Thomas D'Alessandro

par Thomas D’Alessandro

Publié le 02 septembre à 12h09

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Le gouvernement et les parlementaires se réunissent à la Chambre pour coordonner la lutte contre le trafic de drogue, après une série de fusillades à Bruxelles et des tensions autour du port d’Anvers. Bernard Quintin, ministre de l’Intérieur, fait état d’une « urgence nationale », et du côté du PS, on charge la ministre de la Justice, Annelies Verlinden. Cette dernière réagit.


« Une urgence nationale », c’est en ces termes que le ministre de l’Intérieur Bernard Quintin a qualifié mercredi la manière dont les pouvoirs publics doivent lutter contre le trafic de drogue. « Comme nous l’avons fait pour le terrorisme, la lutte contre le narcotrafic doit aujourd’hui mobiliser tous les niveaux de pouvoir – fédéral, communautaire, régional et communal – chacun dans le cadre de ses compétences propres », a-t-il déclaré.

Une semaine après une série de coups de feu survenus en Région bruxelloise, une commission conjointe Justice et Intérieur était convoquée ce matin à la Chambre. Loin des invectives échangées ces derniers jours entre partis de la majorité et de l’opposition, le ton adopté par le gouvernement, au contraire des députés, était à l’apaisement et à la coopération. « Je souhaite construire cette politique avec vous, au-delà des clivages », a déclaré Bernard Quintin (MR). « Parce que je crois que peu de sujets méritent autant qu’un consensus se dégage sur l’essentiel, même si le débat doit naturellement rester ouvert sur les moyens. »




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Le PS a lourdement chargé la N-VA et la ministre de la Justice Annelies Verlinden (CD&V), pointant leur responsabilité, selon lui, dans le développement du trafic de drogue en Belgique via le port d’Anvers.

Une attaque du PS

« Quand je vous entends, je suis très inquiet, car on est très loin de mettre les trafiquants à terre », a lancé le député Ridouane Chahid, mercredi en commission conjointe Justice et Intérieur de la Chambre, consacrée aux fusillades qui ont touché Bruxelles la semaine dernière. L’élu socialiste a repris sa formule d’« Anvers connection » pour dénoncer l’absence, selon lui, d’action dans la Métropole afin de « protéger les bénéfices du port ». « Votre inaction politique, c’est de la complicité », a-t-il lancé, face aux protestations de la N-VA. « Quand le Conseil National de Sécurité va-t-il se réunir ? Où est le pilote ? Il est en Inde ! », s’est-il exclamé, pointant le Premier ministre Bart De Wever (N-VA). Selon le député, le fait qu’Anvers ne dispose que d’un seul bourgmestre « n’a pas empêché qu’une fille se prenne une balle. » Cette sortie a suscité un tollé dans la majorité. « Quel niveau ! », a hurlé Denis Ducarme (MR). « Venant de vous, c’est un compliment », a répondu Ridouane Chahid. Ambiance. Bien que dans la majorité, le libéral a lancé un appel aux partis flamands de la coalition Arizona.

Il s’est demandé si les réactions n’auraient pas été plus rapides si 100 fusillades avaient eu lieu à Anvers. « Enlevez-moi cela de la tête s’il vous plaît », a-t-il déclaré, accusant au passage Annelies Verlinden de faire preuve d’une « grande naïveté ». Des propos « très bas », a réagi Leentje Grilaert (CD&V), appelant tant le MR que le PS à réécouter les propos d’Annelies Verlinden sur les actions déjà entreprises sous la précédente législature. Elle occupait alors le portefeuille de l’Intérieur au sein d’une coalition intégrant socialistes et libéraux. Avant M. Chahid, Maaike De Vreese (N-VA) avait pris la parole. Elle avait mis en avant son expérience professionnelle au sein de l’Office des étrangers, se montrant « assez sévère » sur les politiques menées au niveau local (sous entendu par le PS) à Bruxelles. Ismaël Nuino (Les Engagés) a regretté ce « renvoi de balle », appelant à « ne pas opposer les gens dans cette cause nationale. » Plus posé, Nabil Boukili (PTB, opposition) a appelé à renforcer la police de proximité plutôt que de miser sur les actions Fipa (Full Integrated Police Action) « pour faire genre ». Un quart d’heure après l’action, les dealers sont de retour, a-t-il observé.



Une réponse d’Annelies Verlinden

La lutte contre le crime organisé ne se gagnera pas avec des slogans, du profilage politique ou une tentative incessante de se décharger de ses responsabilités », a renchéri la ministre de la Justice Annelies Verlinden (CD&V). Elle a notamment dit espérer que les propos tenus par le bourgmestre de Bruxelles Philippe Cose (PS) à propos d’Anvers constituaient un « encouragement à poursuivre sur la voie empruntée avec la création du parquet du port. » La ministre de la Justice a détaillé différentes mesures déjà prises ou à prendre. Elle a notamment annoncé qu’elle soumettra « dans les prochaines semaines » un projet de loi qui permettra de confisquer des avoirs d’origine inexpliquée liés à des activités criminelles sans condamnation.

Elle a aussi annoncé qu’elle demanderait à nouveau des moyens budgétaires supplémentaires pour la Justice. Mme Verlinden a aussi indiqué que l’unité « high value target » abritant les profils les plus dangereux serait équipée de brouilleurs dès la semaine prochaine afin de perturber les communications entre téléphones portables. Quant à Bernard Quintin, il souhaite notamment renforcer la présence des militaires dans les rues afin d’aussi les mobiliser dans les lieux identifiés comme « hotspots » de trafic de drogue. Il a aussi appelé à créer davantage de places en centres fermés pour les personnes interceptées qui sont en séjour irrégulier, à mieux exécuter les ordres de quitter le territoire ou encore à procéder à l’enregistrement obligatoire des trottinettes électriques. Le ministre a aussi appelé à mener une campagne de communication ciblée sur les consommateurs de stupéfiants.



Bruxelles (Bruxelles-Capitale)
Anvers (prov. d’Anvers)
Belgique
Annelies Verlinden
Bernard Quintin
Ridouane Chah
Denis Ducarme