Ils deviennent l’un des couples les plus en vue du moment. Diego est constamment entouré de femmes et laisse ses maîtresses s’immiscer dans l’équilibre déjà fragile de leur mariage. Frida finit par lui rendre la pareille, avec des hommes comme avec des femmes. On lui prête des liaisons avec le révolutionnaire russe Léon Trotski, alors exilé au Mexique, avec le photographe d’origine hongroise Nickolas Muray, mais aussi avec Tina Modotti.
Frida, pourtant, souffre. Son corps est fragile, c’est elle, la colombe, et elle ne sait jamais si son mari rentrera dormir chez eux ou dans la chambre d’hôtel qu’ils occupent alors. Elle doute aussi de son propre talent. La haute société qui accueille le couple et le finance la considère volontiers comme un simple accessoire de la vedette Rivera, une vision profondément erronée, nourrie par le sexisme de l’époque.
Diego lui-même, du moins tel que l’imagine Claire Berest, affirme l’avoir épousée parce qu’elle peint mieux que lui. Il apprécie aussi la fougue, pour rester mesuré, que sa femme déploie lorsqu’elle se met en colère. Appelons ça de la passion.
Frida, en revanche, vit mal leurs années aux États-Unis. Elle passe des nuits entières à attendre son mari en compagnie de l’une de ses assistantes. Le milieu qu’ils fréquentent l’exaspère et, dans les soirées élégantes, elle n’hésite pas à faire sensation. Elle construit alors, presque consciemment, cette identité visuelle si forte que la mode, l’art et la culture populaire ne cesseront ensuite de revisiter.
« Diego fut de loin le pire »
Le retour du couple au Mexique, en 1933, devait être le remède à tous leurs maux. Il devient au contraire le chemin le plus direct vers la rupture. Ils commencent par vivre séparément. Puis survient ce que Frida ne peut pardonner : Rivera la trompe avec sa sœur cadette bien-aimée, Cristina, que Frida avait elle-même représentée dans l’un de ses premiers portraits.
Selon l’une des versions de l’histoire, Frida se rend un jour dans l’atelier de Diego pour prendre des nouvelles de celui qui est encore, pour peu de temps, son compagnon. Depuis une mezzanine, elle surprend sa sœur et son mari en train de faire l’amour. L’amour était déjà impossible. Les cartes ainsi rebattues, il le devient davantage encore. Le divorce est prononcé en 1939. Mais ils ne se séparent jamais tout à fait.
« J’ai eu deux accidents graves dans ma vie. L’un, ce fut celui du bus, l’autre, ce fut Diego. Diego fut de loin le pire », reste l’une des saillies les plus célèbres attribuées à Frida. Mais entre eux subsiste un lien affectif et artistique dont aucun des deux ne parvient véritablement à se défaire. Elle ne sait pas vivre sans lui, malgré tout, en privé comme en public. Et lui non plus ne sait pas vivre sans elle.
Un an seulement après leur divorce, en 1940, ils se remarient à San Francisco, cette fois dans la plus grande discrétion. Frida pose plusieurs conditions, à commencer par son indépendance financière. Selon différentes biographies, elle aurait aussi exigé que cette nouvelle union exclue toute relation sexuelle. Entre légende et réalité, une chose est certaine : leurs biens restent séparés et les dépenses sont partagées. Ce deuxième mariage semble reposer davantage sur l’amitié, la complicité intellectuelle et artistique, et sur un amour qui, après tant de blessures, a simplement changé de forme.