Par

Fabien Hisbacq

Publié le

8 sept. 2026 à 7h02

Face au manque cruel de dermatologues et aux délais qui s’allongent pour obtenir un rendez-vous, une solution a peut-être été trouvée en Occitanie. En tout cas pour détecter des cancers de la peau. Elle fait appel aux kinés…

Depuis un an, 13 kinésithérapeutes, un par département de la région, ont été formés au repérage des lésions suspectes, à l’usage d’un appareil appelé « dermatoscope » et à la téléexpertise, rappelle l’Union régionale des professionnels de santé (URPS) pour les masseurs kinésithérapeutes d’Occitanie.

Quatre carcinomes et deux mélanomes repérés

Avec un bilan très positif. « 35 actes de repérage ont ainsi permis d’identifier quatre carcinomes et deux mélanomes nécessitant une prise en charge spécialisée rapide », assure l’URPS Kinés de la région. Alors le dispositif va être non seulement reconduit mais développé.

« En cette rentrée de septembre, le dispositif change d’échelle : 100 kinésithérapeutes, sélectionnés par l’URPS avec le soutien de l’ARS Occitanie, seront formés dans toute la région, avec une attention particulière portée aux territoires où l’accès au dermatologue est plus difficile », explique ainsi l’Union régionale.

Une attention particulière en Lozère, en Ariège, dans le Gers et le Lot

« Les professionnels ont déjà été identifiés, parmi 250 candidatures, selon plusieurs critères : expérience ou connaissances en dermatologie, activité en oncologie, implication dans des structures d’exercice coordonné comme les CPTS, ESP ou MSP… Une attention particulière a aussi été portée aux territoires où l’accès à un dermatologue est plus difficile, notamment dans l’Ariège, le Gers, le Lot ou la Lozère », détaille Xavier Font, masseur-kinésithérapeute à Narbonne (Aude), vice-président de l’URPS Kinés Occitanie et pilote du projet. La première
session de formation débutera à Montpellier fin septembre. Quatre promotions de 25 participants seront alors constituées, réparties entre Montpellier et Toulouse.

Là encore, les kinés seront équipés de dermatoscopes « connectés et intégrés à un parcours d’orientation s’appuyant sur la téléexpertise ».

« Nous ne transformons pas les kinés en dermatologues. Nous voulons qu’ils sachent identifier une lésion potentiellement inquiétante et orienter le patient vers la bonne filière. Le véritable enjeu est de ne pas passer à côté d’un mélanome ou d’un carcinome qui aurait pu être détecté plus tôt. Et, in fine, de sauver des vies ».

Xavier Font
Masseur-kinésithérapeute à Narbonne (Aude), vice-président de l’URPS Kinés Occitanie et pilote du projet Cinq mois d’attente en moyenne

Pour l’Union, cette expérimentation « prend tout son sens dans un contexte d’accès aux soins de plus en plus difficile ». Il faut en effet en moyenne près de cinq mois pour obtenir un rendez-vous chez un dermatologue en Occitanie. Une durée qui dépasse parfois largement une année. La région en compte environ 300 et les projections n’indiquent pas d’amélioration avant de longues années.

Des délais qui ont doublé en quelques années

Le 3e Baromètre de l’accès aux soins FHF, publié en mars 2026, indique un délai moyen de 4 mois et 2 semaines pour obtenir un rendez-vous chez un dermatologue, soit environ 19 semaines ou 136 jours. En 2019, il était de 2 mois et 2 jours. Pour l’Occitanie, le même baromètre fait apparaître un délai moyen de 22 semaines, soit environ 5 mois.

« Le kinésithérapeute, qui voit régulièrement ses patients et parfois sur plusieurs mois, peut ainsi constituer un maillon supplémentaire du repérage précoce, sans se substituer au médecin », assure l’URPS Kinés Occitanie.

Plus d’infos sur cette initiative ici.

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