L’activité cérébrale correspond à des ondes électriques, d’amplitudes et de fréquences variables en fonction des tâches effectuées. Elles peuvent être enregistrées à la surface du crâne par électroencéphalographe. Des récentes recherches ont mis en lumière des ondes lentes détectables durant l’éveil et associées à certaines capacités cognitives comme l’attention. Les scientifiques de l’Inserm, à l’Institut du cerveau, ont voulu savoir s’il y avait un lien entre ces ondes et la survenue de la maladie d’Alzheimer.
Les scientifiques se sont intéressés aux données d’une cohorte de patients de l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière. Celle-ci est constituée de 300 personnes âgées de 70 à 85 ans, qui lors de leur recrutement, se plaignaient de troubles de la mémoire sans que leurs performances à des tests cognitifs soient anormales. « Parmi ces personnes, certaines développeront la maladie, d’autres non. L’objectif de cette cohorte est de découvrir des facteurs pour le prédire », précise Pierre Champetier, qui a mené cette étude, publiée dans la revue Alzheimer’s and Dementia.
Une association démontrée
Tous les volontaires ont été soumis à une batterie de tests dont une évaluation cognitive, un électroencéphalogramme au repos ou encore des examens d’imagerie cérébrale (IRM et PET scans). Objectif : rechercher des dépôts amyloïdes ou une neurodégénérescence, deux marqueurs de la maladie d’Alzheimer. Ces tests ont été renouvelés deux ans après. « Les chercheurs ont ainsi pu étudier l’association éventuelle entre les ondes lentes de l’éveil mesurées par électroencéphalographie chez ces personnes, l’intégrité de leur cerveau et leurs capacités cognitives, note l’Inserm dans un communiqué publié jeudi 27 août. Au regard des résultats, ces associations font peu de doute. Plus l’amplitude des ondes lentes était élevée, plus les participants présentaient une quantité importante de dépôts amyloïdes et/ou une neurodégénérescence, ainsi que de moins bonnes performances à des tests de mémoire. »
Progression de la maladie ou mécanisme protecteur ?
« Ces corrélations sont significatives mais, à ce stade, rien ne permet de savoir si ces ondes sont un signe de souffrance neuronale qui reflète la progression de la maladie d’Alzheimer, ou au contraire un mécanisme protecteur qui s’active au début de la maladie pour en limiter l’avancée », précise Pierre Champetier. Des recherches plus approfondies sont donc nécessaires pour valider l’utilité clinique de cette découverte.
Pour lutter contre la maladie d’Alzheimer, il paraît primordial de la diagnostiquer précocement. Des médicaments ont récemment vu le jour, mais ils peuvent entraîner des effets indésirables et sont très coûteux. « Si la piste de ces ondes lentes d’éveil comme marqueur précoce et prédictif de l’évolution de la maladie se confirme, alors il sera possible de mieux évaluer la balance risque/bénéfice de ces médicaments chez chacun, à l’aide d’un simple encéphalogramme, un examen indolore, facile et peu coûteux à réaliser », conclut Pierre Champetier.