Elle avait bien plus d’étoiles dans les yeux en sortant qu’en entrant, Nicole. Le reflet du scintillement des Lucioles sur l’eau comme imprimé sur la rétine. Ce lundi en début d’après-midi, emmené avec insistance par Delphine, leur fille étudiante, cette Nancéienne et son conjoint passaient la porte du musée des Beaux-arts spécialement pour l’œuvre immersive de l’artiste japonaise Yayoi Kusama, décédée en août dernier. Décès qui avait remis en lumière cette pièce maîtresse intégrée, pendant 21 ans, à la collection contemporaine du musée des Beaux-arts de Nancy, quelques semaines seulement avant que le musée et le Centre national des arts plastiques, son propriétaire, annoncent son départ définitif, ce 8 septembre, jour de fermeture hebdomadaire de l’institution.
Ce lundi donc, pour son dernier jour d’exposition, avant et derrière cette famille, dans une file baignée d’une atmosphère presque de recueillement, patientaient quelques touristes étrangers de passage mais surtout des Nancéiens. Certains venus exprès pour la première fois et d’autres, habitués de l’installation en 3D, venus exprès pour une dernière. Plus tôt dans la journée, une lycéenne de Jeanne d’Arc la faisait découvrir à ses amies avant qu’il ne soit trop tard, et plus tard un papa passait lui faire un au revoir avec sa fille collégienne.
Tous, peu importe le profil, auront immortalisé le moment en photo profitant d’un peu plus de temps pour le faire que les visiteurs du week-end.
Un probable séjour à Paris
La veille, ils ont été plus de 1 800 à franchir le seuil du musée rien que pour s’immerger dans la féerique Infinity mirror room fireflies on the water. Son départ imminent combiné à la gratuité de l’entrée du premier dimanche de chaque mois, « ça a vraiment été un summum, témoigne une surveillante de salle. La file était continue et se prolongeait jusqu’à la caisse. Les visiteurs ont fait preuve de patience même s’ils n’ont pu passer que trente secondes ou à peine plus à l’intérieur. »
Trente secondes qui auront suffi à les émerveiller, les éblouir, les déboussoler, les faire se sentir minuscules dans l’immensité d’un monde infini , pousser à l’introspection ou à la mélancolie selon les sensibilités. « Je ne regrette pas d’être venue, s’extasiait une dame quittant la bulle avec son compagnon. Je regrette plutôt de ne pas être venue en profiter avant. J’ignorais son existence jusqu’à ce qu’on annonce son départ. » Et pourtant, le couple habite la ville depuis plus longtemps qu’elle n’abrite l’œuvre.
Ceux qui n’auront pas eu le temps de cette première ou dernière immersion se consoleront peut-être de savoir que l’œuvre ne part pas si loin. Croisée au musée, Sophie Laroche, la conservatrice de ses collections anciennes, indiquait que sa première destination serait le Luxembourg, avant un probable séjour prolongé à Paris précédant un nouveau départ.