Des feuilles brunes sont apparues sur les arbres suisses dès le mois de juillet. Ce phénomène précoce n’est pas un automne anticipé, mais le signe d’un stress climatique. La combinaison de chaleur extrême et de sécheresse perturbe le cycle naturel des arbres et inquiète les scientifiques.
A l’automne, les feuilles changent normalement de couleur selon un processus bien orchestré. L’arbre démantèle progressivement ses feuilles pour récupérer nutriments, sucres et protéines. Ce recyclage, appelé sénescence, prend un à deux mois. La chlorophylle se dégrade en premier, révélant les caroténoïdes qui donnent les teintes jaunes et orangées. Chez certaines espèces comme l’érable, des anthocyanes produisent même des couleurs rouges éclatantes.
Mais cette année, le spectacle est différent. Dès la mi-juillet, les feuilles ont viré directement au brun, sans passer par cette palette de couleurs. Yann Vitasse, chercheur au WSL, spécialiste des processus saisonniers chez les arbres, explique au micro de CQFD que ce brunissement prématuré résulte d’un stress hydrique et thermique et non d’une sénescence normale.
Un stress qui bloque le transport de l’eau
« A l’intérieur de l’arbre, de grosses tensions se sont développées à cause du manque d’eau. Les vaisseaux qui transportent l’eau se sont remplis d’air. Ça a bloqué le transport de l’eau et les tissus se sont desséchés », détaille Charlotte Grossiord, écophysiologiste, professeure à l’EPFL et chercheuse au WSL.
Contrairement à la sénescence programmée, ce brunissement brutal empêche l’arbre de récupérer ses nutriments. Les tissus se nécrosent directement. Même des feuilles encore vertes tombent complètement desséchées. La chercheuse souligne que c’est la combinaison fatale de très peu de pluie pendant une longue période et de températures dépassant les 35 degrés qui a provoqué ces dégâts.
Les satellites permettent de suivre ce brunissement à grande échelle. Mais ils ne peuvent pas distinguer si la cause est la sécheresse, la chaleur ou une maladie. Les observations de terrain restent indispensables pour comprendre précisément ce qui affecte les arbres.
Des forêts à repenser pour l’avenir
La récurrence de ces épisodes extrêmes inquiète particulièrement les scientifiques. Après 2003, 2015, 2018 et 2022, l’été 2026 confirme une tendance. Les arbres peuvent survivre à une sécheresse exceptionnelle, mais pas à des stress aussi réguliers. Leur adaptation génétique est trop lente face à la rapidité du changement climatique.
A l’échelle de 50 ans, Yann Vitasse anticipe des changements majeurs dans la composition des forêts, notamment en basse altitude. Le hêtre et l’épicéa pourraient céder la place à des espèces plus tolérantes au stress hydrique, comme certains chênes. Pour préparer cette transition, les forestiers et scientifiques misent sur la diversité: diversité génétique, diversité d’espèces et diversité de structures forestières.
Le WSL teste actuellement des essences venues du sud, comme le hêtre d’Orient ou des chênes méditerranéens. Mais les résultats prendront des années. La forêt de demain se prépare aujourd’hui, avec une certitude: elle sera différente de celle que nous connaissons.
Sujet radio: Arditë Shabani
Adaptation web: Laure Pagella