
Par Jim Nejman
Publié le 31 août à 07h36
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Les Islandais ont rejeté à 52,8 % la reprise des négociations d’adhésion à l’Union européenne. Un résultat qui peut surprendre tant le pays est déjà intégré à l’Europe. Mais entre la défense de la pêche, les inquiétudes du monde agricole et la volonté de conserver sa souveraineté, une majorité préfère maintenir le modèle actuel.
L’Islande restera en dehors de l’Union européenne : ce week-end, 52,8 % des Islandais ont voté contre la reprise des négociations en vue d’une éventuelle adhésion.
Un choix qui peut sembler paradoxal car sans être membre de l’UE, l’Islande est déjà extrêmement intégrée à l’ensemble européen. Le pays appartient à l’espace Schengen, participe au marché unique et applique une grande partie des règles européennes. L’Union européenne est également un partenaire commercial incontournable : 66,5 % des exportations islandaises de biens lui sont destinées.
Alors pourquoi ne pas aller plus loin ? Les partisans d’une reprise des négociations mettaient notamment en avant la situation économique. L’Islande a connu une forte inflation et des taux d’intérêt très élevés. Elle dispose également de sa propre monnaie, la couronne islandaise.
Une adhésion à l’Union européenne aurait ouvert, à terme, la possibilité d’adopter l’euro. Pour les défenseurs du « oui », la monnaie unique aurait ainsi pu apporter davantage de stabilité. Autre argument : l’Islande applique déjà de nombreuses règles européennes afin de participer au marché unique, sans pouvoir pleinement contribuer à leur élaboration. En résumé, quitte à respecter ces règles, autant pouvoir peser sur les décisions.
L’Arctique au cœur des préoccupations
Le contexte géopolitique faisait également partie des arguments avancés en faveur d’un rapprochement avec l’Union. L’Arctique est de plus en plus convoité, notamment par la Russie et la Chine. Les déclarations répétées de Donald Trump sur le Groenland voisin ont aussi alimenté les interrogations. Dans ce contexte, certains Islandais estimaient nécessaire d’ancrer encore davantage leur pays, politiquement, au sein de l’Europe.
Ces arguments n’ont toutefois pas suffi à convaincre une majorité. Parmi les principales inquiétudes des opposants à l’adhésion figure la pêche. Le secteur est essentiel à l’économie islandaise puisqu’il représente près de 40 % des exportations de marchandises du pays.
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Pour ou contre une adhésion à l’Union européenne ? Les Islandais ont tranché
De nombreux Islandais redoutaient qu’une entrée dans l’Union européenne ne les oblige à partager davantage avec Bruxelles le contrôle de leurs quotas de pêche. Les inquiétudes sont similaires dans le secteur agricole. Certains agriculteurs craignent qu’une adhésion entraîne une concurrence européenne plus importante.
Derrière ces préoccupations économiques se pose surtout une question de souveraineté : pourquoi transférer davantage de compétences à Bruxelles alors que l’Islande bénéficie déjà d’une grande partie des avantages du marché européen ?
Reykjavik vote oui, les campagnes disent non
La géographie du scrutin illustre assez nettement ces différences. Les deux circonscriptions de Reykjavik ont voté en faveur de la reprise des négociations. Partout ailleurs, le « non » l’a emporté. Il dépasse même 60 % dans les trois grandes circonscriptions rurales du pays, où les questions liées notamment à la pêche et à l’agriculture occupent une place particulièrement importante.
Le contexte est aussi très différent de celui de 2009. À l’époque, en pleine crise financière, l’Islande avait demandé à rejoindre l’Union européenne. Cette fois, aucun sentiment d’urgence suffisamment fort ne semble avoir poussé une majorité d’Islandais à vouloir changer de modèle.
Le résultat constitue un revers symbolique pour Bruxelles. Riche, démocratique et déjà très intégrée à l’Europe, l’Islande aurait pu connaître un processus d’adhésion relativement simple.
Le vote ne traduit toutefois pas nécessairement un rejet de l’Europe. C’est même tout le paradoxe du scrutin : les Islandais ne semblent pas réclamer moins d’Europe, mais considérer qu’ils en ont déjà suffisamment.
L’Islande va donc continuer à participer au marché unique et à l’espace Schengen sans rejoindre l’Union européenne. Autrement dit, rester très européenne… sans devenir membre de l’UE.