Menée au Brésil sur une vingtaine d’années, l’étude montre qu’une exposition aux fortes chaleurs pendant la grossesse est systématiquement associée à une augmentation du risque de naissance prématurée.

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Menée au Brésil sur une vingtaine d’années, l’étude montre qu’une exposition aux fortes chaleurs pendant la grossesse est systématiquement associée à une augmentation du risque de naissance prématurée.

Non seulement inconfortables pour les femmes enceintes, les journées de canicule, comme celles, interminables, que nous avons vécues cet été, ont aussi des conséquences directes sur leur grossesse. Ainsi que sur la santé de leur enfant à naître.

C’est ce que met en lumière la plus vaste étude internationale menée sur vingt ans au Brésil, et coordonnée par l’Institut de recherche Sant Pau. Publiés dans The Lancet Regional Health – Americas, les résultats de la recherche s’appuient sur les données de près de 30 millions de naissances enregistrer dans le pays pour conclure que l’exposition aux fortes chaleurs pendant la grossesse est associée à un risque accru de naissance prématurée.

Jusqu’à 5 % de hausse du risque de prématurité

Pour parvenir à cette conclusion, les chercheurs ont passé au crible toutes les naissances enregistrées au Brésil entre 2001 et 2020, puis ont croisé ces données avec une cohorte nationale portant sur 100 millions de naissances, qui sont majoritairement survenues parmi les catégories socio-économiques les plus défavorisées du pays. Selon les chercheurs, cette caractéristique est importante car elle a permis « d’étudier l’impact des événements climatiques sur un groupe particulièrement exposé à des facteurs tels que l’insécurité alimentaire, les difficultés d’accès à l’eau potable et les obstacles à l’accès aux soins de santé », écrivent-ils dans leur communiqué.

Les résultats, qui se basent sur trois périodes distinctes, sont sans appel : ils montrent qu’une exposition aux fortes chaleurs pendant la grossesse est systématiquement associée à une augmentation de 1,4 à 1,7 % du risque de naissance prématurée. Et plus la sécheresse est intense, plus le risque est important, estimé même à 5 % lors d’épisode extrême.

« L’ampleur relative peut sembler modeste, mais elle doit être interprétée dans une perspective démographique. Les sécheresses touchent simultanément de vastes régions et des millions de personnes, de sorte que même une petite augmentation peut se traduire par un nombre considérable de naissances prématurées », souligne le Dr Aline Rocha, première autrice des recherches.

Les fortes chaleurs n’ont par ailleurs pas seulement un impact sur la prématurité des bébés. L’étude montre aussi qu’elles sont associées à une augmentation de 1 à 2 % de la probabilité que les nouveau-nés présentent une petite taille et un faible poids pour son âge gestationnel – c’est-à-dire alors qu’ils sont encore dans le ventre de leur mère, en particulier si l’épisode caniculaire survenait au cours des deux premiers trimestres de grossesse.

Les femmes pauvres en première ligne

Comment expliquer ce lien entre sécheresse et prématurité ? Les auteurs des travaux avancent plusieurs pistes, notamment la déshydratation, les variations hormonales, ou encore les difficultés d’accès à l’alimentation, à l’eau ou aux soins prénataux. Une exposition prolongée aux chaleurs extrêmes pourrait également affecter la nutrition maternelle et la fonction placentaire, réduisant ainsi l’apport d’oxygène et de nutriments nécessaires au développement fœtal.

Bien qu’observationnelle, cette étude est donc fondamentale, non seulement pour comprendre comment le réchauffement climatique impacte la santé des futures mères et de leurs enfants, mais aussi comment les conditions socio-économiques peuvent accroître la vulnérabilité aux événements climatiques. « Les populations ne sont pas exposées à la sécheresse de manière isolée. Ces épisodes peuvent coïncider avec des vagues de chaleur, des feux de forêt, la pollution atmosphérique, des pertes de récoltes, la hausse des prix alimentaires ou des difficultés d’accès aux soins. L’accumulation de ces risques peut considérablement accroître la vulnérabilité pendant la grossesse », explique le Dr Otavio Ranzani, coauteur des travaux.

Cette étude n’est pas la seule à s’être penchée sur le lien entre réchauffement climatique et risque de prématurité chez les mères en situation de vulnérabilité socio-économique. Fin juin, une étude portant sur 36,6 millions de naissances survenues dans 13 pays, dont l’Espagne et l’Italie, parvenait aux mêmes conclusions. « La chaleur extrême n’est plus une simple question de confort. C’est un enjeu de santé publique, d’équité sociale et de justice climatique. Et les femmes enceintes sont en première ligne », concluaient dans un article de The Conversation les auteurs de ces travaux.