Par

Aurélie Duhamel

Publié le

10 févr. 2026 à 21h00

Sous le chapiteau, c’est le calme avant la fête. Ce 6 février 2026, les mâts sont levés, les gradins en place, et au centre de la piste, un monticule de sable attend son dernier coup de râteau avant l’entrée des artistes. Puis à contre-jour, Adrien Caplot fait son apparition.
Père de quatre enfants et grand-père à treize reprises, le doyen du cirque Lydia Zavatta a fêté ses 74 ans la veille, en pleine installation aux Mureaux (Yvelines). Issu de cinq générations de baladins et circassiens, le patriarche veille sur l’une des familles les plus reconnues du cirque traditionnel en France.
« Chez nous, le cirque, c’est dès la naissance ! », lâche le doyen de la troupe, aujourd’hui dirigée par son frère John. « Depuis 1870 ! », hale Stéphanie, la fille d’Adrien Caplot, au loin.

La piste comme une seconde peau

Né dans le parfum du foin, des animaux et de la toile chauffée, Adrien Caplot a grandi sous les chapiteaux et les départs à l’aube, guidé par son grand-père et son père aujourd’hui disparu, lui-même artiste. « Enfant, mon père me déguisait en clown, avec la perruque, le faux nez et les souliers vernis. Mon frère faisait le clown blanc et moi Auguste. », raconte cette encyclopédie du cirque.

Il teste nos connaissances : « Vous savez pourquoi les pistes de cirque sont circulaires ? C’est pour les chevaux, la forme facilite les enchaînements et permet de maintenir la vitesse. », poursuit celui qui veille également à ce que ces moments équestres, héritage du cirque traditionnel, continuent de briller.

« On avait une caravane qui abritait notre cavalerie. Je rentrais en piste sur des chevaux au galop ! »

Adrien Caplot, doyen du cirque Lydia Zavatta
Avec son épouse Patricia, Adrien Caplot, 74 ans, ce reprenant en alternance son rôle de Monsieur LOYAL.
Adrien Caplot, 74 ans, assure maintenant la présentation des numéros et l’animation du spectacle. Le maître de piste est aux Mureaux (Yvelines) jusqu’au 15 février 2026. ©Photo transmise à 78 actuPerpétuer l’héritage

Depuis l’an 2000, les Caplot ont repris la troupe fondée par la fille du célèbre clown et acrobate Achille Zavatta (1915-1993), qui leur a confié la gestion de son nom et de son cirque. Accompagnés des membres des familles Dubois et Togni, ils font vivre l’esprit Zavatta dans toute la France, en Île-de-France l’hiver, sur les côtes l’été.

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Pas toujours une mince affaire avec le carburant qui flambe, la réglementation qui se durcit, le coût de l’impression des affiches ou encore l’entretien du matériel. Les mots d’Adrien Caplot fusent en rafales, presque sans reprendre son souffle.

« On s’arrête un mois par an, en janvier, pour réparer les camions et redonner un coup de peinture. À cause de la hausse du gazole, on cible des villes proches les unes des autres. »

Adrien Caplot, doyen du cirque Lydia ZavattaEn 1999, le maire des Mureaux l’a suivi en tournée

Dans l’obscurité du chapiteau, il nous parle de « François » [Garay, le maire des Mureaux], lui aussi « un grand fan de cirque ». L’anecdote vaut la peine d’être racontée. « On était en 1999, il venait de fêter ses 50 ans. Il m’a demandé s’il pouvait m’accompagner quelques jours en tournée », cadre le circassien.

Adrien Caplot accepte avec plaisir. Trois ans avant sa victoire aux municipales de 2001, le futur maire les rejoint sur la route à Villers-sur-Mer, en Normandie, et assiste aux répétitions, aux entraînements et aux représentations. « Il montait et démontait avec nous ! », se rappelle Adrien Caplot.

François Garay : « J’ai vécu leur vie »

François Garay, maire des Mureaux, revient sur son immersion dans le monde des Zavatta en 1999 : « Je n’étais plus élu, je travaillais à la BNP. J’ai vécu leur vie pendant dix jours. Pour l’anecdote, je dormais dans un camion, juste derrière les lamas », s’amuse l’édile, amené aussi à soigner les zèbres de la troupe.

Fan de cirque depuis l’enfance, il explique que l’idée de créer un festival de cirque aux Mureaux est née de cette expérience. « C’est en discutant avec les Caplot que l’on s’est dit qu’il serait bien de mettre en valeur les petites structures de cirque. » Ainsi, dès la création du festival en 2002, les familles Rech et Bormann ont présenté leur numéro aux Mureaux, avant de basculer vers des prestations sélectionnées.

L’amour des animaux

À l’arrière du chapiteau, des chameaux, des lamas, un poney et un frison patientent au calme avec leur soigneur, loin de la vue du public. En câlinant Polly, un poney Falabella né avec des taches de dalmatien, Adrien Caplot nous fait part de son sentiment.

Il a trait à l’interdiction possible des animaux sauvages dans les cirques en 2028. Il doit maintenant faire face aux levées de boucliers des associations.

« Nous avons des animaux domestiques. Ils sont nés ici avec nous, ils ont besoin de nous. Je suis tout le temps avec eux. La première chose que je fais quand je me lève, c’est d’aller les voir. »

Adrien Caplot, doyen du cirque Lydia Zavatta« Bardot venait voir nos animaux »

Un sujet qui l’amène à nous confier une autre anecdote. Il nous parle de Brigitte Bardot (1934-2025), l’actrice et défenseuse infatigable des animaux, qu’il dit avoir « bien connu ».

« Elle venait souvent voir nos animaux quand on montait sur le port de Saint-Tropez. Puis quand elle a passé la quarantaine, avec la Fondation 30 millions d’Amis, on n’était plus vraiment bien vu à ses yeux. »

Adrien Caplot, doyen du cirque Lydia Zavatta
Adrien Caplot Mureaux cirque
Adrien Caplot, ici aux Mureaux (Yvelines), rappelle que ces animaux sont élevés auprès de sa famille depuis toujours, et qu’ils sont tous suivis par des vétérinaires. ©Aurélie DuhamelPour les jeunes, entraînement le matin, devoir l’après-midi

Aujourd’hui, les aînés veillent sur les plus jeunes. Les petits-enfants d’Adrien Caplot s’imprègnent d’un savoir qui ne se transmet pas dans les livres, mais avec amour et patience. « Voici la nouvelle génération ! Là vous avez Thaïs, 15 ans, équilibriste, qui va nous présenter un numéro extraordinaire. » Le grand-père en est immensément fier.

Une vie différente des autres écoliers, leur fait-on remarquer. « J’adore ça », rebondit Ithaï, antipodiste talentueux à seulement 11 ans. Mais pas moins cadrée. « Les enfants s’entraînent jusqu’à 14 h et ensuite font leurs devoirs, en correspondance via le CNED », explique leur mère Stéphanie.

« Avant de passer aux cours par correspondance, j’ai dû réserver des dizaines d’écoles à l’avance dans les villes où nous passions, pour un mois à chaque fois. C’est de l’organisation. »

Stéphanie Caplot, fille d’Adrien Caplot
Thais (à gauche), 15 ans, et Ithai (à droite), la relève du cirque Lydia Zavatta, en plein entraînement avant leurs représentations aux Mureaux (Yvelines).
Thaïs (à gauche), 15 ans, et Ithaï : la relève du cirque Lydia Zavatta, en pleine répétition avant leurs représentations aux Mureaux (Yvelines) en ce mois de février 2026. ©Aurélie DuhamelSur la piste dès le berceau, ou presque

Dans leurs yeux brille déjà la promesse de la relève, preuve que chez les Caplot, le cirque n’est pas près de s’éteindre. Les enfants apprennent tôt la discipline et l’art du cirque. « Aussitôt sorti de la maternité ! », s’en amuse le patriarche.

« Dès 4-5 ans, ils commencent à jongler. En plus de leur numéro, ils doivent savoir tout faire, du saxo, de la trompette ou de la batterie. Avec nous, il faut que ça bouge et que ça avance. Il y a toujours quelque chose à faire au cirque. »

Adrien Caplot, doyen du cirque Lydia Zavatta« Place au cirque ! »

Dans l’immense caravane familiale posée sur le parking du parc de Sautour, aux Mureaux, sa charmante épouse Patricia Caplot, 77 ans, prépare, comme tous les jours, le déjeuner des artistes.

Le lendemain, les doyens de la famille apparaissent fiers et souriants à l’accueil du chapiteau. Vêtu de son habit rouge flamboyant, Adrien Caplot s’empare du micro : « Trois mots magiques : place au cirque ! » Numéro d’illusion, jongleurs précis, équilibristes défiant la gravité, la piste ne connaîtra aucun temps mort.

Qui prendra la relève ? En spectacle aux Mureaux le 7 janvier 2026, Thaïs, jongleur et équilibriste, est bien parti pour perpétuer l'héritage familial.
Qui prendra la relève ? Sous le chapiteau installé aux Mureaux (Yvelines), Thaïs, jongleur et équilibriste, a montré qu’il était bien parti pour perpétuer l’héritage familial. ©Aurélie DuhamelRester fidèles aux traditions

Dans leurs yeux étincellent l’âme du cirque traditionnel, un mélange de lumière, de rires, de sons et de frissons. On a remercié Adrien Caplot pour l’accueil, il nous a repris : « C’est bien normal ! Avant, on avait toujours du monde qui venait assister au montage, on en voit moins c’est vrai… »

Il termine, avec une petite pointe de nostalgie : « Quand j’étais gamin, l’arrivée d’un cirque était un sacré événement. On est toujours content de parler de ce que l’on fait. »

Dernières représentations aux Mureaux : ce mercredi 11, samedi 14 et dimanche 15 février 2026, au parc du Sautour. Spectacles à 15 h. Tarifs : 15 € (enfant) et 20 € (adultes).

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