La main droite qui s’apprête à se saisir d’une tasse de thé… doublée ou empêchée par… la main gauche ! Ou ce bras qui a tendance à rester en l’air, comme en lévitation ! Derrière l’apparente cocasserie de ces situations se cache une véritable maladie, d’ordre neurologique. Son nom : le syndrome de la main étrangère ou Alien Hand Syndrome, en anglais.
« Etrangeté… »
Les patients rapportent par exemple « une impression d’étrangeté d’un membre supérieur avec le sentiment de posséder un membre supplémentaire indépendant », soulignent les chirurgiens français Patrick Houvet et Laurent Bourcheix, dans un article de 2021 consacré à ce sujet. Et de décrire une « sensation (qui) peut s’accompagner de mouvements incontrôlables voire violents, (et) le sentiment que le membre a sa propre volonté ».
Hémisphère droit et gauche
En cause, « des désordres neurologiques ou neuropsychologiques associés à des anomalies dans le contrôle ou la conscience de certains mouvements », comme le rapportent les Prs Frédéric Assal et Patrik Vuilleumier (Hôpitaux universitaires de Genève, Suisse), dans la revue Annals of Neurology ( 2007). Ils sont parvenus à décrire les régions du cerveau impliquées dans ces mouvements anarchiques. Les médecins ont travaillé à partir de l’imagerie cérébrale par résonance magnétique fonctionnelle (IRMf), réalisée auprès d’un patient victime d’un accident vasculaire cérébral (AVC). « Celui-ci a provoqué une lésion dans le cortex pariétal droit, c’est-à-dire dans la partie arrière droite du cerveau », glisse le Pr Assal. Jusqu’à cibler une zone bien particulière : la région motrice primaire. Mais pas seulement, puisqu’ils citent également « le cortex préfrontal gauche et le pariétal droit ».
Quelles causes précises ?
Derrière une multitude de formes cliniques rapportées dans les études, les causes précises du syndrome de la main étrangère apparaissent également nombreuses. Qu’elles soient d’ordre :
– mécaniques, à la suite d’un traumatisme direct ou post-chirurgical ;
– vasculaires (AVC, anévrysmes) ;
Des affections comme la sclérose en plaques ainsi que des troubles dégénératifs tels que la dégénérescence cortico-basale (CBD), la maladie de Creuzfeldt-Jacob ou celle d’Alzheimer sont également citées. Quant à l’évolution, les Dr Houvet et Bourcheix précisaient dans leur article qu’elle était « encore mal analysée et variable en fonction de l’étiologie », c’est-à-dire de l’origine. Et d’ajouter : « s’il s’agit d’un AVC, ce syndrome s’améliore généralement à des degrés divers et le patient apprend à le contrôler par diverses astuces, telles que la tenue d’un objet dans le membre affecté pour permettre une activité normale du membre non impliqué ».
Source : Assal F, Schwartz S, Vuilleumier P. Moving with or without will: functional neural correlates of alien hand syndrome. Ann Neurol. 2007 Sep;62(3):301-6. – Patrick Houvet, Laurent Bourcheix. Le syndrome de la main étrangère (Alien Hand Syndrome, AHS): revue de la littérature. Hand Surgery and Rehabilitation, 2021, 40 (6), pp.876.