Les vermifuges ou autres antihelminthiques sont des médicaments utilisés pour détruire et expulser les vers ou les parasites intestinaux. Sur les réseaux sociaux, de nombreux internautes -et en particulier des naturopathes- recommandent de se déparasiter plusieurs fois par an ou à chaque saison, de manière préventive. Cependant, en l’absence de symptômes, les adultes n’ont pas besoin de  » cures » automatiques régulières, comme l’ont expliqué plusieurs experts à l’AFP.

 » Après le 15 août, as-tu prévu ton déparasitage d’automne ? », interroge cette naturopathe sur Facebook.  » Vermifugez-vous 2×/an. Les parasites fatiguent le système digestif, affaiblissent le système immunitaire et favorisent l’inflammation », affirme un autre.

Sous les hashtags #deparasitage ou #parasites intestinaux, de nombreux internautes font la promotion de  » cures antiparisitaires ». Selon eux, nous aurions tous, en nous, des parasites, qu’il faudrait éliminer au risque de souffrir de maladies chroniques.  » Fatigue chronique »,  » ballonnements réguliers »,  » troubles digestif »,  » brouillard mental », ou encore  » problèmes de peau » seraient des « signes » de la présence de parasites.

 » Des symptômes qu’on attribue souvent à autre chose. Et pourtant, tout comme on vermifuge nos animaux, il est essentiel que les humains le fassent aussi », assure cet internaute

<span>Capture d'écran d'une publications sur Instagram, réalisée le 03/09/2026. Croix orange ajoutée par l'AFP.</span>

Capture d’écran d’une publications sur Instagram, réalisée le 03/09/2026. Croix orange ajoutée par l’AFP.

 » Le premier conseil est de vous vermifuger régulièrement […] Ceux qui en prennent pas régulièrement, je ne sais pas comment vous faites pour vivre avec tous ces parasites à l’intérieur de vous », peut-on aussi entendre sur TikTok.

Certains partagent également leurs  » traitements naturels antiparasitaires », souvent à base d’ail, de graines de courge, ou de clou de girofle.

Cependant, il n’est pas nécessaire de se  » déparasiter » régulièrement et en dehors de symptômes ou d’une consultation médicale, affirment des professionnels de santé interrogés par l’AFP. Le déparasitage peut se faire dans un contexte précis de voyage ou de retour de voyage dans des zones où beaucoup de parasites circulent, ce qui n’est pas le cas en France.

Les parasites en France

 » Dans notre corps et notamment dans notre tube digestif, on héberge tout un tas de micro-organismes. Dans notre microbiote, il y a notamment des bactéries, des champignons, des levures, des virus et aussi, sans doute, quelques parasites qu’on héberge, qui sont nos compagnons », explique à l’AFP David Laharie, gastro-entérologue au CHU de Bordeaux, spécialisé dans des maladies inflammatoires chroniques de l’intestin. 

 » Parmi ces parasites, il y en a qui sont authentiquement nuisibles et qui donnent des maladies, mais d’autres qui peuvent agir comme des probiotiques » et donc être plutôt bénéfiques pour la santé, assure-t-il.

Les maladies dues à la présence de parasites dans l’intestin s’appellent des  » parasitoses intestinales ».  En France, ces maladies sont plus fréquemment observées chez des enfants. Il peut s’agir d’oxyurose (petits vers dans les selles) ou de giardiase, comme l’explique l’ assurance maladie (lien archivé ici).

La contamination peut avoir lieu par ingestion d’eau ou de nourriture souillée, ou par le fait de porter à la bouche ses mains sales (par exemple, après être allé aux toilettes) .

Les symptômes peuvent être des douleurs abdominales, des ballonnements, des vomissements, de la diarrhée et une perte de poids inexpliquée.

Mais, attention, i l est nécessaire de consulter un professionnel de santé pour obtenir un diagnostic et le traitement médical adéquat.  » Si une personne vient avec ce type de symptômes, je vais faire un examen clinique, on fait souvent une prise de sang, et possiblement des analyses de selles pour trouver la bactérie, le virus ou le parasite », explique à l’AFP le Dr Pauline Naudion-Azoyan, spécialiste maladies infectieuses et tropicales, à l’hôpital Saint-Antoine à Paris.

En France, la problématique des parasites reste assez rare, explique la médecin qui s’occupe principalement de personnes qui partent ou reviennent de voyages.

En effet, si l’on vit dans certaines régions du monde, comme  une zone tropicale,  » on va se déparasiter tous les trois mois car il y a notamment beaucoup de cas d’anguillule », un minuscule vers qui se transmet lorsque l’on marche pied nu et qui lors d’un déficit immunitaire peut  » se réactiver ».

Dans plusieurs pays d’Afrique subsaharienne aussi,  » certaines helminthiases [des infections provoquées par des vers parasites, NDLR] sont beaucoup plus fréquentes qu’en France hexagonale et peuvent avoir un impact important sur la santé et la nutrition des enfants. Des programmes de santé publique de déparasitage de masse sont donc mis en place dans certaines populations et certaines zones d’endémie, notamment sous l’impulsion de l’OMS », détaille le Dr Naudion-Azoyan.

« Aucun rationnel scientifique »

Ainsi, si le déparasitage est  » indispensable dans certaines parasitoses avérées et peut être recommandé de façon préventive dans certaines populations exposées ou dans certaines zones d’endémie », il ne faut pas  » transposer ces situations à la pratique d’une ‘cure antiparasitaire ‘ systématique chez une personne vivant en France, sans symptôme et sans facteur de risque », résume-t-elle.

Le Dr Naudion-Azoyan rappelle d’ailleurs que si, il y a plusieurs décennies, le déparasitage était davantage recommandé, c’est parce que  » les conditions d’hygiène n’étaient pas les mêmes, l’eau n’était pas forcément potable, l’alimentation n’était pas aussi contrôlée ». « Aujourd’hui tout cela s’est nettement améliorée », décrit-elle.

Pour la professionnelle, l’approche devrait donc avant tout  » rester clinique » :  » rechercher une exposition ou un contexte à risque, rechercher des symptômes ou des anomalies biologiques lorsqu’ils sont pertinents, réaliser les examens adaptés lorsqu’ils sont indiqués, puis traiter lorsqu’une indication existe », détaille-t-elle.

Il existe d’ailleurs plusieurs conseils pour limiter la contamination comme :
– Bien se laver les mains avant les repas et après les toilettes 
– Bien laver ses fruits et légumes 
– Pour la viande : la cuire à point 
– Pour le poisson : soit le congeler, soit bien le cuire  
– En cas de contamination, bien laver la literie et les sous-vêtements à haute température

De son côté, le gastro-entérologue David Laharie affirme que les cures vantées sur les réseaux sociaux ne reposent  » sur aucun rationnel scientifique » et que si on est confronté  » à un problème de parasites intestinaux, cela relève de médicaments et non d’aliments ou de recettes de grand-mère ».

Aux Etats-Unis, la Cleveland Clinic a aussi consacré un article sur le sujet, dans lequel la diététicienne Beth Czerwony explique que « a ucune preuve ne démontre que les compléments à base de plantes ou autres ingrédients puissent éliminer une infection parasitaire » et que ces cures  » peuvent engendrer des risques importants pour la santé » (lien archivé ici).

De possibles risques

Julie Rodriguez, chargé de recherche à l’Inserm, appelle aussi à la prudence dans une publication sur Instagram (lien archivé ici).

 » Prendre des molécules antimicrobiennes sans diagnostic en mode ‘détox annuelle’, ‘protocole antiparasitaire’, ‘grand nettoyage de printemps’ , ce n’est pas anodin… », explique-t-elle. Un antiparasitaire,  » c’est une molécule active, qui peut avoir des effets au-delà de la cible qu’on imagine », prévient-elle.

La chercheuse explique qu’on  » manque encore de données » sur les effets à long terme des antiparasitaires, notamment sur le microbiote, et que  » le principe de prudence est donc de ne pas prendre de traitement dont on n’a pas besoin ».

Antiparasitaires et cancer

Les traitements antiparasitaires comme l’ivermectine ou le fenbendazole sont populaires depuis plusieurs années sur les réseaux sociaux, où certains internautes leur prêtent – faussement – des effets anticancéreux, comme l’a démontré l’AFP Factuel ici, ici ou ici.

 » Il n’existe à ce jour aucune étude fiable ayant démontré une quelconque efficacité de ces médicaments, ni comme alternative ni comme complément aux traitements conventionnels des cancers », explique sur son site la Ligue contre le Cancer (lien archivé ici).

 » Aujourd’hui, les antiparasitaires font principalement l’objet d’études précliniques chez l’animal. Un petit nombre d’essais cliniques de phase 1 ou 2, de l’ordre d’une dizaine (principalement sur le mébendazole), a été réalisé ou est en cours. Les données cliniques fiables concernant l’usage de ces antiparasitaires sont donc extrêmement limitées et ne permettent en aucune façon d’établir la preuve de leur efficacité thérapeutique dans le traitement des cancers », précise la Ligue.