée cinq fois aux Césars et deux fois à Cannes. Isabelle Adjani a toujours montré la voie en prenant la parole pour défendre la liberté.
Liberté ? C’est le fil rouge de la 28e édition du Printemps des poètes, manifestation nationale et internationale, qui a pour vocation de célébrer la poésie sous toutes ses formes. Elle en est la marraine cette année.
Madame Figaro.- Pourquoi avez-vous accepté d’être la marraine du Printemps des poètes ?
Isabelle Adjani.- Parce que la poésie est une dilatation du temps et de l’espace, où nos émotions se libèrent en se cognant sur des mots, des sons, des rythmes. Tout devient alors possible… même le printemps en plein hiver. Se perdre dans la poésie est paradoxalement le meilleur moyen pour se retrouver et retrouver les chemins de notre humanité perdue.
Quel est votre état d’esprit actuel ?
Suspendue entre espoir et fracas. Préoccupée par le chaos d’un monde qui chavire dans l’obscurantisme, la haine, la violence, la guerre, l’autodestruction. Il faudrait ralentir, décélérer pour ne pas décérébrer, prendre le temps de réfléchir à ce qu’il advient de l’humanité pour qu’un sursaut soit possible, prendre du recul pour prendre notre élan, pour agir…
Quel est le sujet qui vous fait sortir de vos gonds ?
Le cynisme avec lequel l’Occident a laissé les Iraniens se faire massacrer par le régime des mollahs de Téhéran. Le pétrole est devenu une malédiction pour ce peuple, dont la vie et la liberté sont moins importantes que l’accès à leurs réserves d’énergies fossiles.
Mode séduction ou mode guerrière ?
Entre les deux… Je reste attentive et vigilante. Rester désirable, pouvoir être désirée, mais exiger toujours le respect. Si je dois me mettre en mode guerrière, c’est pour défendre les droits des femmes, qui reculent dans le monde, ce n’est pas le moment de baisser la garde.
Y a-t-il un malentendu vous concernant ?
Le mystère Adjani. Je n’ai jamais joué à cache-cache avec le public. La vie, ses drames plutôt que ses joies m’ont amenée certaines années à moins travailler, à me retirer de divers projets, à en refuser d’autres. Des choix que j’ai pu regretter, mais qui se sont imposés à moi au moment où j’ai dû les faire.
Qu’aimez-vous que l’on dise de vous ?
Que je m’intéresse à la vie des gens, que je suis gentille, parce que c’est tout simplement la vérité. Quand j’ai l’occasion de rencontrer le public, notamment après une représentation au théâtre, ce sont ces échanges qui me touchent le plus, parce qu’ils s’adressent à moi, à la personne, pas à la personnalité, même si les deux ne sont pas séparables.
Quelle est la dernière fois où vous avez été fière de vous ?
Sur scène, à la fin de la première de La Fin du courage, de Cynthia Fleury, au Théâtre de l’Atelier, à Paris, quand j’ai fait un discours de soutien au peuple iranien et à sa diaspora en France. C’était une évidence pour moi, dans la lignée de mon soutien à Salman Rushdie, de mon engagement contre le fondamentalisme religieux quel qu’il soit. C’est une fierté humble, ce n’est pas grand-chose, mais c’est ma part du combat contre l’oubli.
Votre charge mentale ?
Mes fils, dont le bonheur m’obsède. Il faut qu’ils soient heureux pour que je trouve que la vie vaille le coup.
Avez-vous toujours le feu sacré ?
Il est toujours là, je l’entretiens en vestale prudente.
Vos projets ?
Quelques lectures de poèmes pour le Printemps des poètes, du cinéma, du théâtre… top secret !
Qu’allez-vous faire après cette interview ?
Revoir au cinéma pour la énième fois Le Mage du Kremlin, d’Olivier Assayas, film absolument génial basé sur le livre non moins génial de Giuliano da Empoli.
Printemps des poètes 2026, du 9 au 31 mars, dans toute la France. printempsdespoetes.com