L’attaque du Hamas en Israël le 7-Octobre et l’interminable guerre d’Israël qu’elle a induite dans la bande de Gaza a libéré une violence débridée dans le chef des colons israéliens radicaux. Ceux-ci ont vu dans l’offensive implacable de Tsahal et dans les déclarations décomplexées des dirigeants israéliens une volonté de reconquérir ce territoire, ainsi qu’une validation de leur « droit » à récupérer la terre supposée d’Israël, y compris en Cisjordanie. Au point que la violence contre les Palestiniens et leurs habitations en Cisjordanie occupée a « dépassé le point de rupture », comme l’a dénoncé le 13 août le Haut-Commissariat des droits de l’homme de l’Onu. L’approche des élections législatives en Israël, qui auront lieu vingt jours après le troisième anniversaire du massacre perpétré par les islamistes palestiniens, ne fait qu’attiser cette violence.
En Cisjordanie occupée, des centaines de colons déferlent sur deux villages palestiniens Drapeau américain hissé
D’après l’instance onusienne, ces actes criminels visent clairement à rendre la vie impossible aux familles palestiniennes et à les contraindre à quitter leurs terres. Quelque 3 800 Palestiniens, dont près de la moitié sont des enfants, ont été déplacés en raison des violences des colons, des démolitions et des expulsions. Au total, 76 Palestiniens, dont 18 enfants, ont été tués par les forces de sécurité israéliennes ou des colons.
L’Onu a appelé les autorités israéliennes à « expulser immédiatement » les colons qui déplacent de force des Palestiniens, s’emparent de leurs terres et étendent les colonies. L’armée israélienne est, quant à elle, accusée – au mieux — de passivité, quand ce n’est pas de collusion.
L’expulsion manu militari arrangerait pourtant bien Louaï Abou Ridi, dont la maison est l’une de celles « assiégées » depuis trois semaines par un groupe de colons dans le village de Qousra, situé à cinquante kilomètres au nord-est du chef-lieu, Ramallah. Ce Palestinien, qui dispose aussi de la nationalité américaine, est revenu au village depuis l’Ohio (où il réside) afin de défendre son bien, convoité par ces colons. Il a même hissé un drapeau américain sur sa terrasse, à la fois pour tenter de dissuader les « assaillants » (qui le harcèlent par le biais de patrouilles incessantes autour de sa maison), et pour médiatiser son cas aux États-Unis, principal appui d’Israël.
Le « nettoyage ethnique » orchestré par Israël s’accélère en Cisjordanie occupée, prévient AmnestyViolences à maîtriser
Ce type d’activité mené par des colons radicaux, que l’ambassadeur américain Mike Huckabee a qualifié de « terroristes », vient aussi de faire réagir des sénateurs américains. Dans un courrier adressé au Premier ministre Benjamin Netanyahou, 45 des 47 membres du groupe démocrate au Sénat des États-Unis demandent au dirigeant israélien de maîtriser l' » importante vague » de violences des colons israéliens et d’arrestations de masse de Palestiniens qui déferle en Cisjordanie occupée. L’initiative, rendue publique le 26 août, demande également d’accélérer les enquêtes concernant la mort de neuf citoyens américains tués par des colons ou des forces de sécurité depuis 2022 dans le territoire palestinien occupé.
Des colons israéliens privent les Palestiniens d’eau pour remplir une piscine en Cisjordanie
Des instructions claires doivent être données à la police et à l’armée israéliennes afin de prévenir les affrontements violents en Cisjordanie et d’y intervenir, « quels que soient les auteurs des faits », poursuit cette lettre rédigée, entre autres, par le chef de la majorité démocrate Chuck Schumer – de longue date l’un des plus fervents soutiens d’Israël au Congrès. Le document exhorte aussi le gouvernement israélien à arrêter d’approuver des projets de colonies supplémentaires et la construction de « postes avancés illégaux » sur ce territoire, ainsi qu’à prendre des mesures pour retirer ceux qui sont déjà établis.