Sexisme banalisé

L’avis du CEFH sonne surtout l’alerte par rapport au « sexisme ordinaire », terme qui n’apparaît cependant pas dans la loi bien-être au travail. L’étude décrit ici un sexisme banalisé très fréquent, des discriminations qualifiées de « micro-agressions ». 88 % des répondantes ont déjà été confrontées à des blagues ou des remarques déplacées et 58 % à des regards ou des sollicitations inappropriées. Face à ces chiffres, La Libre a recueilli les témoignages de jeunes femmes ayant subi des discriminations liées à leur genre au travail.

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Florence (22 ans) raconte avoir subi du « sexisme ordinaire » pendant plusieurs semaines lors d’un stage en entreprise : « J’étais en stage dans une boîte de production où je me suis retrouvée avec un patron très caractériel qui ne me faisait pas du tout confiance. Je me disais que c’était le début et qu’il fallait que je fasse mes preuves. Petit à petit, j’ai commencé à recevoir plein de remarques comme ‘Mais toi, de toute façon, tu ne comprends pas, tu es une meuf’ ou alors ‘Pour le tournage d’après-demain, il faut coudre un truc, toi tu es une meuf, tu sais le faire' ». Florence explique que ces remarques répétées devenaient un vrai poids. « Un jour, le patron a acheté un bras d’ordinateur. Il a demandé à un acteur qui était là pour un tournage de le monter, alors que j’étais en stage pour effectuer ce genre de travail. Finalement j’ai été chercher des outils pour le faire moi-même. D’un coup, mon patron s’est arrêté pour me regarder et il m’a dit ‘attends tu sais utiliser un tournevis toi ?' », raconte-t-elle. Elle explique avoir dû prouver pendant plusieurs mois qu’elle pouvait travailler comme les autres pour qu’on lui fasse enfin confiance.

La banalisation intériorisée du sexisme ordinaire mène à un autre constat : plus de 75 % des femmes ne signalent pas les faits subis. Un chiffre qui s’explique aussi par la peur des représailles et le manque de confiance dans les procédures internes, quand celles-ci existent. Parmi celles qui ont signalé ces discriminations, près de deux tiers estiment ne pas avoir été protégées, et 20 % ont même été pénalisées à la suite de leur démarche.

Lou (24 ans) travaille dans l’horeca à côté de ses études depuis plusieurs années. Dans un bar, elle raconte avoir dû travailler avec un collègue qui la harcelait en lui faisant des remarques à caractère sexuel lors de tous ses shifts : « Quand j’étais au bar, ce même collègue me tapait les fesses avec le bac à glaçons quand il passait derrière moi ». Lou explique avoir tenté d’en parler à ses supérieurs : « Au bout d’un moment, j’étais tellement mal à cause de cette histoire que j’ai envoyé un message au patron pour lui expliquer la situation et demander d’annuler mon shift du soir. Il m’a répondu par message en me posant un ultimatum : ‘Soit tu viens bosser ce soir, soit tu te casses' ». Elle a dû démissionner alors que son ancien collègue, lui, travaille toujours dans ce lieu.

C’est aussi le cas de Melissa (30 ans), qui raconte que dans l’entreprise où elle travaillait, il existait des cas de harcèlements bien connus avec certains hommes. « Finalement, la RH a fait une réunion avec l’équipe durant laquelle elle nous a dit : ‘C’est un problème générationnel, vous êtes fort sensibles maintenant’, explique-t-elle.

« Avec Internet, les victimes de harcèlement ne sont plus jamais à l’abri »

L’étude relève en outre que 27 % des femmes déclarent avoir été harcelées moralement en raison de leur genre, 21 % avoir subi du harcèlement sexuel, 54 % une discrimination ou exclusion professionnelle et même 12 % une agression sexuelle.

Lisa (30 ans) a été en contact avec les juristes de l’institut pour l’égalité des femmes et des hommes lorsqu’elle s’est vue refuser un congé parental après son accouchement, un refus illégal. « Au début de ma grossesse, j’avais demandé de prendre un mi-temps bien à l’avance. À l’oral, mon RH me disait qu’il n’y avait aucun souci. Une semaine avant ma reprise de travail, après mon accouchement, il m’a dit que finalement ce n’était pas possible. J’ai quand même envoyé ma demande. J’ai reçu des appels du RH qui me faisait des discours de culpabilisation extrême en disant que je ne voulais pas travailler, que j’étais longtemps absente, alors que j’avais accouché. Ils m’ont dit que je coûtais cher alors que j’étais payée par la mutuelle. J’ai subi de l’acharnement au téléphone pour me pousser à bout et me faire démissionner. »

Un enjeu de santé

L’avis du Conseil insiste sur l’enjeu de santé publique que représente le sexisme dans le milieu professionnel : 70 % des incapacités de travail de plus de six mois liées au burn-out ou aux troubles anxieux concernent des femmes, qui représentent 60 % des malades de longue durée et jusqu’à 80 % après 55 ans. Le sexisme n’est donc pas seulement une atteinte à la dignité individuelle mais un facteur structurel de risque psychosocial.

Le Conseil bruxellois de l’égalité entre les femmes et les hommes voit dans ces chiffres un problème structurel et un risque sanitaire de taille pour les femmes et souhaite que les pouvoirs publics bruxellois les traitent comme tels. Le CEFH demande une reconnaissance juridique du sexisme ordinaire et du sexisme d’ambiance en les inscrivant dans la loi comme notion autonome. De plus, le Conseil signale la nécessité de mettre en place des procédures de signalements effectives au sein des entreprises, d’intégrer une perspective de genre dans l’analyse des risques et des mesures de bien-être au travail et de former les équipes et la ligne hiérarchique à ces enjeux.