À quelques exceptions – à l’image du Canard Enchaîné -, l’information n’a pas fait grand bruit au cœur de l’été. Pourtant, le silence qui lui succède est saisissant : celui de France Musique, dont la fréquence s’est éteinte sur la bande FM en Centre-Bretagne. Une coupure qui fait suite à « l’évolution d’une partie de son réseau » annoncée par Radio France le 22 juillet.
Une décision assumée par la direction de la station publique : « Cette permutation entre les réseaux de France Musique et de France Info vise à réduire nos coûts de diffusion tout en renforçant la couverture de notre offre d’information, en accompagnant l’audience de France Musique vers le DAB + (la radio numérique terrestre, NDLR) », justifie Charles-Emmanuel Bon, secrétaire général de Radio France. Des économies qui se traduisent par « la suppression d’environ 300 émetteurs, soit 12 % du parc total, et donc une réduction du nombre d’émetteurs attribués à France Musique ».
Depuis le 22 juillet, c’est silence radio pour France Musique dans le Centre-Bretagne. De Rostrenen à Huelgoat en passant par Carhaix, la station publique est inaudible sur la bande FM, alors que le réseau DAB + n’est pas encore fonctionnel sur le secteur. (Photo d’illustration Le Télégramme/Claude Prigent)Un appareil compatible n’y changera rien
Avec ce coup de rabot, Radio France espère réaliser une économie de 3,9 millions d’euros, avec le risque de rogner sur l’auditoire de France Musique. Comme l’explique Charles-Emmanuel Bon : « En termes de population, France Musique couvrait un peu plus de 9 Français sur 10 en FM, elle en couvre désormais 7 sur 10. Parallèlement, le DAB + touche déjà plus de 8 Français sur 10, et devrait atteindre une couverture de 85 % d’ici la fin de l’année ».
C’est précisément dans cet écart que le bât blesse en Centre-Bretagne : le secteur n’étant pas encore desservi par la radio numérique terrestre, les auditeurs se retrouvent mis de côté. « Mes appareils de réception ne sont pas équipés du DAB +, préconisé par Radio France », explique Guy Morvan, qui habite Carhaix. Une déception partagée par Marie-Claire : « J’étais désolée de constater la disparition de ma station préférée. Ayant cru que je pouvais à nouveau la capter avec une radio DAB, j’ai même fait l’acquisition d’un nouveau poste… Pour découvrir que Carhaix et sa région ne sont pas couverts », confie cette retraitée de l’enseignement.
Peu importe l’appareil, la station France Musique n’est plus audible sur la bande FM dans le Centre-Bretagne, de Huelgoat à Loudéac en passant par Carhaix, Gourin et Rostrenen. (Le Télégramme/Baptiste Avril)Une décision perçue comme discriminatoire
Même constat pour Dominique, retraité de 65 ans : « Dans le brouhaha permanent des chaînes d’information ou musicales privées, trouver un lieu d’écoute où règne la sérénité, le recul sur l’information, ainsi que de larges plages de calme et beaucoup de tranquillité m’est indispensable ».
Face aux critiques, la direction défend son arbitrage : « Il n’y a aucun mépris. Ce sont des arbitrages difficiles en période de restrictions budgétaires. Nous avons cherché à minimiser l’impact et à transformer cette contrainte en opportunité de modernisation afin d’offrir un meilleur service à terme », argumente Charles-Emmanuel Bon.
Mais sur le terrain, c’est le sentiment d’abandon qui domine. « En zone rurale, l’offre culturelle est déjà moindre, et c’est là qu’on réduit l’accès à la radio », déplore Guy Morvan. Un constat amer scellé par Marie-Claire pour qui « la peine a désormais laissé place à la colère » face à ce qu’elle ressent comme du mépris envers la France rurale.