Cette année pourtant, certains dénoncent une atteinte au folklore local. Car le personnage présenté lors des festivités – cheveux roses, sans chapeau boule ni costume noir – ne correspondait plus à l’image « officielle » de Bouboule. Cette transformation a suscité de nombreuses réactions sur les réseaux sociaux, certains dénonçant une atteinte à l’identité et au patrimoine folklorique d’Hornu. « Bouboule fait partie de notre folklore, de notre histoire et surtout des souvenirs de nombreuses générations d’Hornu », estime un citoyen. D’autres internautes évoquent une tradition « bafouée » ou une évolution qui ne devrait pas se faire au détriment de l’identité du village.

Le Bouboule de l'époque.Le Bouboule de l'époque.Un Bouboule de l’époque. ©D.R.

D’autres estiment encore que modifier ainsi un personnage traditionnel reviendrait à toucher à un élément constitutif du patrimoine local. « Si Nicolas Martin avait repeint le dragon en rouge, il serait crucifié sur la place publique. On ne touche pas à l’histoire, cela fait partie du patrimoine » ou « C’est comme si à Binche, l’on mettait un gille en rose bonbon », écrivent deux Hornutois.

« Une insulte aux anciens »

Le conseiller communal indépendant Thierry Père partage cette critique. « On peut moderniser une tradition et la faire évoluer. Mais ici, une limite a été franchie », estime-t-il. « Selon lui, Bouboule ne peut être considéré comme un simple élément de communication que l’on pourrait « relooker » au gré du pouvoir en place. »

Boussu : la programmation de la ducasse à Bouboule est bouclée !

Et de poursuivre : « Bouboule disparaît derrière « Hornu en fête », poursuit le conseiller, qui dit avoir eu « du mal à croire à ce qu’il voyait cette année. » Il considère cette transformation comme « une insulte aux anciens » et rappelle l’importance du personnage dans le folklore hornutois. Thierry Père dénonce également ce qu’il perçoit comme une volonté de transformer progressivement les éléments identitaires de la commune pour les faire correspondre à l’image portée par le pouvoir actuel.

« Bouboule n’appartient ni à une majorité, ni à l’opposition »

Une position que partage le groupe d’opposition AlternatiV par la voix de Morgan Denis : « Pourquoi changer la couleur de Bouboule ? Une tradition peut évidemment évoluer. Une kermesse peut se moderniser, proposer de nouvelles activités et se renouveler. Mais évoluer ne signifie pas forcément modifier les symboles qui ont construit son identité », réagit-il.

Bouboule en 2012.Bouboule en 2012.Bouboule en 2012. ©D.R.

« Les élus changent, les majorités changent, les couleurs politiques changent mais Bouboule reste Bouboule. Il n’appartient ni à une majorité ni à une opposition. Bouboule appartient au folklore hornutois. Préserver une tradition, ce n’est pas vivre dans le passé c’est permettre à ceux qui viendront après nous de connaître une partie de l’histoire que nous avons nous-mêmes reçue. Jusqu’où peut-on faire évoluer une tradition avant qu’elle ne perde une partie de son identité ? »

Car Bouboule n’est pas un simple mannequin. Présenté comme un personnage du folklore local, il est intimement lié à la fête populaire organisée à Hornu à la fin de l’été. La tradition veut qu’il soit promené dans les rues et différents lieux de la localité avant d’être brûlé au terme des festivités, en guise de sanction symbolique pour ses « frasques » de l’année.

Le personnage est notamment associé aux Capiaux Boules, dont le nom fait référence au traditionnel chapeau boule. La ducasse a toutefois connu plusieurs évolutions au fil des décennies. Après une période d’absence, la commune de Boussu a repris le flambeau en 2012. Les festivités sont aujourd’hui notamment présentées sous l’appellation « Hornu en fête », tout en conservant la référence à la kermesse à Bouboule.

Faire revivre la mémoire

Cette évolution ne fait manifestement pas l’unanimité. Un nouvel appel circule d’ailleurs pour tenter de faire renaître les Capiaux Boules et, plus largement, la ducasse à Bouboule. L’initiative se veut ouverte à tous ceux qui souhaitent participer à cette revitalisation. Habitants, passionnés de patrimoine, anciens participants, collectionneurs, familles et sympathisants sont invités à se manifester. L’objectif est également de retrouver les traces de cette histoire : souvenirs, anciennes photographies, affiches, documents, objets d’époque, idées ou témoignages.

Une manière, pour les initiateurs de la démarche, de rappeler que « les Capiaux Boules font partie du patrimoine hornutois » et de tenter de préserver une mémoire locale qui, au-delà de la polémique actuelle sur l’apparence de Bouboule, semble toujours susciter un attachement certain.

« Démarche personnelle et artistique »

Face à la polémique, l’administration communale a réagi. « L’apparence de Bouboule n’a jamais été fixée par le Collège communal ou par un élu. Les photographies conservées depuis 2012 en témoignent : au fil des éditions, Bouboule a changé de visage, de coiffure, de tenue, de couleurs et même d’allure, au gré de l’imagination de son créateur et des circonstances », insiste l’administration, qui rappelle qu’il s’agit de matériaux de récupération.

Bouboule en 2026.Bouboule en 2026.Bouboule en 2026. ©D.R.

« Cette année, l’auteur de la marionnette a souhaité faire un clin d’œil artistique en modifiant les traits et la chevelure de Bouboule pour les rapprocher de la grande marionnette créée par la troupe de spectacle qui met en scène le brûlage. Cette évolution esthétique est née d’une démarche purement personnelle et créative. Ni les élus politiques de cette mandature, ni ceux des mandatures précédentes, n’ont jamais donné la moindre directive quant au look du personnage, même si les protagonistes prennent acte des critiques de ces dernières heures. »

Et d’ajouter : « Nous comprenons qu’une évolution apportée à un personnage du folklore puisse susciter des réactions ou ne pas plaire à chacun. Il importe toutefois de distinguer l’appréciation esthétique que chacun peut librement porter de l’intention qui est prêtée à celles et ceux qui l’ont réalisé. Bouboule reste avant tout une tradition hornutoise, portée par des personnes qui s’investissent pour la faire vivre année après année. Si la liberté d’expression fait partie de la vie publique, il est bon de se rappeler que ces remarques touchent droit au cœur les personnes qui, dans l’ombre et depuis tant d’années, œuvrent sans compter pour faire renaître ce folklore. »

Pour la commune, les cheveux de Bouboule sont plus proches du rouge que du rose, et n’ont donc aucun lien avec la bourgmestre, Sandra Narcisi, surnommée Barbi. L’administration annonce toutefois que Bouboule reviendra l’an prochain « dans un look plus conventionnel ».

Pour l'administration, il apparait clair que les cheveux "2026" de Bouboule sont proches du rouge, et non du rose.Pour l'administration, il apparait clair que les cheveux Pour l’administration, il apparait clair que les cheveux « 2026 » de Bouboule sont proches du rouge, et non du rose. ©D.R.