Tueries du Brabant – Le directeur d’enquête estime qu’il reste encore une belle carte à jouer: « Les Australiens l’ont fait, pourquoi pas nous ? »

Vers minuit 30 ensuite, deux couples qui traversaient la forêt y ont aperçu la VW Golf, au lieu-dit Chapelle au Foya, avec deux individus dont un « très grand » leur faisant signe, et une masse étendue le long du véhicule.

Plus tard la même nuit, un dernier automobiliste voyait deux hommes portant « quelque chose qui pourrait être un corps enroulé dans un tapis » entrer dans les buissons, à hauteur de la décharge d’immondices dite du Marouset.

Pour Eddy Vos, un ancien chef d’enquête, ces témoignages qui se recoupent sont confortés par un élément matériel : des douilles retrouvées en 2004 à l’endroit précis indiqué par l’un des deux couples. Des douilles de 9 mm ! Ce qui, dans un bois de 650 hectares, ne peut être l’effet du hasard, s’agissant d’un calibre qui n’est pas utilisé à la chasse et correspond à un type d’armes volées trois ans plus tôt chez l’armurier Dekaise à Wavre.

« Pourquoi pas une ‘taskforce de la dernière chance’? »

Pour Eddy Vos, ces éléments mis ensemble permettent d’établir une chronologie et d’élaborer un scénario crédible : le principal auteur, qui se trouvait dans le coffre, blessé ou tué par les tirs du policier sur le parking du Delhaize, aurait été achevé dans le bois par les complices, et son cadavre jeté dans la décharge. Et les faits se sont arrêtés. Le projet de fouiller la décharge a été envisagé mais écarté, ou plutôt repoussé pour des motifs admissibles à l’époque. Mais si elle n’est plus utilisée, la décharge, elle, est toujours là et pour Eddy Vos, s’il reste un endroit à fouiller avec la probabilité d’y trouver les restes du principal auteur, celui qui aurait tué 24 des 28 victimes entre 1982 et 1985, c’est là, tout simplement, à Marouset.

La lettreTueries du Brabant: la DH a reçu une lettre avec un plan pour mettre le voile sur cette affaire.Tueries du Brabant: la DH a reçu une lettre avec un plan pour mettre le voile sur cette affaire.Tueries du Brabant: la DH a reçu une lettre avec un plan pour mettre le voile sur cette affaire. ©D.R.

Revenons à ce courrier, et au plan qui l’accompagne, un plan du… bois de La Houssière ! La lettre a été écrite le 1er août, soit le jour même où Vos, réagissant à l’annonce des résultats ADN négatifs de la piste française Sliman, relançait, dans la DH, l’idée de fouiller la décharge Marouset.

Nous n’avons jamais exclu que les auteurs avaient une cache à proximité

C’est signé « un lecteur ». Il écrit : « Au lendemain d’une ultime (?) attaque, je me promenais en voiture avec trois amis dans le bois de La Houssière. À l’orée du bois, quelle ne fut pas notre surprise d’apercevoir deux véhicules arrêtés dans un chemin de terre (ndlr : le plan précise l’endroit). Et là, 2 ou 3 personnes semblaient s’affairer auprès d’une voiture !!?? Évidemment, nous avons trouvé cette situation bizarre mais sans plus. Cependant, l’étrangeté de cette situation était qu’un véhicule était garé dans le sens de la circulation tandis que l’autre était placé perpendiculairement dans ce petit chemin de terre à peine carrossable. Cela laissait supposer que cette auto avait été placée intentionnellement afin de ‘cacher’la vue aux utilisateurs de la rue du Pire ».

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En clair, le courrier révèle un manège suspect observé après la tuerie d’Alost à quelques centaines de mètres de la décharge. On voudrait savoir : à quel moment précis ? Les « trois amis » sont-ils encore en vie ? Peuvent-ils corroborer ? Le plan indique deux endroits avec deux couleurs : à quoi correspondent le jaune et l’orange ?

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Pour Eddy Vos qui a l’expérience des lettres anonymes et connaît le dossier, « le lieu indiqué se trouve à proximité de l’endroit où fut incendiée la Golf. Dommage que le témoin n’indique pas à quelle heure il aurait vu les deux voitures. Les marques restent inconnues. Mais le fait que l’on ‘cache la vue’ m’interpelle. Pourquoi l’une des voitures devait ‘cacher’ la vue de ceux qui roulaient dans la rue du Pire ? A-t-on commencé par cacher le corps à l’endroit indiqué par le témoin pour ensuite le récupérer et l’abandonner dans la décharge, ou l’inverse ? Les très bons témoins qui nous ont parlé vingt ans après expliquaient avoir eu peur. Est-ce, comme eux, quelqu’un qui voudrait en dire plus mais n’ose pas ? S’il s’agit d’un habitant ou un ancien de la région puisque le courrier a été posté à Charleroi, avait-il reconnu quelqu’un ? Ça expliquerait 40 ans de silence ? Si nous n’avons jamais trouvé la cache, nous n’avons jamais exclu que les auteurs en avaient une à proximité. C’est important. Vous devriez inviter le témoin à reprendre contact en confiance ou se rendre dans un poste de police. La loi peut garantir l’anonymat pour protéger les témoins qui craignent. En tout cas, ce témoignage prouve qu’il y en a encore qui savent des choses qui puissent aider l’enquête ».