Deux ans après la mort d’un petit garçon de six ans à Brisbane (Australie), les médecins légistes ont enfin rendu leurs conclusions. Le jeune Connor Dean est décédé du scorbut, une maladie extrêmement rare, quasiment éradiquée depuis deux siècles, rapporte The Guardian. Communément appelée « maladie des marins », celle-ci est due à une carence prolongée en vitamine C.
Atteint du syndrome de Down, Connor Dean souffrait d’une malformation cardiaque et d’un retard de développement physique et mental important. Hospitalisé en juillet 2024 pour des douleurs au genou et un boitillement, l’enfant a rapidement présenté des symptômes inquiétants. Testé positif au virus parainfluenza, il a ensuite développé une toux persistante, une éruption cutanée et des lésions cérébrales.
Une mauvaise alimentation
Les médecins ont aussi fait face à une insuffisance rénale, une défaillance multiviscérale et une septicémie. Victime d’un arrêt cardiaque, Connor s’est éteint au mois d’août de la même année.
L’enquête ouverte pour déterminer les causes du décès a mis en lumière une carence en vitamines C, A, E, D et K. Le médecin généraliste avait déjà alerté la famille du garçonnet sur sa croissance. En 2023, il n’avait pris que 300 g en onze mois, précise News.com. « J’ai dit à sa mère que j’étais très inquiète au sujet de l’alimentation de Connor, et plus précisément du fait qu’elle ne contenait pas suffisamment de calories, de vitamines et de minéraux dont il avait besoin pour grandir et être en bonne santé », confie le docteur.
Des compléments sans vitamine C
Fin 2023, « son régime alimentaire était encore très pauvre, avec beaucoup de pain blanc, un peu de saucisse de bœuf, de crème anglaise et de chocolat », note la praticienne. Connor Dean ne mangeait quasiment aucun fruit ou légume et ses parents compensaient avec des compléments « multivitaminés », de la vitamine D3, du Ferroliquid et l’injection de vitamine A. Mais les analyses ont montré que les compléments administrés ne contenaient en réalité aucune vitamine C.
Les examens menés sur le corps de Connor Dean ont révélé des modifications osseuses « compatibles avec le scorbut ». Son taux de vitamine C dans le sang au moment de sa mort était inférieur à 1 micromole par litre, alors que la moyenne se situe entre 20 et 120.
La maladie des matelots
Entre le XVIe et le XXe siècle, le scorbut a décimé les marins engagés dans de longs voyages et privés de fruits et légumes. La carence prolongée en vitamine C pouvait les conduire à la mort. A la fin du XIXe siècle, la maladie a commencé à disparaître grâce à l’ajout de jus de citron ou d’orange dans les boissons des matelots.
Mais il a fallu attendre 1933 et le chercheur hongrois Albert Szent-Giorgyi pour mettre au jour l’acide ascorbique et son efficacité pour éviter le scorbut, explique le Vidal. L’homme obtient le prix Nobel de médecine en 1937. « La vitamine C sera rapidement synthétisée et commercialisée par l’industrie », explique le site spécialisé.
Une résurgence ces dernières années
Le scorbut avait quasiment disparu de la planète, notamment dans les pays développés. Mais il pouvait rester présent dans des pays en guerre ou frappés par la famine. Mais depuis 2018, on assiste à une résurgence de la maladie, d’après plusieurs études. Notamment chez les enfants, les personnes précaires ou vulnérables.
Les premiers signes du scorbut sont la perte des dents et le saignement des gencives, une anémie, des éruptions cutanées, des douleurs osseuses, un amaigrissement ou encore de la fatigue. La coroner adjointe de l’État du Queenslan, Stephanie Gallagher, a souhaité communiquer sur le cas de Connor Dean pour « éviter qu’un décès dans des circonstances similaires ne se reproduise à l’avenir ».