Le candidat de l’extrême droite surfe sur une tendance anti-parti en Amérique latineUn nouvel état d’exception
Mais le point le plus sensible de ce projet de réforme concerne la création d’un nouvel état d’exception, en plus des quatre déjà prévus par la Constitution chilienne. Le texte demande en effet aux élus d’autoriser le président de la République à décréter « l’état d’exception en matière de sécurité publique » sans passé par un vote au Parlement.
Ce nouvel état d’exception pourrait être décrété sur tout ou partie du territoire par le président, en cas de menace grave contre la sécurité publique, pour une durée de 120 jours renouvelable une fois. Pendant cette durée, le président pourrait restreindre ou suspendre des libertés individuelles comme le droit de circuler ou de se réunir. Il pourrait en outre intercepter, ouvrir ou enregistrer toutes les communications, y compris celles des journalistes, en dehors du cadre judiciaire.
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À gauche, les élus ont annoncé qu’ils ne voteraient pas ce texte. Plusieurs se sont interrogés sur l’intérêt de demander une modification de la Constitution pour s’attaquer aux problèmes liés à l’insécurité. Certains ont comparé ce texte à une « pâle copie du Patriot Act aux États-Unis. On dirait que les conseillers du président ont utilisé l’intelligence artificielle pour faire la même chose qu’aux États-Unis en ignorant le fonctionnement des institutions chiliennes », a expliqué Pedro Arraya Guerrero, sénateur du Parti pour la démocratie, une formation de centre gauche.
Arturo Fontaine, professeur de philosophie à l’université du Chili et conseiller de la droite chilienne a dénoncé dans une tribune une réforme « manifestement illibérale » et a appelé à son retrait.
Des réactions qui sont autant de frondes politiques contre Jose Antonio Kast qui, sans majorité parlementaire, était parvenu à imposer une importante réforme économique en moins de trois mois.
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Les opposants politiques, s’ils se sont fait entendre, sont restés prudents… sans céder. Un sondage de l’Institut Criteria, réalisé dans la foulée du dépôt du projet de réforme constitutionnelle, montrait en effet que 75 % des Chiliens approuvaient les projets du gouvernement en matière de lutte contre la délinquance.
Des chiffres qui devaient conforter le président Kast qui avait fait de la lutte contre l’insécurité son principal argument tout au long de sa campagne victorieuse. Le candidat, qui en était à sa troisième course à la présidence, n’avait pas hésité à revendiquer sa proximité avec le président du Salvador Nayib Bukele, partisan des mesures et des images spectaculaires, quelle que soit leur légalité, pour lutter contre la violence des cartels.
Mais la classe politique chilienne a tenu bon et a multiplié les sorties pour expliquer les dangers liés à ce projet de réforme constitutionnelle et le soutien populaire s’est effrité au fil des jours.
Face à la fronde politique et au danger d’un revers parlementaire, le gouvernement Kast a ouvert la voie à des modifications du texte, sans évoquer son retrait pur et simple. Les débats au Sénat, prévus pour ce 31 août, ont été repoussés à une date ultérieure qui n’a pas été arrêtée jusqu’ici.