Ça intervient parfois dans la rue. Ou chez elle. Un essoufflement. La vision qui se trouble. Le cœur qui s’emballe. À seulement 24 ans, Chloé, étudiante en sciences du langage, doit composer au quotidien avec ses troubles liés à l’anxiété. Agoraphobie, crises multiples… Ça impacte toute ma vie », raconte celle qui a dû arrêter ses études un temps, avant de les reprendre en distanciel.

Désespérée et paniquée »,submergée par cette angoisse  arrivée subitement il y a cinq ans et qui ne l’a « plus jamais quittée , Chloé se met à écumer les forums. Elle passe en revue les vidéos Youtube et les pages consacrées au phénomène sur les réseaux sociaux. Au fil de ses recherches, elle tombe sur le compte d’un influenceur se présentant comme un ancien anxieux guéri par sa propre méthode.

Une méthode dont il fait l’éloge à travers ses vidéos et qu’il décline en formations payantes. J’ai consommé son contenu, dans l’espoir d’y trouver des solutions, du repos, se souvient la jeune femme. Puis, je me suis laissée embarquer dans ses coachings, vendus comme miraculeux. »

Si, au départ, tout se passe bien,…

l’étudiante déchante rapidement. Il était actif. On recevait des vidéos presque tous les jours, avec des conseils bateau comme respirer, méditer, boire une tisane… Après quatre mois de coaching et plusieurs dizaines d’euros dépensées, l’étudiante a choisi d’arrêter : « J’ai compris qu’il réalisait juste du profit sur ce problème. »

« Faire gagner du temps aux personnes anxieuses »

L’influenceur ayant pris en charge l’étudiante a, depuis, stoppé ses activités. D’autres influenceurs de la santé mentale ont pris le relais sur les réseaux sociaux. Il y a des bons et des mauvais coachs », défend Robin Versatile, lui-même coach, qui se présente comme un ancien anxieux ayant guéri après vingt ans de souffrance ».

Celui qui recense 26 000 abonnés sur TikTok utilise la plateforme pour raconter son histoire, distiller sa méthode à travers de courtes vidéos. C’est pour faire gagner du temps aux personnes anxieuses que j’ai décidé de me lancer, explique le coach âgé de 30 ans, qui vit sur la côte d’Opale, dans le nord de la France. Je les aide à comprendre ce trouble. Ce n’est pas juste un soutien émotionnel, c’est mon expérience et les techniques que j’ai mises en place pour m’en sortir.

Pour ce faire, il a lancé ses propres coachings par visioconférence : une heure trente pour analyser, comprendre les schémas internes de ses clients et construire une feuille de route de la guérison. Le tout, pour un total de 80 €. Avant de monter, récemment, son programme « Sortir de l’anxiété, pas à pas », qui comprend des exercices, des vidéos de respiration guidée ou des outils de méditation, au prix de 45 €. En tout, le coach assure avoir aidé environ vingt-cinq personnes ».

Face à cette approche, Frédérique Dizier, psychologue, est dubitative : « Guérir en suivant des coachings me semble compliqué. On joue peut-être avec la vulnérabilité des personnes, s’interroge la présidente de la coordination Pays de la Loire de la Fédération française des psychologues et de psychologie. Déjà, on évite de parler de guérison en matière d’anxiété. On parle d’une psychothérapie que la personne va mettre en place pour se soigner. Une consultation, c’est un entretien qui va permettre à la personne de parler, de se rassurer. De notre côté, on n’a pas de baguette magique. »

Un risque pour la santé mentale ?

Robin Versatile le sait et se défend : Je nous vois comme des facilitateurs d’accès aux soins. Nos témoignages d’anciens anxieux peuvent permettre d’avoir moins peur, mais aussi de passer le pas de la thérapie. Quant à la légitimité pour lui d’exercer sans diplôme, ce qui constitue un abus selon Frédérique Dizier, il rétorque : J’estime répondre à un besoin, combler certaines lacunes des professionnels de santé. Dans le cursus d’un psychologue, l’anxiété généralisée ne concerne qu’un mois d’étude, c’est anecdotique. Moi, j’ai vécu avec pendant vingt ans.

Bien que ce rôle de coach en anxiété ne soit aucunement encadré par la loi – hormis l’obligation de se créer un statut juridique –, il fait tout de même l’objet d’un suivi par la Misson interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes). On demande aux internautes de vérifier un certain nombre de points (discours pseudo-scientifiques, dénigrement de la médecine traditionnelle, incitation à l’arrêt d’un traitement…) avant de s’engager ou de remettre les clefs de sa vie à un coach (3), r appelle l’organisme d’État. Ces formations peuvent présenter un risque d’emprise, d’altération de la santé mentale… Les personnes vulnérables sont séduites par ces promesses. Et sur Internet, la vigilance est moindre.

Chloé, elle, estime avoir fait les frais de ces influenceurs bien-être. À les écouter, ça semble si simple d’aller mieux, mais on n’y arrive pas pour autant. C’est presque culpabilisant…

(1) Baromètre du moral des adolescents, Ipsos, mars 2025.