Réalisateur du film « Arco », sorti le 22 octobre 2025 au cinéma, Ugo Bienvenu vit un moment très spécial depuis la sortie de son premier film.

EMMA MCINTYRE / Getty Images via AFP

Réalisateur du film « Arco », sorti le 22 octobre 2025 au cinéma, Ugo Bienvenu vit un moment très spécial depuis la sortie de son premier film.

Deux sur quatre. Meilleure musique originale pour Arnaud Toulon et surtout meilleur film d’animation, Arco a connu jeudi 26 février une belle soirée lors de la 51e cérémonie des César. Avant une éventuelle surprise mi-mars aux Oscars, le premier film du Français Ugo Bienvenu, connaît un succès d’estime rare dans le cinéma hexagonal.

Auteur de bande dessinée, animateur et désormais cinéaste âgé de 38 ans, le nouveau césarisé s’était confié, il y a quelques jours, au HuffPost depuis Los Angeles, entre deux événements pour les Oscars. Il faut dire que ses journées sont bien occupées depuis quelques mois pour celui qui affrontera un autre film français, Amélie et la métaphysique des tubes, Zootopie 2, Elio et surtout le grand favori KPop Demon Hunters lors de la cérémonie hollywoodienne du 15 mars.

Au surlendemain de la cérémonie des César, Le HuffPost vous repropose cette interview dans laquelle Ugo Bienvenu revient sur cette période de campagne intense et la pluie de récompenses espérée.

Le HuffPost : Aux César, Arco a obtenu des nominations rares pour un film d’animation (meilleur premier film, meilleur son et meilleur musique originale). Cela vous fait quoi ?

Ugo Bienvenu : C’est génial. Surtout que ça permet aux gens d’identifier Arco comme un film et pas seulement comme un film d’animation, c’est déjà une victoire. Je suis aussi très heureux pour la musique. Quand on a expliqué qu’on voulait Arnaud Toulon, ça a été très compliqué parce que les producteurs voulaient quelqu’un de connu, or il n’avait rien fait à cette époque. Désormais, tout le monde veut bosser avec lui. Et puis il y a le son. C’est hyper rare qu’un film d’animation soit nommé dans cette catégorie (seul J’ai perdu mon corps a déjà été nommé, en 2020, et avait gagné, ndlr). Ce qui est paradoxal puisqu’en animation, on fabrique l’intégralité du son du film.

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Je suis d’autant plus heureux que l’animation 2D est un médium en danger parce qu’il y a peu d’argent dédié, et quil y a l’IA. D’ailleurs, au dîner des Oscars (le 10 février, ndlr), tout le monde ne parlait que de ça.

Comment vivez-vous ce tourbillon médiatique qui précède les César, mais surtout Oscars ?

Honnêtement, je ne sais pas si on aura l’Oscar, mais savoir que c’est Arco que les réalisatrices et les réalisateurs préfèrent dans la catégorie films d’animation, c’est ce qui me comble le plus. Steven Spielberg a regardé mon film et il m’a même envoyé une lettre. Michel Ocelot (réalisateur d’Azur et Asmar et des films Kirikou, ndlr) m’a aussi envoyé une lettre après l’avoir vu. Thomas Bangalter a dit que c’était l’un de ses films préférés. Même George Lucas a vu Arco, c’est complètement fou ! Donc si je dois retenir une chose, c’est que les Oscars permettent que ton film soit vu par ceux que j’admirais enfant, et ça, c’est assez dingue.

Thomas Bangalter, moitié du groupe Daft Punk juge le film « Arco » à la fois « élégant, intelligent, coloré et profondément humain ».

Capture d’écran X

Thomas Bangalter, moitié du groupe Daft Punk juge le film « Arco » à la fois « élégant, intelligent, coloré et profondément humain ».

Vous avez quand même l’espoir d’une victoire aux Oscars ? Surtout après celle de Flow l’année dernière…

Qu’on gagne ou qu’on perde, franchement, c’est du bonus. Flow est génial, mais il y avait moins de concurrence l’année dernière. Là, on est face au plus gros succès en animation de tous les temps pour Disney (Zootopie 2) et face au plus gros succès de tous les temps de Netflix avec KPop Demon Hunters. C’est vraiment David contre deux Goliath, donc je ne peux pas trop m’avancer. Par ailleurs, il ne faut pas oublier que c’est une cérémonie américaine. Et avec Elio, Pixar a perdu 200 millions de dollars, donc ils vont essayer de protéger leur industrie cette année selon moi.

Toutes ces nominations, c’est une forme de consécration ?

À mes yeux, la consécration c’était le Festival international du film d’animation d’Annecy où on a gagné le Cristal du long métrage. C’est le plus grand prix dans l’animation et c’était le plus important pour moi car c’est ma profession qui me juge. J’ai toujours été un outsider dans tout ce que je fais. En bande dessinée j’étais un outsider parce que je venais de l’animation, et là, j’étais un outsider parce que les gens pensent que je viens de la BD. D’être confirmé de la sorte par mes pairs, c’était plus gratifiant que des nominations.

L’histoire d’« Arco » ? En 2075, une petite fille de 10 ans, nommée Iris, voit un mystérieux garçon vêtu d’une combinaison arc-en-ciel tomber du ciel. Ce garçon prénommé Arco vient en réalité du futur.

Remembers – MountainA

Natalie Portman a-t-elle encore un rôle à vos côtés en tant que productrice du film ?

Maintenant, c’est à nous de porter le film. En plus elle l’a déjà beaucoup porté au moment des sorties françaises et américaines. Et j’ajouterais qu’elle a aussi l’élégance de nous laisser au premier plan dans cette dernière ligne droite.

Pour revenir un peu sur la musique d’Arco nommée aux César, quelles étaient vos références ?

On a essayé de ne pas aller vers Joe Hisaishi, parce qu’on savait que tout le monde nous comparerait à Hayao Miyazaki. On a beaucoup parlé de musique grégorienne et de musique classique surtout. J’ai aussi montré les bandes originales de Casper, Jumanji, Le Seigneur des Anneaux et Forrest Gump au compositeur. Et on a écouté pas mal de rock. La scène de poursuite dans l’école, c’est venu d’une écoute d’un morceau des Beach Boys où on s’est dit : « putain, pour la poursuite dans les classes, ça serait cool de passer en mode rock », et c’est ce qu’on a fait.

« Arco » a souvent été comparé au travail du génie Hayao Miyazaki, un honneur autant qu’une gêne pour Ugo Bienvenu.

Remembers – MountainA

« Arco » a souvent été comparé au travail du génie Hayao Miyazaki, un honneur autant qu’une gêne pour Ugo Bienvenu.

En parlant de Miyazaki, comment vivez-vous cette comparaison ? Ce n’est pas un peu frustrant d’être résumé à un « Miyazaki à la française » ?

C’est un honneur, parce que c’est le plus grand réalisateur. Il est à côté d’Elia Kazan, d’Alfred Hitchcock et Stanley Kubrick à mes yeux. Après, c’est un peu gênant parce que dans le style et le design des personnages, ça ne se ressemble absolument pas. Les décors ne sont vraiment pas faits de la même manière et on a d’ailleurs été vigilant à ça.

Par contre, on se retrouve sur d’autres aspects. Il n’y a aucune violence dans Arco alors que 99,9 % de l’animation est faite de violence. Le seul qui ne le fait pas non plus c’est Miyazaki. Le fait de ne pas faire des récits noir et blanc mais qui explorent des zones grises nous rapproche aussi. Il y a également le rapport à la nature, et ça, je pense que c’est quelque chose que j’ai en commun avec lui. Mais bon, ça ne lui appartient pas non plus. En fait, Arco n’est pas un film très asiatique. D’ailleurs ce qui est marrant, c’est que Joe Hisaishi et Hayao Miyazaki sont les plus européens des Japonais. Alors que nous, nous sommes peut-être les plus Japonais des Européens.

Arco sera disponible en VOD, DVD et coffret 4KUHD + BRD le 17 mars prochain.