La Commission européenne, avec le budget de l’Union sur la période 2028-2034, vise-t-elle trop haut ? C’est ce que semblent penser six pays membres emmenés par l’Allemagne, qui aimeraient bien dépenser des « centaines de milliards d’euros » en moins, ont-ils fait savoir ce jeudi. Les six pays exigent une discipline budgétaire plus stricte, ce qui les oppose traditionnellement à des pays comme l’Italie, l’Espagne et la Pologne.

« L’Union européenne doit faire des choix clairs et redéfinir ses priorités budgétaires, tout comme nous le faisons chez nous », ont prévenu l’Allemagne, l’Autriche, le Danemark, la Finlande, les Pays-Bas et la Suède, dans un communiqué commun, avant des discussions prévues à l’automne qui s’annoncent difficiles entre les Vingt-Sept. « La proposition de la Commission, qui s’élève à près de 2.000 milliards d’euros », soit en hausse d’environ 60 % par rapport au budget actuel, « doit être réduite de plusieurs centaines de milliards d’euros, de manière équilibrée », ont-ils affirmé.

A nous six, « nous finançons environ 40 % du budget européen », a déclaré au début d’une conférence de presse à Berlin le chancelier allemand Friedrich Merz, en présence de ses homologues finlandais, autrichien et danois. Les dirigeants néerlandais et suédois ont participé à cette réunion en ligne. « Nous ne sommes pas radins, mais ce genre de répartitions proposées par la Commission ne correspondent tout simplement pas à notre époque », a prévenu le dirigeant conservateur, particulièrement impopulaire en Allemagne, alors que son parti risque de perdre une élection régionale dans dix jours contre l’extrême droite.

Menace russe croissante

Les « frugaux » souhaitent que les dépenses soient davantage axées vers la défense, à l’heure où l’OTAN est confrontée à une Russie hostile, et que la compétitivité européenne soit renforcée face aux États-Unis et à la Chine dans les secteurs et technologies clés. Sans surprise, la dirigeante danoise et son homologue finlandais ont particulièrement insisté sur la menace russe croissante depuis l’invasion de l’Ukraine. « La tâche la plus importante est de renforcer la sécurité européenne et de répondre aux préoccupations de nos populations », a affirmé Mette Frederiksen. « Nous devons nous réarmer et poursuivre notre soutien résolu à l’Ukraine. Plus d’armes, plus de munitions. Et nous devons aussi sécuriser nos frontières », a-t-elle ajouté.

Rappelant que la Finlande avait la plus longue frontière terrestre directe avec la Russie de l’UE, Petteri Orpo a constaté que cela « crée des défis très concrets en matière de sécurité, d’infrastructures et d’économie pour nos régions orientales et septentrionales ».

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Le son de cloche n’est pas le même du côté de la France. Lors d’un sommet en juin, Friedrich Merz s’était frontalement opposé à Emmanuel Macron, qui souhaite recourir à l’emprunt pour aider à financer le futur budget.

Les dirigeants européens veulent parvenir à une position commune d’ici la fin de l’année, avec des sommets en octobre à Bruxelles et deux autres dans la foulée en novembre et décembre. L’idée est d’agir avant les élections de 2027 dans plusieurs Etats membres, dont la France, où l’extrême droite pourrait triompher. Le président du Conseil européen, Antonio Costa, a entamé cette semaine une tournée des capitales de l’UE pour avancer sur cette échéance.