Un concert reconstitué à partir de plusieurs dates
Unbound and Dangerous ne reproduit pas une seule soirée. L’album a été assemblé à partir de plusieurs concerts afin de reconstituer l’expérience d’un show complet de la tournée. La majorité des morceaux proviennent de prestations enregistrées à New York, Philadelphie, Pittsburgh et Detroit en 1970.
Une seule exception : « Soul Kitchen », captée lors du deuxième concert donné par les Doors à l’Aquarius Theatre d’Hollywood le 21 juillet 1969. Plusieurs de ces bandes avaient déjà alimenté au fil des décennies différentes publications live, à commencer par Absolutely Live, sorti en juillet 1970 et dont Walter De Paduwa vous parlait dans sa séquence Micro-Sillon à voir ci-dessous. Ici, Bruce Botnick est retourné aux enregistrements pour réaliser de nouveaux mixes.
La sélection déroule plusieurs incontournables : « Break On Through (To The Other Side) », « Roadhouse Blues », « Alabama Song (Whisky Bar) », « Five To One », « Light My Fire » ou encore « The End ». Cette dernière s’étire sur une quinzaine de minutes et constitue l’un des sommets de ce concert recomposé.
Jim Morrison, « talentueux et dangereux »
Le titre de l’album renvoie directement à la réputation qui entourait alors Jim Morrison et les concerts des Doors. John Densmore se souvient avoir perçu cette dimension dès le début : « Je savais que Jim était « dangereux ». Talentueux et dangereux. » Selon le batteur, Morrison semblait constamment vouloir défier les limites et ses textes étaient traversés par une même obsession pour la liberté.
Robby Krieger nuance toutefois cette image. Pour le guitariste, dans l’Amérique de la fin des années 60, le véritable danger se trouvait davantage dans la guerre du Vietnam et le climat politique que chez les Doors eux-mêmes. Bruce Botnick résume peut-être mieux ce qui attirait le public : « Dangereux était synonyme d’excitation. » Morrison savait lire une salle et jusqu’où il pouvait pousser son public.
Cette tension permanente explique en partie pourquoi les archives live des Doors restent aussi révélatrices. Le groupe pouvait partir d’une structure connue et l’étirer jusqu’à la rupture, porté par l’orgue de Ray Manzarek, la guitare de Krieger, la batterie nerveuse de Densmore et un Morrison dont les digressions pouvaient modifier le cours du concert.