Une étude suisse dévoile des différences dans le cerveau des personnes souffrant de douleurs chroniques primaires. Ces découvertes ouvrent la voie à de nouvelles pistes thérapeutiques.

Les douleurs chroniques touchent près de 20% de la population en Suisse. Ces douleurs, qui persistent au-delà de trois mois, peuvent être classées en deux catégories: secondaires, liées à une cause identifiée comme une lésion ou une maladie, et primaires, sans cause apparente. Ces dernières, bien que souvent mal comprises, sont au centre des recherches d’une équipe suisse.

Les douleurs chroniques primaires ne sont pas imaginaires. « Elles sont inscrites dans la durée et ne sont pas associées à une lésion identifiable », explique Selma Aybek, professeure en neurologie à l’Université de Fribourg, au micro de CQFD. Ces douleurs résultent d’un mélange complexe de facteurs biologiques, psychologiques et sociaux, rendant leur traitement particulièrement difficile.

Des différences cérébrales détectées

Salomé Hausmann, chercheuse à l’Université de Berne, a analysé les cerveaux de 30 patients souffrant de douleurs chroniques primaires et les a comparés à ceux de 30 volontaires en bonne santé. Les résultats montrent des différences dans la matière grise, notamment au niveau des plis et de la profondeur des sillons du cortex cérébral, siège des émotions, des sensations et de l’apprentissage. Elles pourraient être liées à une plasticité cérébrale due à la douleur ou à des facteurs préexistants, comme des vulnérabilités génétiques ou épigénétiques.

Les chercheurs ont également identifié des différences dans les régions préfrontales gauches du cerveau, impliquées dans le contrôle émotionnel et la régulation des symptômes. « Le cerveau interprète constamment les signaux douloureux en fonction du contexte émotionnel et social », précise Selma Aybek. Cela pourrait expliquer pourquoi des émotions fortes influencent la perception de la douleur.

Vers des thérapies plus ciblées

Pour les personnes vivant avec des douleurs chroniques, cette étude offre un message d’espoir. « Ces douleurs ne sont pas imaginaires. Elles sont bien réelles et inscrites dans le cerveau », insiste Selma Aybek. Elle souligne également les avancées thérapeutiques, notamment grâce aux unités spécialisées dans le traitement de la douleur multimodale, comme celle de l’Hôpital de l’Île à Berne.

À l’avenir, des techniques de neuromodulation pourraient permettre de stimuler ou d’inhiber directement les régions cérébrales impliquées dans la douleur.

Sujet radio: Huma Khamis

Adaptation web: Laure Pagella