Autorisé depuis 2024 aux États-Unis, le resmétirom est présenté comme le premier médicament ciblé contre la MASH, la maladie du foie gras métabolique. Entre espoirs d’inversion des lésions et accès très encadré en France, les patients attendent des réponses concrètes.

La maladie du foie gras métabolique, aujourd’hui rebaptisée MASH, disposait jusqu’ici uniquement de conseils d’hygiène de vie. L’arrivée du resmétirom, commercialisé sous le nom de Rezdiffra, change la donne : ce médicament oral est présenté comme le premier médicament MASH capable d’améliorer, voire d’inverser en partie, les lésions du foie observées à la biopsie. La FDA américaine a accordé son feu vert le 14 mars 2024, suivie par l’Agence européenne du médicament en 2025.

Cette promesse d' »inversion des lésions » repose sur l’essai de phase 3 MAESTRO‑NASH, où Rezdiffra a montré, chez des patients avec fibrose F2–F3, davantage de résolutions de MASH et d’améliorations de fibrose que le placebo. En Europe, le médicament bénéficie d’une autorisation de mise sur le marché conditionnelle, et en France la Haute Autorité de santé a rendu un avis en avril 2026, avec un accès précoce restreint. Reste une question sensible : ces améliorations histologiques se traduiront-elles par moins de cirrhoses, de greffes et de décès dans les années qui viennent.

MASH, MASLD : ce qu’est vraiment la « maladie du foie gras »

La MASH, pour steato-hépatite associée à un dysfonctionnement métabolique, s’inscrit dans un ensemble plus large nommé MASLD (maladie stéatosique associée à un dysfonctionnement métabolique). Concrètement, de la graisse s’accumule dans le foie sur un terrain de surpoids, diabète de type 2, dyslipidémie ou hypertension. Quand s’y ajoutent inflammation et destruction des cellules hépatiques (ballooning), on parle de MASH, stade déjà avancé.

Cette atteinte reste longtemps silencieuse, tout en faisant progresser la fibrose, notée de F0 à F4. Les patients inclus dans MAESTRO‑NASH présentaient une fibrose F2 ou F3 : un foie déjà abîmé, mais sans cirrhose constituée. Jusqu’à l’arrivée du resmétirom, aucun traitement n’avait d’AMM spécifique pour réduire cette fibrose, les médecins misant surtout sur la perte de poids, l’activité physique et le contrôle des facteurs métaboliques.

Rezdiffra : comment le resmétirom cible les lésions du foie

Le resmétirom est un agoniste sélectif du récepteur β aux hormones thyroïdiennes, le THR-β, principalement exprimé dans le foie. En stimulant ce récepteur, il augmente la combustion des graisses intra-hépatiques et modifie le métabolisme des lipides, ce qui réduit la stéatose, puis, indirectement, l’inflammation et la fibrose. Il se prend par voie orale, une fois par jour, toujours en complément d’un régime adapté et d’une activité physique, comme le rappellent les autorités de régulation.

L’essai MAESTRO‑NASH a inclus environ 917 patients avec MASH prouvée par biopsie et fibrose F2–F3, répartis entre placebo, 80 mg et 100 mg de resmétirom. À 12 mois, l’Agence européenne du médicament rapporte deux critères clés :

Résolution de la MASH sans aggravation de la fibrose : 30 % (100 mg) et 26 % (80 mg) contre 10 % sous placebo.

Amélioration d’au moins un stade de fibrose sans aggravation de la MASH : environ 27–29 % sous Rezdiffra contre 17 % avec placebo.

C’est ce double signal qui justifie de dire que le médicament « inverse » certaines lésions, au moins sur les coupes de biopsie. Les études se poursuivent sur 54 mois pour vérifier si ces gains histologiques se traduisent par moins de complications graves, avec des résultats d’outcomes attendus autour de 2028–2029.

Pour quels patients et avec quelles limites en France ?

La Haute Autorité de santé décrit Rezdiffra comme le premier médicament ayant une autorisation européenne spécifiquement dans la MASH avec fibrose F2–F3, tout en lui attribuant une absence d’amélioration du service médical rendu supplémentaire (ASMR V). En France, un dispositif d’accès précoce, avalisé début 2026, cible même prioritairement les fibroses F3, sur décision de spécialistes en hépatologie ou en maladies métaboliques, et dans un cadre hospitalier structuré.

En pratique, ce traitement ne s’adresse ni aux simples stéatoses, ni aux cirrhoses décompensées. Les effets indésirables les plus fréquents répertoriés dans le rapport européen sont la diarrhée et les nausées, avec une surveillance particulière de la fonction biliaire et hépatique. Les autorités rappellent aussi que la pierre angulaire reste la prise en charge globale des facteurs métaboliques : perte de poids durable, contrôle glycémique, gestion des lipides sanguins et de la tension artérielle, le médicament venant s’inscrire dans ce parcours plutôt que le remplacer.