« D’une audace folle »

L’incendie du château de Heidelberg, c’est lui. Un homme « d’une audace folle », selon Saint…

« D’une audace folle »

L’incendie du château de Heidelberg, c’est lui. Un homme « d’une audace folle », selon Saint-Simon. Il a incendié, pillé, rasé, tué avec une énergie redoutable. Louis XIV loue sa servitude et le fait maréchal de camp, puis le nomme gouverneur de Landau (aujourd’hui dans le land de Rhénanie-Palatinat). « Combien y a-t-il de scélérats qu’on punirait pendant la paix, et dont on a besoin de récompenser l’audace dans les désordres de la guerre », écrit Fénelon en 1699 dans « Les Aventures de Télémaque ».

« Portrait fidèle de l’incendiaire et meurtrier français de Mélac », 
une caricature datant de 1689

« Portrait fidèle de l’incendiaire et meurtrier français de Mélac »,
une caricature datant de 1689

Auteur inconnu/Wikimedia Commons

Figure emblématique

Si le sac du Palatinat a été une victoire tactique pour Louis XIV, il a aussi été un désastreux faux pas politique pour le monarque vilipendé dans toute l’Europe pour la cruauté de ces raids. Le Roi Soleil revendiquait le Palatinat, mais, surtout, il souhaitait créer une immense zone grise à l’orient de sa frontière pour briser toute perspective d’incursion. La Ligue d’Augsbourg est née sur les ruines semées par Mélac et toutes les puissances continentales se dressent alors contre la France. « Un homme, rappelle Victor Hugo dans ses ‘‘Lettres du Rhin’’ , dont le nom est utilisé aujourd’hui à Heidelberg pour faire peur aux petits enfants, Mélac, lieutenant général des armées du roi de France, mit à sac la ville palatine et n’en fit qu’un tas de décombres… L’armée du grand roi entra dans Spire… Les soldats violèrent la famille, ils violèrent la religion, ils violèrent la mort. »

Le nom de Mélac a sombré dans l’oubli en France, pas en Allemagne. Au lendemain de la Première Guerre mondiale, alors que les troupes françaises occupent le Palatinat et la Rhénanie, la propagande allemande instrumentalise sa figure pour dénoncer la brutalité historique de l’occupant.

Une famille de l’Entre-deux-Mers

Ézéchiel de Mélac est né en 1630 à Sainte-Radegonde, en Gironde, au château Jean Faux. La famille a consolidé son ascension sociale grâce à de belles alliances scellées au sein de la communauté protestante. Ézéchiel entre très jeune dans l’armée et évolue rapidement. Pas seulement grâce à ses mérites : Louis XIV, lassé des réseaux d’influence des grandes familles, promet de belles carrières à des officiers de petite noblesse provinciale, dont il sait que la reconnaissance lui sera précieuse. Et, pour certains, en leur arrachant une abjuration qui devait les assurer de préserver leur fortune.

La partie ruinée du château de Heidelberg, dans le Bade-Wurtemberg. À l’époque, c’était la résidence des électeurs palatins. Il n’a jamais été complètement reconstruit

La partie ruinée du château de Heidelberg, dans le Bade-Wurtemberg. À l’époque, c’était la résidence des électeurs palatins. Il n’a jamais été complètement reconstruit

Photo PxHere

« La destruction d’Heidelberg par les Français – 1689 », illustration tirée d’un livre de Franz Lubojatzky paru en 1858 à Löbau

« La destruction d’Heidelberg par les Français – 1689 », illustration tirée d’un livre de Franz Lubojatzky paru en 1858 à Löbau

British Library

Entre ses guerres – Portugal, campagnes de Hollande et de Savoie, Allemagne… –, Mélac, auréolé d’une réputation de grand tacticien de cavalerie, revient au château Jean Faux. Il agrandit la demeure, achète encore des terres, prend soin des jardins. Ayant épousé tardivement (58 ans) une demoiselle de la puissante maison de Durfort-Duras – une nièce du maréchal de Duras, sous le commandement duquel il intègre l’armée du Rhin l’année de son mariage, en 1688 –, il n’a pas d’héritier et partage sa fortune entre ses demi-frères et ses neveux. Il meurt à Paris en 1704. Un fait qui illustre bien la complexité du personnage : en 1702, lorsque les caisses de l’État sont vides, Mélac sacrifie l’argenterie familiale pour payer ses soldats.

Archives disparues

L’archéologue et historien Léo Drouyn a publié une précieuse notice biographique dans les « Actes de l’Académie nationale des sciences, belles-lettres et arts de Bordeaux » en 1885. Malheureusement, les archives de Mélac, notamment sa correspondance, ont été dispersées au fil des successions.

De l’abbaye de Hirsau, dédiée à saint Pierre et saint Paul, il ne reste que des vestiges. La chapelle attenante est désormais dévolue au culte luthérien.

De l’abbaye de Hirsau, dédiée à saint Pierre et saint Paul, il ne reste que des vestiges. La chapelle attenante est désormais dévolue au culte luthérien.

Wikipédia

Le duc Eberhard-Louis de Wurtemberg 1676-1733) avec son chien-loup, dont le nom, Melac, est gravé sur son collier.

Le duc Eberhard-Louis de Wurtemberg 1676-1733) avec son chien-loup, dont le nom, Melac, est gravé sur son collier.

peinture anonyme, 1720/musée de Ludwigsburg

À Hirsau, la statue du sculpteur allemand Peter Lenke, qui l’immortalise dans une posture ridicule, signe la longévité de son souvenir. Les ruines de l’ancienne abbaye saccagée par ses troupes sont toujours là. À Queichheim, où Mélac avait acheté un domaine, une auberge a porté son nom jusqu’au XIXe siècle, Zur Mélac, rebaptisée depuis Zur Krone. L’enseigne d’origine a été déposée au musée d’histoire local.