Roschdy Zem n’est pas que le président du jury de la 52e édition du Festival de Deauville. Il y a aussi reçu une remarquable distinction numérique : quatre-vingt-treize heures d’archives de ses apparitions télévisées compilées par l’INA (Institut national de l’audiovisuel).
Ce mercredi sort aussi en salle Billie Melody de Christine Paillard. Le comédien y incarne le rôle inhabituel pour lui d’un musicien raté et rebelle, adoré par sa fille de 14 ans. Rencontre avec un homme occupé
Comment avez-vous réagi devant les extraits de vos interventions passées ?
J’ai été touché mais avec une certaine distance. J’ai vu quelqu’un d’autre qui a été moi et qui ne l’est plus. Ce n’est pas tellement dans ce que j’ai pu raconter. C’est dans la voix, la façon de s’exprimer, la gestuelle qui n’est plus la même. J’ai ressenti de la tendresse pour la personne que j’ai été.
Etre président de jury, c’est impressionnant ?
On se la raconte pendant deux, trois jours mais on revient assez vite à la réalité. C’est surtout un bon moyen de découvrir des films en bande. J’aime bien me laisser cueillir. Je ne suis pas un critique de cinéma, donc je mets mes marqueurs sur « tolérance au maximum », et « indulgence ». On verra ensuite comment ça se passe avec le jury. Peut-être qu’on aura envie de se bagarrer. Je ne serai pas dictatorial mais je peux être retors. J’espère surtout qu’il y aura des tensions. C’est intéressant les tensions pour défendre un film. Quand on a des discussions parfois, c’est hypersubjectif, et le fait que tu reçois un film qui te bouleverse, et puis l’autre en face se dit « Je suis complètement passé à côté », ça nous met en colère. L’échange, c’est génial.
Que représente le cinéma américain pour vous ?
Le cinéma américain a été essentiel pour moi, surtout dans mon adolescence. Ce nouvel Hollywood qu’on a pris en pleine face à l’adolescence a été un vrai choc artistique. Donc le cinéma américain, pour moi, il démarre là essentiellement. Après, il a été un peu plus bancal. Il s’est cherché et surtout il s’est fait phagocyter par la machine hollywoodienne. Aujourd’hui, on est submergé de franchises. Ce qui est dommage parce qu’on a du mal à voir émerger des jeunes talents comme Richard Linklater ou Sean Baker pour ne citer qu’eux. C’est ce cinéma-là que j’aime tant et qui m’a tant inspiré. Le cinéma indépendant est en danger.
Pourquoi les choses ont-elles évolué ainsi ?
On sent qu’il y a une volonté d’abêtir un peu le spectateur. Le spectateur, en plus, si tu lui proposes que des franchises Marvel, il va aller voir que des franchises Marvel. Mais si on lui propose des films engagés, ça peut le conduire à réfléchir. Je reste persuadé que le public a besoin de davantage que de simples divertissements.
Est-ce la même chose en France ?
Le cinéma français reste unique. En France, on a su le protéger et il y a encore pas mal de films d’auteur engagés qui trouvent leur public. Je pense par exemple à L’Histoire de Souleymane qui est un bijou. On peut, par ailleurs, faire des films spectaculaires, et c’est tant mieux. Je pense que le cinéma français a encore de beaux jours devant lui. Mais tout cela est fragile. Il faut toujours faire attention, rester en alerte pour que cela ne disparaisse pas.
Est-il important d’être cinéphilie quand on est acteur ?
Non, pas du tout. Il y a des grands acteurs qui ne sont pas du tout cinéphiles. Ils ne sont pas abîmés par les références ou influencés. Moi j’aime le cinéma, c’est ma curiosité. Cela m’influence sans que je sache comment. C’est tout à fait inconscient. Je sais que quand je suis admiratif d’une interprétation, il y a quelque chose qui va rester gravé quelque part dans un coin de ma mémoire et qui va sans doute me servir par la suite.
Roschdy Zem, président du jury au Festival de Deauville 2026 - Caroline ViéSentez-vous une évolution dans les rôles qu’on vous propose ?
Ça évolue depuis un moment parce que, en toute modestie, je crois que je fais partie maintenant du paysage cinématographique français. Je me souviens très bien du jour où j’ai senti le changement quand, sur un projet, le metteur en scène a hésité entre Guillaume Depardieu et moi. Je crois que c’est Guillaume qui a eu le rôle, mais le simple fait d’être en concurrence était important. J’ai senti qu’on franchissait une étape. Aujourd’hui, on voit bien que des acteurs plus jeunes que moi, comme Tahar Rahim et Reda Kateb, ont accès à des rôles très divers. Que Tahar puisse incarner Javert dans Les Misérables est merveilleux. Il existe une belle diversité.
Notre dossier sur le Festival de DeauvilleEst-ce comme ça qu’est venu le personnage de « Billie Melody » ?
J’avais déjà travaillé avec la réalisatrice Christine Paillard, puisqu’elle avait participé à l’écriture du Principal où je jouais un père un peu psychorigide. En voyant ma personnalité, elle m’a demandé si je n’aurais pas envie d’essayer un personnage plus borderline. J’ai dit oui mais il faut me le proposer et c’est comme ça qu’est né le Tony, un musicien qui n’a jamais trouvé son public, qui se tue à moto et que sa fille fait réapparaître en fantôme aux moments cruciaux de son existence. Etre acteur, c’est savoir choisir des choses différentes et apprendre à dire « non » quand on vous demande de vous répéter.