C’est cette amplitude d’action qui distingue le Rasonque des traitements ciblés précédemment homologués pour le cancer du pancréas. Ces derniers ne s’appliquaient qu’à de petits groupes de patients présentant des particularités génétiques rares, précise Peter Hosein. Les traitements ciblant les mutations des gènes BRCA, par exemple, s’appliquent à environ 5 à 8 % des patients. D’autres options thérapeutiques ciblées se montraient pertinentes pour moins de 1 % des patients.

L’homologation s’appuie sur un essai international de phase 3 randomisé mené auprès de 500 adultes dont le cancer du pancréas métastatique avait déjà fait l’objet d’un traitement. Le daraxonrasib a été administré seul et les résultats ont été comparés avec une seconde chimiothérapie. La durée médiane de survie globale était de 13,2 mois chez les patients ayant pris du daraxonrasib et de 6,7 mois chez ceux ayant suivi une chimiothérapie. La durée de survie médiane sans progression de la maladie (période précédant l’aggravation du cancer) était de 7,2 et 3,6 mois respectivement.

Ce médicament ne se contente pas d’augmenter la durée de survie. Les patients ayant pris du daraxonrasib ont également signalé une aggravation de la douleur et une détérioration globale de la qualité de vie plus tardivement que ceux ayant reçu une chimiothérapie, selon les résultats publiés de l’essai.

« Il a principalement une incidence sur la survie, ce qui se traduit aussi par une amélioration de la qualité de vie », souligne Peter Hosein. « Nous constatons une diminution de la douleur presque immédiate pour ce qui est de la prise en charge quotidienne de ces patients ».

Il ajoute qu’au Sylvester Comprehensive Cancer Center, certains patients ont également présenté un déclin des marqueurs du cancer, un regain d’appétit et une prise de poids. Ces changements peuvent altérer la façon dont les patients appréhendent leur futur proche. « Avec ce traitement, ils peuvent commencer à prévoir l’avenir, à organiser des voyages et à penser à la famille », explique l’oncologue.

Des effets indésirables de grade 3 ou plus (à savoir ceux qui sont sévères, voire plus graves) ont été observés chez 61,8 % des patients prenant du daraxonrasib, contre 69,6 % de ceux ayant reçu la chimiothérapie. Les évènements secondaires liés au traitement ont entraîné l’arrêt du traitement par le daraxonrasib chez 1,2 % des patients qui prenaient le médicament ; un chiffre qui atteint 11,2 % chez ceux sous chimiothérapie. Parmi les effets secondaires les plus fréquents figurent les éruptions cutanées, les diarrhées, les inflammations buccales, les nausées, la fatigue, les vomissements, les douleurs abdominales, les gonflements, la diminution de l’appétit et les saignements.

Les mutations de la protéine RAS ont été identifiées pour la première fois dans les cancers humains au début des années 80. Mais ce n’est que 30 ans plus tard, en 2013, que les chercheurs ont découvert une poche possible à traiter sur une forme mutante de la protéine RAS, connue sous le nom de KRAS G12C. Des composés pouvaient se lier à cette poche et bloquer les signaux à l’origine du cancer émis par la protéine.

Ces découvertes ont accéléré la course au développement de médicaments capables de cibler les cancers induits par la protéine RAS. Le premier inhibiteur de la KRAS a été homologué par la FDA en 2021 pour le cancer du poumon, mais il cible la mutation KRAS G12C, relativement rare dans le cancer du pancréas.

Le daraxonrasib est le porte-drapeau d’une nouvelle génération de médicaments encore à l’étude. « Au dernier décompte, plus de 70 [inhibiteurs KRAS du cancer du pancréas étaient] en phase de test », précise Olatunji Alese.

 

La chimiothérapie combinée demeure le traitement de première ligne de référence pour la plupart des patients dont l’état de santé leur permet de le tolérer. Si le Rasonque ne remplace pas la chimiothérapie tout au long de la maladie, il offre aux patients une alternative au protocole de chimiothérapie additionnel en cas de métastase du cancer.

« Il ne fait aucun doute qu’il s’agit du meilleur traitement disponible pour les patients ayant déjà reçu une chimiothérapie », observe Peter Hosein.

Ce médicament peut également réduire la charge logistique liée au traitement. « Vous n’avez pas à venir pour une perfusion intraveineuse ou à porter une pompe à la maison qui administre la chimiothérapie », explique Brian Wolpin. « Je trouve que c’est pratique ».

Mais l’homologation du daraxonrasib présente des limites importantes. L’essai dont il a fait l’objet, déterminant, a été mené auprès de patients atteints d’un cancer du pancréas de stade IV, qui avaient déjà reçu un traitement systémique. Il n’a ni défini le médicament comme le traitement de première ligne privilégié pour la plupart des patients ni testé l’utilisation du daraxonrasib à un stade plus précoce de la maladie.

Les indications de la FDA autorisent toutefois les patients qui ne peuvent prétendre à une plurithérapie à recevoir le Rasonque. Ceci permettrait à certains patients de le prendre comme traitement de première ligne, même si les chercheurs continuent à étudier son utilisation plus large.

Un essai de phase 3 est en cours pour évaluer le daraxonrasib en lui-même et en association avec une chimiothérapie chez les patients présentant une forme métastatique précédemment non traitée de la maladie. D’autres essais cliniques s’intéressent à son utilisation pour prévenir la récidive après une intervention et une chimiothérapie. Peter Hosein souligne que le recours au médicament chez les patients dont les tumeurs demeurent localisées et qui ne peuvent être retirées chirurgicalement présente également un intérêt, bien que cela n’ait pas été établi.

« C’est une avancée majeure, mais la prudence est de rigueur », estime-t-il. Selon lui, les chercheurs devraient découvrir au cours des prochaines années si le daraxonrasib peut être utilisé comme traitement de première ligne, seul ou en association à une chimiothérapie, et s’il peut être bénéfique aux patients atteints d’un cancer à un stade moins avancé.