Du côté des concerts brefs, on signalera bien entendu The Jesus and Mary Chain : Au milieu des années 1980, ces figures du rock indépendant et shoegaze britannique étaient célèbres pour jouer dos au public, noyés sous le feedback et la fumée, avant de saccager leur matériel ou d’arrêter le concert au bout d’un quart d’heure, provoquant régulièrement des émeutes. Des prestations n’ont pas dépassé les dix minutes.
Le record du concert le plus court annulé involontairement est détenu par le groupe britannique The Who. Le 13 mars 2007, à Tampa en Floride, le groupe monte sur scène face à 9000 fans. Pete Townshend plaque les premiers accords de I Can’t Explain, mais le chanteur Roger Daltrey, terrassé par une bronchite foudroyante, réalise instantanément qu’il est incapable d’émettre un son et quitte la scène. Bilan : 13 secondes de concert. Le groupe reprogrammera la date deux semaines plus tard pour se rattraper.
À l’inverse de l’annulation pour cause de maladie, The White Stripes ont sciemment théorisé la brièveté. Le 16 juillet 2007 à St. John’s, au Canada, Jack et Meg White ont donné ce qui reste le concert conceptuel le plus court de l’histoire. Jack White est monté sur une scène en plein air, a joué une seule note de guitare (un C#), a lancé un « Thank you very much, we are the White Stripes ! » à la foule abasourdie, et le duo s’est éclipsé. Ce concert d’une fraction de seconde visait à jouer dans chaque province et territoire du Canada lors de leur tournée, poussant l’idée du concert symbolique à son paroxysme.
Bref, qu’il s’agisse de tester les limites physiques des musiciens ou de jouer avec les attentes du public, ces extrêmes rappellent que la scène rock demeure un espace d’expérimentation où le temps n’est plus une simple mesure, mais (parfois) un élément du spectacle à part entière.