Dengue, Zika, fièvre du Nil occidental… ces virus appartiennent au genre Orthflavivirus, une catégorie de virus qui se transmettent à l’Homme et aux animaux par la piqûre de moustiques infectés. Ces trois virus infectent chaque année quelque 500 millions de personnes. Pour l’heure, aucun traitement efficace ne permet de lutter contre l’ensemble de ces maladies. Quant aux mécanismes qui permettent aux virus de s’installer dans la peau, ils restent encore méconnus. « Comprendre comment la salive du moustique influence l’infection de la peau est essentiel pour mieux comprendre la transmission et identifier de nouvelles cibles de prévention », pose Julien Pompon, directeur de recherche à l’Institut de recherche pour le développement (IRD), dans un communiqué diffusé le 31 août.
Lorsqu’un moustique pique, il injecte sa salive qui contient des particules virales. Les chercheurs de l’IRD ont découvert, grâce à un modèle de transmission in vivo, qu’elle contient également un ARN (acide ribonucélique) viral, appelé sfRNA, qui joue un rôle actif dans l’installation de l’infection. Les scientifiques ont observé que plus cet ARN est présent dans la salive, plus l’infection est favorisée. Comment ? Une fois injecté, le sfRNA inhibe l’activation de la réponse immunitaire innée destinée à détecter et à limiter la multiplication des virus. Ce qui « permet ainsi aux virus de gagner du temps au niveau du site de la piqûre », note l’IRD. Les résultats de cette étude menée par une équipe de l’IRD, du CNRS, de l’Université de Montpellier (France) et de l’Université de Mahidol (Thaïlande) publiée le 29 août dans Nature Communications.
Vers une stratégie vaccinale à large spectre ?
Le mécanisme a été observé sur deux Orthoflavirus transmis par deux moustiques différents : le virus du Nil occidental transmis par des moustiques communs, et le virus Zika transmis par des moustiques tigres. Du sfRNA a été retrouvé dans la salive des moustiques infectés ce qui pourrait indiquer que le mécanisme qu’il déclenche pourrait être partagé par plusieurs Orthoflavirus. Et si c’est bien le cas, une stratégie de prévention commune pourrait être mise au point non pas contre un virus mais contre le mécanisme qui facilite son installation au moment de la piqûre !
« Cette découverte montre comment l’étude fondamentale des mécanismes de transmission peut déboucher sur une nouvelle approche de prévention contre plusieurs maladies virales transmises par les moustique », espère Julien Pompon. Les chercheurs développent ainsi une stratégie vaccinale qui cible le composé salivaire mis en cause et espèrent pouvoir bientôt mener des essais cliniques, dans le cadre du projet Horizon Europe Flavivaccine.
A noter : si l’Asie, l’Amérique du Sud et l’Afrique sont particulièrement concernées, ces virus progressent également en Europe et en France où le moustique tigre gagne toujours plus de terrain. Alors que ces maladies étaient considérées comme tropicales voici quelques années, de plus en plus de cas autochtones sont enregistrés chaque année dans l’Hexagone. Cet été, au 30 août, 8 épisodes de transmissions autochtones de chikungunya, 4 épisodes de dengue et 39 cas autochtones de virus West Nile ont été identifiés depuis le début de la saison selon Santé publique France.
Source : IRD, Nature Communications, Santé publique France