À 77 ans, Jean-Claude Reboux refuse de se laisser réduire au silence. Depuis le 22 juillet, cet habitant de Guingamp n’entend plus les symphonies classiques sur sa fréquence habituelle puisque France Musique a cessé d’émettre en FM sur le secteur. Une décision unilatérale de Radio France qui a poussé cet ancien enseignant à lancer une pétition pour dénoncer ce qu’il qualifie de « mépris pour les auditeurs ». Dans un contexte de mesures d’économies, la radio publique a souhaité élargir la diffusion en FM de France Info et les radios ICI, mais aussi, favoriser d’autres modes de diffusion, comme le DAB + (la radio numérique terrestre).

Pour ce professeur de français retraité, la musique classique n’est pas un simple passe-temps, c’est la passion d’une vie entière. Fils d’un machiniste de l’Opéra Garnier de Paris, il passe les mercredis de son enfance dans les coulisses du prestigieux palais parisien. « Mes parents n’avaient pas les moyens d’embaucher une gardienne, donc j’accompagnais mon père au travail dans les années 1950 ».

De là-haut, sur les grilles des cintres qui servent de plateforme aux machinistes, il observe en silence « le ballet des danseuses en tutu, Les Indes galantes de Rameau… J’ai entendu plein de très belles musiques, c’est vraiment ça qui m’a formé », retrace-t-il.

Une quête de 20 ans

De sa fidélité à la radio publique est même née une folle aventure. Un jour, il enregistre sur cassette un air baroque diffusé à l’antenne qui le bouleverse. Durant vingt ans, personne ne parvient à l’identifier. Déterminé, il finit par s’introduire directement dans les bureaux de Radio France à Paris et fait écouter le fichier sur son téléphone dans un couloir. Un spécialiste reconnaît aussitôt le morceau. « C’est un oratorio méconnu d’Haendel, c’est extraordinaire ! Je venais de croiser par hasard Gaëtan Naulleau (chercheur et critique musical, NDLR). »

Amoureux de la Bretagne et de sa culture, cet homme d’engagements n’en est pas à son premier combat. Dans les années 1980, il avait déjà cofondé la section de breton du collège Jacques-Prévert de Guingamp et lancé des ateliers vidéo novateurs pour ouvrir ses élèves à la création et au monde culturel.

« Pour conserver la qualité d’une chaîne Hi-Fi, cela coûte des centaines d’euros »

Aujourd’hui, ce mélomane averti voit sa passion heurtée par la fin brutale de la diffusion FM au profit du DAB +. « On nous explique qu’il faut racheter du matériel, mais pour conserver la qualité d’une vraie chaîne Hi-Fi, cela coûte des centaines d’euros », s’indigne-t-il. En voiture comme dans sa chambre, la coupure est totale. Quant à l’argument de la modernisation, il ne le convainc pas : « Le DAB + ne couvre qu’une partie du territoire, délaissant les zones rurales. Et sur le plan sonore, le numérique n’apporte rien de plus à une installation analogique de qualité ».

Refusant de réinvestir dans un nouveau récepteur alors qu’il dispose déjà d’un équipement de pointe à domicile, il entend bien faire remonter la colère des auditeurs locaux auprès de la direction de la station à travers une pétition qu’il a lancée il y a un peu plus d’un mois. Ce dernier se console en lorsqu’il va voir sa sœur du côté de Saint-Quay-Portrieux. « Là-bas je capte la BBC 3, une radio anglaise qui passe de la musique classique », plaisante pour conclure Jean-Claude Reboux.

Pratique

La pétition comptait le 2 septembre, 35 signatures. Vous pouvez la retrouver en cliquant sur ce lien.