C’en était trop pour les défenseurs du « petit commerce » et du « bien manger ». Bad buzz…

Pierre-Yves Jeholet et Fabrice Drèze, lors de l’inauguration du nouveau « McDo » liégeois. ©D.R.Grandes surfaces, grands loyers
Depuis « toujours », la rue Vinâve d’Île à Liège figure parmi les axes commerciaux les plus fréquentés du pays et, à Liège, elle reste assurément une référence en matière de flux piétonnier. Depuis plusieurs années toutefois, elle est aussi pointée du doigt pour ses (trop) nombreuses cellules vides mais également pour ses loyers exorbitants – nous évoquions récemment certains baux commerciaux s’élevant dans le quartier jusqu’à 70.000 euros. Symbole du « déclin » du « petit commerce » liégeois que dit vouloir défendre la Ville, on comprend que pour certains, l’inauguration d’un « McDo » ici est perçue comme un crime de lèse-majesté en principauté. Précisons qu’aujourd’hui sur l’axe Vinâve d’Île-rue des Dominicains, reliant la place Cathédrale à l’Opéra, on compte 18 cellules vides pour 50 espaces commerciaux, soit plus d’un tiers des surfaces.

On compte 18 cellules vides sur 50 sur l’axe Vinâve d’Île – rue des Dominicains. ©M.B.
Contacté par nos soins pour réagir à la polémique, l’échevin du Commerce Fabrice Drèze ne se dégonfle pas face aux critiques et salue l’arrivée du géant américain sur le piétonnier. Outre l’important investissement consenti, il souligne en effet les nouveaux emplois, l’effet positif pour l’ensemble des commerces voisins et, surtout, il précise que la rue en question n’est pas (plus ?) « configurée » aujourd’hui pour accueillir de petits indépendants.
« On le sait en effet, c’est une rue qui est destinée aux grandes enseignes. Les surfaces sont importantes et les loyers le sont tout autant. Bien sûr, nous travaillons sur des mécanismes qui permettraient à de plus petits commerces de s’implanter [NDLR : réduction du précompte immobilier] mais pour l’heure de telles surfaces et de tels loyers ne peuvent attirer que de grandes enseignes ».
En outre souligne encore l’échevin, qui rappelle qu’un Quick était jadis ouvert sur ce piétonnier, « nous ne sommes pas en mesure de refuser une telle locomotive qui pourrait d’ailleurs partir en périphérie ».
Du côté du Commerce Liégeois, le son de cloche est (pour une fois), sensiblement similaire : « L’axe Vinâve d’Île a en effet toujours été occupé par des grandes enseignes », rappelle Jean-Luc Vasseur, président du Commerce Liégeois qui évoque aussi la problématique de la rentabilisation des surfaces… et des étages inoccupés. « Il y a un travail à faire sur le cadastre mais ce qui est sûr, c’est qu’il n’y a jamais eu de « petites » enseignes ici ».
Santé publique
Mais comment ne pas évoquer l’aspect sanitaire, autre « contre-argument » condamnant l’arrivée d’un « McDo » sur le piétonnier ? Il faut dire qu’alors que la Ville de Liège défend en effet depuis plusieurs années une politique basée sur le « circuit court » et l’alimentation durable, la célébration d’une marque incarnant la « malbouffe à l’américaine » à de quoi déconcerter… même si l’enseigne se défend d’être celle qu’on présente.
En outre, il faut reconnaître que, ces dernières années, le centre-ville liégeois s’est véritablement transformé en temple de la street food : de la rue Pont d’Avroy à la place du Marché en passant par la place de la République française et, désormais, Vinâve d’Île, les marchands de burgers, de tacos et d’autres mets « croustillants » ont pignon sur rue.
Question dès lors : où est passé le petit commerce liégeois ? Pour Jean-Luc Vasseur, il ne servirait à rien de dénoncer pareil changement, d’autant que, rue Pont d’Avroy, « le côté Forum a toujours été privilégié par de l’Horeca ». Version malbouffe ? « Un effet de mode qui pourrait passer », estime le Liégeois.
De son côté, Fabrice Drèze tempère également… d’autant que le nouveau McDo serait bien moins infréquentable en la matière. « Bien sûr que cette nourriture n’est pas la plus équilibrée mais si on s’en tient à l’argument de la santé, on ne peut plus rien promouvoir, les magasins de spiritueux, les glaces, les chips, les tabacs… Doit-on fermer 60 % des boutiques du centre-ville ? Et puis tout est une question de modération ». En outre, comme il le rappelait ce mardi encore, « nous avons une garantie ici que 100 % de la viande vendue est d’origine européenne. Pour l’eau, le franchisé liégeois, qui propose de l’emploi aux Liégeois, a fait un partenariat avec Spa Monopole et il y a ici un système de gestion de l’eau et d’électricité verte remarquable ».
De là à promettre que Mc Donald’s sera le sauveur du commerce liégeois bien sûr… l’avenir nous le dira.