Les parents sont très inquiets du retour des grèves…
Quotidiennement, je réponds à une dizaine de mails de parents.
Que vous demandent-ils ?
Ils me parlent de qualité : « Mon enfant n’écrit pas correctement… – J’ai peur qu’il ne réussisse pas dans le supérieur… – Pourquoi est-ce qu’on met tellement d’argent alors que je ne vois pas les résultats ? »… J’ai aussi quelques questions sur les grèves et les pertes d’apprentissage à la suite de ces grèves…
Justement, avec moins d’argent, la qualité va-t-elle s’améliorer ?
Au niveau de l’OCDE, nous sommes dans le top 5 des pays qui financent le mieux l’enseignement. Avec cet argent, les résultats de nos jeunes ne sont pas satisfaisants. Ce n’est donc pas qu’une question d’argent. D’ailleurs, la Flandre dévisse au niveau des résultats PISA. Nous devons inverser cette tendance, notamment avec l’instauration d’un test obligatoire en début de quatrième primaire, portant sur le calcul, la lecture et l’écriture, couplé à un renforcement de l’accompagnement personnalisé et à des dispositifs de coenseignement dans les classes concernées.
Comment améliorer la qualité sans moyens ?
CEB, CESS… les parents sont en attente d’un diplôme qui certifie des compétences. Nous n’avons pas de lithium, pas de pétrole, plus de charbon. Notre valeur ajoutée, c’est le cerveau de nos jeunes. Je suis ministre des enseignants, mais aussi des parents et des élèves. Nos profs vont être mieux formés en 4 ans, un pas vers plus de qualité. Ceux-là, on leur offre 5 % en plus de salaire aussi.
Nos jeunes vont vraiment être mieux formés cette fois ?
Quand j’entends que l’on parle de l’arrêt du redoublement et d’un passage automatique généralisé d’une année à l’autre, je suis effrayée. Nous ne donnons plus les mêmes chances à tous les élèves. Je serais très populaire en permettant à tous les jeunes de ne plus doubler et, en plus, je réaliserais des économies… mais le passage automatique, c’est un terrible cadeau empoisonné. On l’a vu dans le supérieur. Laisser passer des étudiants qui n’avaient réussi que 45 crédits sur 60… Ils reportaient. Et l’année suivante, que font-ils ? Ils en reportent encore 15. Enfin, ils se rendent compte en 3ᵉ année qu’ils sont quand même en échec et qu’ils ont payé trois inscriptions.
Concrètement ?
Un diplôme qui ne certifierait plus de compétences réelles pénaliserait avant tout les familles les moins favorisées, celles qui n’ont pas la possibilité de recourir à un enseignement privé ou à des études à l’étranger en cas d’échec caché. Les jeunes trouveront plus facilement un job… Ils contribueront par leurs impôts au financement de notre sécurité sociale. On veut des individus autonomes et pas des individus qui doivent se tourner vers le chômage ou le CPAS.
On vous reproche d’être une ministre élitiste…
C’est faux ! Si un diplôme n’a plus de valeur, qui va payer ? Tous ces gens qui me donnent des leçons sur l’enseignement envoient leurs enfants étudier à l’étranger. Je suis une libérale. Il faut l’égalité des chances au départ pour que les enfants aient les compétences qui vont leur permettre de progresser sans difficulté.