C’est après le décès de Jean-François Mattauer (qui signait JFM, Gièfem ou encore Jean, selon les périodes de sa vie), en novembre 2015, que sa famille a réellement découvert l’ampleur du travail de cet artiste prolifique. De nombreux lecteurs du journal, des passionnés de peinture ou de concerts de piano, de flûtes de pan ou de chant choral, ont connu de près ou de loin cet homme au parcours unique et d’une humanité qui a caractérisé toute sa vie. Il était un mari, un père, un ami, un collègue, une connaissance, qui trouvait toujours un temps pour l’échange. 





Jean-François Mattauer était aussi un peintre naturaliste. Photo archives Thierry Gachon

Jean-François Mattauer était aussi un peintre naturaliste. Photo archives Thierry Gachon

Une vision grand public de l’actualité

À 14 ans, il se voyait compositeur ou chef d’orchestre, alors qu’il se familiarisait avec l’orgue de son village, à Sentheim. La vie en a décidé autrement. En 1967, Il entre au journal L’Alsace , à Mulhouse, comme apprenti typographe. Grâce à son don pour le dessin, sa curiosité et son aptitude à s’adapter aux nombreuses sollicitations, il devient dessinateur-retoucheur et, dès 1975, ses premiers dessins humoristiques sont publiés dans l’édition du journal L’Alsace de Colmar. Il obtient sa carte de presse en 1986, un exploit dans ce secteur où les familles professionnelles ne se mélangeaient pas.

Dessinateur de presse, il a donné une vision grand public de l’actualité locale, puis nationale et internationale, avec toujours une idée d’avance. Idée qu’il déclinait dans le dessin entre justesse et pointe d’humour. C’est sa signature, celle qui rendait l’actualité accessible au plus grand nombre, alimentant ainsi le débat public. Il n’a jamais oublié le soutien indéfectible de son ami journaliste Jean-Marie Lidin, depuis décédé. « Il m’a beaucoup rassuré, et m’a donné confiance en moi», rappelait-il.





La flûte de pan a été une des autres passions de Jean-François Mattauer, il avait organisé de nombreux concerts dans la région.   Photo archives Thierry Gachon

La flûte de pan a été une des autres passions de Jean-François Mattauer, il avait organisé de nombreux concerts dans la région.   Photo archives Thierry Gachon

Il réalise plus de 40 000 dessins de presse

La carrière de Gièfem a commencé avec… le dessin d’un cheval, qui lui avait été commandé par son supérieur. Tracé en vitesse au crayon, avec précision, ce dessin, apprécié, va lui ouvrir une porte. Elle ne se refermera qu’à sa retraite le 1er  juillet 2011. Entretemps il réalise plus de 40 000 dessins de presse. Il y a ceux qui ont été publiés et ceux qui ont été refusés par les rédactions. Il les a tous conservés. « Les deux tiers sont encore à scanner », indique Jacky Grotzinger, un de ses proches. Un travail que l’artiste a résumé par ses mots, lors de l’inauguration de l’exposition qui lui était consacrée à Paris, en octobre 2007 à la Maison de l’Alsace  : « On dit souvent qu’un bon dessin vaut mieux qu’un long discours. Je dirais comme Piem , un autre grand confrère, qu’un bon dessin vaut encore mieux qu’un mauvais dessin. »





Jean-François Mattauer, lors du départ à la retraite du journal «L’Alsace» en 2011.  Photo archives Darek Szuster

Jean-François Mattauer, lors du départ à la retraite du journal «L’Alsace» en 2011.  Photo archives Darek Szuster








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Les deux caricatures de Gièfem exposées actuellement à la Maison du patrimoine Édouard-Boeglin à Mulhouse, dans le cadre de l’exposition « De si beaux bâtiments - Mulhouse révélé »  Photo Sabine Hartmann

Les deux caricatures de Gièfem exposées actuellement à la Maison du patrimoine Édouard-Boeglin à Mulhouse, dans le cadre de l’exposition « De si beaux bâtiments – Mulhouse révélé »  Photo Sabine Hartmann








Cette photo a été prise en mars 2008 et on y voit Jean-François Mattauer en train d’illustrer sur toile « son Giverny » à lui, l’étang DMC à Mulhouse  Photo archives Thierry Gachon

Cette photo a été prise en mars 2008 et on y voit Jean-François Mattauer en train d’illustrer sur toile « son Giverny » à lui, l’étang DMC à Mulhouse  Photo archives Thierry Gachon








Jean-François Mattauer présente ses nouvelles toiles pour l’une de ses expositions à Pfastatt, où Mulhouse tenait une place importante.  Photo archives Denis Sollier

Jean-François Mattauer présente ses nouvelles toiles pour l’une de ses expositions à Pfastatt, où Mulhouse tenait une place importante.  Photo archives Denis Sollier








Colette Mattauer, veuve du dessinateur de presse, continue de jouer du piano sur celui de son époux. On y retrouve au fond, son interprétation caricaturée des «Sept péchés capitaux» et à droite son «Radeau de la méduse».  Photo Antonin Utz

Colette Mattauer, veuve du dessinateur de presse, continue de jouer du piano sur celui de son époux. On y retrouve au fond, son interprétation caricaturée des «Sept péchés capitaux» et à droite son «Radeau de la méduse».  Photo Antonin Utz








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Un croquis d’une scène de la «Nativité» dans l’un carnet de Jean-François Mattauer. Dans ces cahiers sont répertoriées toutes les œuvres peintes, avec toujours une explication.  Photo Antonin Utz

Un croquis d’une scène de la «Nativité» dans l’un carnet de Jean-François Mattauer. Dans ces cahiers sont répertoriées toutes les œuvres peintes, avec toujours une explication.  Photo Antonin Utz








Jean-François Mattauer a dirigé pendant des décennies la Chorale Sainte-Cécile de Sentheim, avec un travail exigeant qui a fait sa renommée.  Photo fournie

Jean-François Mattauer a dirigé pendant des décennies la Chorale Sainte-Cécile de Sentheim, avec un travail exigeant qui a fait sa renommée.  Photo fournie








Jean-François Mattauer, un bon vivant qui aimait rire et faire rire.  Photo archives Jean-Paul Domb

Jean-François Mattauer, un bon vivant qui aimait rire et faire rire.  Photo archives Jean-Paul Domb








Jean-François Mattauer a réalisé les décors du théâtre de Mulhouse et du Santa-Show de Sentheim.  Photo archives Viviane Tabourin

Jean-François Mattauer a réalisé les décors du théâtre de Mulhouse et du Santa-Show de Sentheim.  Photo archives Viviane Tabourin








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Au Théâtre alsacien de Mulhouse (TAM), il est arrivé à Jean-François Mattauer, d’enfiler le costume de comédien avec conviction. Ici il donne la réplique à Huguette Durr.  Photo archive L’Alsace

Au Théâtre alsacien de Mulhouse (TAM), il est arrivé à Jean-François Mattauer, d’enfiler le costume de comédien avec conviction. Ici il donne la réplique à Huguette Durr.  Photo archive L’Alsace








C’est à son bureau du journal «L’Alsace» que Jean-François Mattauer a réalisé les 40 000 caricatures signées Gièfem, tout au long de sa carrière de dessinateur de presse.   Dessin Gièfem

C’est à son bureau du journal «L’Alsace» que Jean-François Mattauer a réalisé les 40 000 caricatures signées Gièfem, tout au long de sa carrière de dessinateur de presse.   Dessin Gièfem








L'amour à Mulhouse vu par Jean-François Mattauer. Une création pour une des manifestations de l’association mulhousienne de collectionneurs Les Chasseurs d’images.  Dessin Gièfem

L’amour à Mulhouse vu par Jean-François Mattauer. Une création pour une des manifestations de l’association mulhousienne de collectionneurs Les Chasseurs d’images.  Dessin Gièfem




« Donner du sourire aux gens tous les matins au petit-déjeuner »

Jean-François Mattauer a su croquer la ville de Mulhouse comme personne, tout comme des personnalités locales (il a suivi la carrière Jean-Marie Bockel, Eugène Riedweg et bien d’autres, le chantier du tram, …). Puis il a rejoint la rédaction des informations générales et s’est alors familiarisé avec Bush, Eltsine, Chirac, Obama… Il a « un petit faible pour Nicolas Sarkozy et son visage triangulaire », tout en restant toujours disponible pour une illustration de l’actualité mulhousienne. Son objectif était toujours « de donner du sourire aux gens tous les matins au petit-déjeuner. » Entretemps, il participe aussi à la réalisation d’un livre de caricatures , À part ça… tout baigne , enrichi de plumes qu’étaient les journalistes Raymond Claudepierre et Stéphane Samacoïtz. Un succès de librairie qui a fait l’objet de plusieurs tomes.





Des caricatures et dessins de Gièfem avaient été accrochés à la Maison de l’Alsace à Paris, en octobre 2007, dans le cadre d’une exposition qui lui était consacrée.   Photo fournie

Des caricatures et dessins de Gièfem avaient été accrochés à la Maison de l’Alsace à Paris, en octobre 2007, dans le cadre d’une exposition qui lui était consacrée.   Photo fournie

«Peindre vrai plutôt que peindre beau»

Et puis un jour de 1990, Jean-François Mattauer a vécu « un coup de foudre » au musée Van Gogh à Amsterdam. Il instaure, jusqu’à sa disparition, un monologue avec ce peintre sous forme de cahiers, qui font désormais partie des archives de la famille.

Cette rencontre lui ouvre la voie de la peinture sur toile à partir de 1996. Ses oeuvres ont fait la joie d’un public nombreux, lors des expositions annuelles à Pfastatt. Son adage pour cette passion picturale lui ressemble : « Peindre vrai plutôt que peindre beau. »

C’est aussi en peinture qu’il illustre son chemin de croix accroché aujourd’hui dans l’église de Sentheim, en 14 toiles, qui a nécessité deux ans de travail. Il a su illustrer à sa manière le Radeau de la méduse et La Nativité qui sont ses plus grandes toiles.





L’ouvrage de caricatures «À part ça... tout baigne» sorti en 2006 a été un succès de librairie.   Photo archives Thierry Gachon

L’ouvrage de caricatures «À part ça… tout baigne» sorti en 2006 a été un succès de librairie.   Photo archives Thierry Gachon

Du Santa-Show de Sentheim, spectacle dont il a composé pendant des années les musiques sur les textes de Claude Haffner, jusqu’aux nombreuses prestations de sa chorale Sainte-Cécile, là aussi dans son village d’origine, Jean-François Mattauer donnait de son temps et de son énergie sans compter. Entre deux francs éclats de rire, jamais avare d’une bonne blague ou de coups de gueule. Sa dernière prise de position remonte à début 2015, après l’attentat de Charlie Hebdo.





Jean-François Mattauer a réalisé un chemin de croix en 14 toiles, qui sont exposées de façon permanente à l’église de Sentheim, le village de sa naissance. Un travail qui l’a occupé pendant deux ans.   Photo archives Dom Poirier

Jean-François Mattauer a réalisé un chemin de croix en 14 toiles, qui sont exposées de façon permanente à l’église de Sentheim, le village de sa naissance. Un travail qui l’a occupé pendant deux ans.   Photo archives Dom Poirier

« Je peins comme je dessine, très vite »

Généreux comme les couleurs de ses mille tableaux, tous signés Jean, l’artiste a peint à l’envi les quartiers, rues, places, passages ou usines en friche de Mulhouse, des forêts en toutes saisons, des meules de foin… Sans oublier son « Giverny » à lui : le petit étang du site DMC, qu’il a illuminé de sa palette. 





En compagnie du journaliste Jean-Pierre Pernaut, lors d’une visite au siège du journal «L’Alsace» en 2010.   Photo archives Jean-François Frey

En compagnie du journaliste Jean-Pierre Pernaut, lors d’une visite au siège du journal «L’Alsace» en 2010.   Photo archives Jean-François Frey

C’est à bicyclette qu’il parcourait la ville pour saisir la lumière du moment. Il a rendu réelle la pluie battante, le soleil blond, les nuages bas, le tout saisi sur le vif. « Je peins comme je dessine, très vite. Je ne glandouille pas, j’ai gardé ça du journal », disait-il.
Pour lui, « un dessin peut être plus fort que les mots. C’est pouvoir saisir une émotion ou raconter un déclin. »

L’exposition De si beaux bâtiments – Mulhouse révélée, à la Maison du patrimoine Édouard-Boeglin, 5, place Lambert à Mulhouse, est ouverte du lundi au samedi, de 13 h à 18 h 30, jusqu’au 30 septembre.