INTERVIEW. – Après Virgil Abloh, les maisons Balmain et Coperni ou encore Pharrell Williams, Jeff Koons imagine à son tour une bouteille collector pour Evian. Ses mythiques Balloon Dogs habillent cette édition limitée dédiée aux 200 ans de la marque.

De passage à Paris pour ce lancement, l’artiste contemporain a retrouvé une ville qu’il affectionne, notamment pour ses musées.

Madame Figaro. – Quel est votre état d’esprit du moment ?


Passer la publicité

Jeff Koons. – Il est bon. J’ai commencé à créer très jeune, vers l’âge de 4 ans, et cela fait désormais plus de cinq décennies que j’évolue dans l’univers de l’art. Je crois vivre aujourd’hui la relation la plus épanouissante que j’aie jamais entretenue avec lui.

Quelles ont été vos inspirations pour cette édition limitée ?

Je voulais avant tout que cette bouteille dégage un esprit de fête, de jeu, de curiosité et de joie créative. On y retrouve donc mon Balloon Dog dans une version magenta, mais aussi un ballon argenté qui s’enroule autour de la bouteille. Ce qui est amusant, c’est que cette espèce d’hélice rappelle le bâton d’Esculape dans la mythologie grecque, emblème de la médecine et de la santé. Or j’ai le sentiment qu’Evian a toujours placé cette valeur au cœur de ce qu’elle entreprend.

Grand admirateur de philosophie, je suis particulièrement sensible à l’allégorie de la caverne de Platon.

Jeff Koons

Quel est votre secret pour rester jeune ?

J’essaie de rester à l’écoute. J’aime être réceptif à tout ce qui m’entoure – les situations, les images, les sons – et je m’efforce de ne pas porter de jugement trop hâtif. Selon moi, c’est ce qui freine le plus l’épanouissement.


Passer la publicité

De quoi avez-vous besoin pour créer une œuvre d’art ?

De me connaître et de m’accepter. Grand admirateur de philosophie, je suis particulièrement sensible à l’allégorie de la caverne de Platon. Je pense que nous ne nous ouvrons pas suffisamment parce que nous ne nous connaissons pas nous-mêmes. Nous avons peur d’explorer les profondeurs de notre être et d’accepter ce que nous y découvrons. Pourtant, une fois cette acceptation acquise, la crainte et l’anxiété vis-à-vis de soi-même comme du monde s’estompent, et l’on peut enfin s’ouvrir pleinement aux autres et à ce qui nous entoure.

Quand est-ce que tout a commencé ?

Je crois avoir toujours voulu appartenir à un groupe, et l’art m’a attiré parce qu’il permet d’entrer en dialogue avec les autres. J’ai commencé mes études d’art à 17 ans, à Baltimore, aux États-Unis, et j’ai toujours aimé tisser des liens avec les artistes. À Paris, j’ai récemment découvert l’exposition Calder à la Fondation Louis Vuitton, celle consacrée à Henri Rousseau au Musée de l’Orangerie, ainsi que les rétrospectives de Matisse et Hilma af Klint au Grand Palais. Lorsque j’observe les œuvres de Calder, je perçois les liens qui l’unissaient à Matisse. Et lorsqu’on regarde celles d’Henri Rousseau, on comprend qu’il a côtoyé les surréalistes et inspiré Magritte… Ce sentiment d’appartenir à une communauté est l’une des choses que je trouve les plus enrichissantes dans la vie.

Dans tout ce que vous avez accompli, de quoi êtes-vous le plus fier ?


Passer la publicité

De ma famille. Quant à mon travail, il me reste encore tout un cheminement intérieur à parcourir. Je poursuis une forme d’illumination absolue.

Je suis reconnaissant d’avoir eu les opportunités qui se sont offertes à moi au cours de ma vie.

Jeff Koons

Parler de vous en promo, est-ce une corvée ?

Non. Cela vient sans doute avec l’âge, mais je ressens de plus en plus le besoin de transmettre aux autres les enseignements que j’ai tirés de mon parcours. Il ne s’agit ni de prendre les gens de haut ni de chercher à être aimé, mais de me mettre à leur service et de contribuer, à ma manière, à leur bien-être.

Que pensez-vous en vous regardant dans le miroir le matin ?

Je suis reconnaissant d’avoir eu les opportunités qui se sont offertes à moi au cours de ma vie, d’avoir côtoyé des personnes extraordinaires, d’avoir pu échanger avec elles et apprendre à leurs côtés.

Qu’aimeriez-vous que l’on dise de vous ?

Que j’ai toujours été animé par de bonnes intentions dans mon travail comme dans ma philosophie artistique, et que je suis resté fidèle à moi-même.