Sur l’infographie ci-dessous, on constate en effet qu’entre 2000 et 2025, les dépenses sont passées de 43 % du PIB en 2000 à environ 52 % en 2025. « On voit clairement que la situation qui n’est pas trop mauvaise jusqu’en 2007. Après, c’est la crise de 2008 qui va se traduire par des dépenses supplémentaires, en chômage notamment », observe Maxime Fontaine, chercheur en finances publiques à l’ULB. Suivent ensuite « la crise grecque et la crise de la dette qui suit ». Trois crises en peu de temps qui font bondir les dépenses.
Si la situation « s’améliore ensuite progressivement », la crise sanitaire de 2020 vient bouleverser les finances publiques « sous un triple effet », précise Maxime Fontaine : « Les dépenses augmentent pour faire face à la crise (+ 9 %), les recettes baissent (- 4 %) et le PIB diminue. » Un cocktail explosif qui explique un pic impressionnant.
Un système social à revoir ?
Si la multitude de crises traversées peut expliquer une partie de la hausse des dépenses, cela ne suffit pas. « Elles ont augmenté plus vite que les recettes, tant en raison d’une hausse des prestations sociales due au vieillissement de la population (NDLR. et donc du coût des pensions et des soins de santé) que des autres dépenses des administrations publiques », souligne le chercheur de l’ULB.
« De nouvelles dépenses sont venues remplacer les charges d’intérêts, vu que les recettes n’ont pas diminué entre 2000 et 2025. Les dépenses ont donc augmenté deux fois. »
Il insiste également sur le fait que « jusqu’en 2008, les dépenses primaires, hors charges d’intérêt donc, étaient bien inférieures aux recettes. Ce qui créait un surplus primaire », qui servait notamment à compenser le paiement des intérêts. Il rappelle d’ailleurs que la part des charges d’intérêt « a beaucoup diminué depuis 30 ans : de 8,6 % du PIB en 1996, elle a atteint un minimum de 1,6 % en 2022. Pourtant le déficit s’est dégradé. Cela veut dire que de nouvelles dépenses sont venues remplacer les charges d’intérêts, vu que les recettes n’ont pas diminué entre 2000 et 2025. Les dépenses ont donc augmenté deux fois : une fois en % du PIB et une fois en se substituant aux charges d’intérêt », résume-t-il.

En 25 ans, les dépenses publiques (hors charges d’intérêt) sont passées de 43 à 52% du PIB. Les recettes sont, elles, restées relativement stables. ©EdA
Réduire les dépenses est maintenant une option du gouvernement. Mais pour Maxime Fontaine, les réformes des dernières années ont poussé à la limite de ce qui est supportable « pour les administrations ou pour le citoyen dans le contexte actuel ». Il voit alors deux solutions : augmenter les impôts, et donc les recettes de l’État, ou « modifier fondamentalement notre système social ». Ce qui signifierait privilégier des options telles que la privatisation des soins de santé, des pensions et des autres prestations sociales qui pèsent actuellement sur les finances publiques.
Pourquoi les recettes restent-elles stables ?
Outre la réduction des dépenses publiques, le gouvernement peut également décider d’augmenter ses recettes. Sur les 25 dernières années, les recettes publiques sont restées relativement stables, autour des 50 %. Si Maxime Fontaine estime qu’il faut être « prudent en analysant les variations », certains mouvements de cette ligne s’expliquent par « des choix politiques ».
On constate ainsi que les recettes ont augmenté assez nettement sous Elio Di Rupo (2011-2014) avant de rebaisser avec le gouvernement Michel jusqu’en 2019. « Globalement, la gauche veut plus de recettes, la droite en veut moins », résume le chercheur. « Mais c’est compliqué de déterminer avec précision à quoi sont dues les fluctuations, parce que les effets des réformes se font parfois sentir quelques années plus tard. » C’est pour cette raison qu’il faut d’ailleurs s’attendre à une baisse des recettes d’ici 2029 en raison de la réforme fiscale menée par le gouvernement De Wever. « Si de telles réformes ne sont pas financées par une baisse des dépenses, un tax shift ou de nouveaux impôts, les recettes baissent forcément. » D’où la volonté de certains partis de travailler aussi sur les recettes pour trouver les 10 milliards d’euros.