L’essoufflement et la fatigue
Le Professeur Patrizio Lancellotti, chef de service de cardiologie, est clair : « Sa prévalence augmente avec l’âge. Elle ne touche toutefois pas uniquement les personnes âgées. Plus l’espérance de vie s’améliore, plus le nombre de patients augmente. »
L’un des premiers symptômes d’alerte est un essoufflement inhabituel. « Le deuxième est une prise de poids inhabituelle. Le troisième, ce sont les œdèmes qui accompagnent cette prise de poids au niveau des membres inférieurs, en particulier des pieds. Enfin, il convient d’être très vigilant à la fatigue. » Il faut être à l’écoute : il s’agit d’un symptôme important. Ces patients ne souffriront pas toujours d’un essoufflement parce qu’ils limitent déjà leur activité… mais ils nous diront : « Docteur, je suis lessivé, je suis très, très fatigué. »
Par ailleurs, l’hypertension et le diabète représentent des facteurs de risque. « L’un des grands problèmes de l’insuffisance cardiaque est sa détection, qui est encore trop tardive. »
Bouger : le nouveau réflexe du patient
Le cardiologue Arnaud Ancion rappelle que la sédentarité est l’un des grands dangers. « Marcher ou simplement rester actif au quotidien protège bien plus efficacement qu’un repos prolongé devant la télévision. » Évidemment, cette activité physique s’inscrit aussi dans un programme de revalidation multidisciplinaire, débuté dès l’hôpital et poursuivi en ambulatoire pendant plusieurs mois. Kinésithérapeutes, diététiciens, psychologues, assistants sociaux et ergothérapeutes y participent. « Les bénéfices sont mesurables : meilleure qualité de vie, capacités physiques renforcées, moins de réhospitalisations et une mortalité réduite. »
À cela s’ajoute un suivi rapproché dans les quinze jours qui suivent la sortie d’hôpital. « On sait que quand on est hospitalisé pour une insuffisance cardiaque, un des problèmes essentiels est la réhospitalisation dans les 30 jours. » Les infirmières spécialisées jouent ici un rôle clé.
Enfin, certaines habitudes doivent évoluer pour garantir une prise en charge dans les meilleures conditions, comme arrêter de fumer, limiter la consommation d’alcool… parce que l’alcool, malheureusement, est un facteur déclencheur d’arythmie et contribue à l’insuffisance cardiaque.
L’intelligence artificielle, nouvelle alliée du cardiologue
L’insuffisance cardiaque pèse lourdement sur la santé publique : 2 à 4 % du budget global des soins en Belgique (environ 150 millions d’euros), principalement en raison des réhospitalisations. En Belgique, seuls sept établissements possèdent l’agrément officiel pour prendre en charge les patients atteints d’insuffisance cardiaque avancée. Parmi eux, le CHU de Liège occupe une position stratégique particulière : seul centre francophone de Wallonie à pratiquer la transplantation cardiaque et à implanter des assistances ventriculaires.
Ces dernières années, la cardiologie a aussi été transformée par l’arrivée de nouveaux traitements médicamenteux très efficaces. À cela s’ajoute l’arrivée de l’intelligence artificielle. Elle s’impose comme un outil précieux, non pas pour remplacer le médecin, mais pour l’épauler dans la reconnaissance des pathologies et l’amélioration du diagnostic. Un simple électrocardiogramme, analysé par l’IA, peut ainsi devenir un outil prédictif puissant, capable d’orienter un généraliste vers un diagnostic avant même de recourir à l’imagerie spécialisée. Des échographes portables assistés par IA permettent de réaliser des examens rapides en première ligne.
L’IA promet de mieux personnaliser les traitements, en croisant d’importantes bases de données cliniques afin d’affiner la stratification du risque de chaque patient. Elle pourrait aussi contribuer à soulager le personnel soignant dans la prise en charge.