Sa silhouette est gracile, son visage lumineux. L’artiste de rue Gil KD s’affiche au grand jour après avoir longtemps œuvré dans l’ombre. Pour les Tourangeaux, elle est surtout une signature : trois lettres capitales, accompagnant chacun de ses dessins peints sur le mobilier urbain.
Des personnages exclusivement féminins, baptisés les « Filles du vent ». Ils ont fleuri dans le centre-ville de Tours il y a une dizaine d’années. Les Tourangeaux sont rapidement tombés sous le charme de ces demoiselles élégantes et poétiques apparaissant mystérieusement au petit matin sur une boîte aux lettres, un rideau de fer ou une porte métallique.
L’identité de leur auteur était elle aussi mystérieuse. « La plupart des personnes pensaient qu’il s’agissait d’un artiste masculin », s’amuse aujourd’hui Gil KD en se remémorant les commentaires laissés sur les réseaux sociaux au début des années 2010.
« La rue m’a donné une vraie visibilité »
À cette époque, Gil KD est infirmière dans l’Est tourangeau, inconnue dans le milieu du street art. « Je me disais qu’à Tours, il n’y avait pas assez de créations de street art par rapport à d’autres villes. » Poussée par son compagnon, Bruno, la quinquagénaire décide de passer à l’action. Clandestinement, avec ses bombes de peinture et ses pochoirs géants, elle se met à parcourir le centre-ville pour réaliser ses créations. « Je voulais surtout faire quelque chose de coloré, je ne me disais pas “ Je vais tout bousculer, choquer ”, non pas du tout, insiste Gil KD. Ma première Fille du vent, je l’ai faite sur un rideau métallique, rue de la Grosse tour, c’était un bâtiment qui était voué à la destruction. »
Comme les graffeurs, Gil KD opère toujours de la même façon. « Je vais pocher entre 6 h et 6 h 30 le dimanche matin, quand il n’y a personne dehors. Jamais la nuit, j’ai trop la trouille. » Ses pochoirs préparés à l’avance, chez elle à Saint-Martin-le-beau, lui permettent de réaliser ses silhouettes en un temps record, « en 20 minutes, c’est fini ».
Le dessin n’est pas apparu subitement dans la vie de Gil KD. « Je dessine depuis que je suis enfant. » Fille de parents horticulteurs installés à Saint-Martin-le-Beau, petite, elle est scolarisée à l’école de Saint-Cyr-sur-Loire, dont le directeur n’est autre que son grand-père. « C’est lui qui m’a appris à dessiner. Le soir, après mes devoirs, je dessinais à la craie sur des feuilles Canson noires. »
Adolescente, Gil KD rêvait d’embrasser une carrière artistique. Ses parents, beaucoup moins. « Pour eux, on n’en vivait pas. » À la place, elle choisit les études d’infirmière et monte exercer à Paris dans les années 1980, « pour me sortir du carcan patriarcal. » C’est là-bas qu’elle croise la route des pionniers du graff. « Leur repaire c’était les Magasins généraux, un terrain vague. »
La bande d’artistes de rue est composée uniquement de garçons. Pour s’intégrer, la jeune femme coupe ses cheveux, porte des pantalons et des rangers : « Un vrai garçon manqué ! » On la rebaptise Gil, un prénom qui ne la quittera plus. « J’aime bien cette ambiguïté de porter un prénom mixte », confie celle qui préfère ne pas divulguer son prénom d’origine. Avec cette nouvelle identité, elle s’autorise à transgresser les règles : « J’étais sous le joug d’une éducation à l’ancienne….
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