Élections en Ukraine en pleine guerre, crise politique ou renouveau démocratique ? « On est sur la corde raide »Une tactique d’épuisement plutôt que de destruction
Depuis plusieurs jours, les habitants de la capitale ukrainienne vivent au rythme de ces alertes à répétition. La Russie ne se contente ainsi plus de lancer ses drones par centaines au cours de vastes attaques nocturnes : de petits groupes sont désormais envoyés vers Kiev tout au long de la journée, parfois à seulement trente ou soixante minutes d’intervalle.
Le 27 août, la capitale a ainsi connu treize alertes, soit près de quinze heures cumulées. La séquence suivante s’est prolongée pendant plus de vingt-huit heures. Selon Volodymyr Zelensky, près de 1 500 drones ont été lancés contre l’Ukraine en quatre jours, dont environ 800 modèles à réaction.
Le nombre d’appareils engagés à chaque fois importe finalement assez peu. Une poignée de drones suffit à déclencher une alerte sur une partie de la capitale, à ralentir les trains, à perturber certains transports publics ou à interrompre momentanément l’activité d’entreprises. Les équipes de défense aérienne, elles, doivent rester mobilisées : c’est précisément l’un des effets recherchés. « Ils n’ont même pas besoin de frapper. Ils peuvent paralyser la ville simplement en tournant au-dessus de nos têtes », pestait dimanche Iouriy, chauffeur de taxi à Kiev.
Vladimir Poutine de plus en plus menaçant ? « La Russie envisage une nouvelle escalade »
Si la multiplication des attaques en pleine journée n’est pas entièrement nouvelle, leur fréquence et leur durée ont nettement augmenté au cours des dernières semaines. L’Institut pour l’Étude de la Guerre (ISW), un think tank basé à Washington, évoque désormais des « séries de frappes prolongées », destinées à maintenir les grandes villes ukrainiennes sous pression et à perturber leur fonctionnement, même lorsque les drones sont finalement abattus.
La Russie dispose pour cela d’un nouvel outil : aux Shahed à hélice se sont ajoutés des drones à réaction beaucoup plus rapides, certains approchant les 500 km/h, moins vulnérables aux petits drones intercepteurs bon marché utilisés par l’Ukraine. Cette nouvelle tactique russe tombe d’autant plus mal pour Kiev que ses défenses antiaériennes sont déjà sous forte pression : les stocks de missiles Patriot, indispensables contre les missiles balistiques, restent insuffisants. Moscou a d’ailleurs fortement augmenté l’utilisation de ces derniers, intensifiant ses frappes contre la capitale ukrainienne depuis le début de l’été.
« Si vous faites s’effondrer cette entreprise, cela entraîne une énorme désorganisation du système russe »La logistique ukrainienne, cible privilégiée
Mais la pression russe ne s’arrête pas aux alertes aériennes : depuis plusieurs semaines, les frappes visent également les infrastructures logistiques qui permettent à Kiev et aux grandes villes ukrainiennes de continuer à fonctionner plus ou moins normalement. Autour de la capitale, plusieurs entrepôts et centres de distribution utilisés par les enseignes Silpo, Fora ou Novus ont été détruits ou endommagés. Des installations de Nova Poshta, principal opérateur postal privé du pays, ainsi que le grand entrepôt automatisé de Rozetka, géant ukrainien du commerce en ligne, ont également été frappés.
Certains sites de remplacement n’ont tenu que quelques jours : un entrepôt de produits frais utilisé par Fora a ainsi été frappé environ une semaine après sa mise en service, un autre seulement quatre jours après le début de son utilisation.
La répétition de ces attaques oblige déjà les entreprises à revoir leur organisation. Plutôt que de concentrer des volumes importants dans quelques immenses plateformes, certaines cherchent désormais à disperser leurs stocks sur une multitude de sites plus petits. Nova Poshta prévoit notamment de transformer davantage d’agences locales en petits entrepôts, afin qu’une seule frappe ne puisse plus désorganiser toute une partie de son réseau.
La Russie dit préparer des « frappes massives » contre le « secteur énergétique » de l’UkraineUn processus d’habituation dangereux
Le gouvernement ukrainien estime qu’une très large part des grandes capacités modernes de stockage utilisées par le secteur de la distribution alimentaire a été détruite. Pour l’analyste militaire Oleksandr Musiienko, cette campagne répond à une logique claire : « Affaiblir le potentiel économique général de l’Ukraine et de la capitale ».
À Kiev, cette pression permanente produit aussi chez les habitants une sorte d’indifférence. Après plus de quatre ans de guerre, une partie de la population ne descend plus systématiquement dans les abris : dimanche après-midi, malgré les sirènes, les terrasses restaient ouvertes et les rues animées. Or une alerte déclenchée par quelques drones peut, quelques minutes plus tard, précéder l’arrivée d’un missile balistique autrement plus difficile à arrêter…