L’éternuement fait partie de ces gestes si ordinaires qu’on ne les interroge pas. Il constitue pourtant un réflexe de protection sophistiqué, destiné à expulser rapidement irritants et agents pathogènes des voies respiratoires. Sa sonorité, son déclenchement, sa portée et jusqu’aux précautions qu’il impose reposent sur des mécanismes précis, dont plusieurs n’ont été élucidés que récemment.
Deux temps, deux mouvements
Le bruit se décompose en deux phases, qui correspondent à deux mouvements respiratoires opposés. Tout commence par une inspiration brusque. Elle produit la première syllabe, ce « a » prolongé qui annonce la suite.
La seconde phase survient à l’expiration. La quasi-totalité des muscles du corps se contractent alors par réflexe, ce qui maintient la bouche fermée. L’air ne trouve pas d’issue immédiate, la pression monte dans les poumons, et finit par forcer le passage d’un seul coup.
La langue et les lèvres façonnent le son
La sonorité finale dépend entièrement de la configuration de la bouche au moment de cette libération. La langue étant plaquée contre le palais, l’air qui force le passage produit un son proche du « ch ». Les lèvres restant serrées, il ressort ensuite en un « ou ».
D’où cette combinaison que chaque langue transcrit selon ses propres conventions orthographiques. Les variations d’écriture ne traduisent donc pas des sonorités réellement différentes, mais des manières différentes de noter le même bruit. Les germanophones écrivent hatschi, les Polonais apsik, les Japonais hakushon.
Un circuit qui part des fosses nasales
L’éternuement, ou sternutation dans le vocabulaire médical, démarre par la stimulation de récepteurs situés dans la muqueuse nasale. Ces récepteurs activent des branches du nerf trijumeau, le cinquième nerf crânien. Le signal remonte vers le tronc cérébral, où un centre dédié coordonne la réponse : contraction du diaphragme et des muscles intercostaux, fermeture momentanée de la glotte, montée de pression, puis expulsion. Ce trajet nerveux était soupçonné de longue date, mais son organisation précise restait floue.

Le réflexe d’éternuement est universel chez l’espèce humaine, mais il ne s’exprime pas de la même manière selon les pays et leur alphabet. © SementsovaLesia, iStock
Le centre de l’éternuement enfin identifié
Une étude publiée en 2021 dans la revue Cell a considérablement clarifié le tableau. En combinant analyse de l’expression génique cellule par cellule, criblage de molécules et manipulation ciblée de populations de neurones chez la souris, les chercheurs ont identifié une sous-population de neurones du ganglion trijumeau responsable du déclenchement, caractérisée par la production d’un peptide particulier.

Pourquoi est-il impossible d’éternuer quand on dort ?
Si vous avez déjà eu l’impression d’éternuer en pleine nuit, c’était un rêve, car si le souvenir semble réel, le corps, lui, en est incapable. Alors pourquoi ce réflexe si familier semble s’évanouir dès que le corps bascule dans l’inconscience ? Ce curieux phénomène intrigue autant qu’il éclaire le fonctionnement du cerveau endormi…. Lire la suite
Ils ont également localisé dans le tronc cérébral la structure qui orchestre la réponse, longtemps recherchée. Un neuropeptide assure la transmission entre le nez et ce centre, et son récepteur marque les neurones concernés.
Ces travaux fournissent pour la première fois une base moléculaire au réflexe, ce qui ouvre des perspectives pour comprendre certaines formes d’éternuements pathologiques.
Le soleil qui fait éternuer
Tous les éternuements ne proviennent pas d’une irritation nasale. Certaines personnes en déclenchent une salve en sortant brusquement à la lumière vive. Ce phénomène porte un nom, le réflexe photosternutatoire, parfois désigné par l’acronyme anglais ACHOO. Il concernerait environ un quart de la population.
Le soleil fait éternuer, vrai ou faux ?
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Son mécanisme reste débattu. L’hypothèse la plus souvent avancée évoque une interférence entre le nerf optique et le nerf trijumeau au niveau du tronc cérébral, où leurs voies se trouvent étroitement voisines. Une stimulation lumineuse intense y serait partiellement interprétée comme une irritation nasale. D’autres théories invoquent une hypersensibilité du système parasympathique. Aucune n’a été formellement validée.
Une composante génétique est en revanche établie. La transmission suit un mode autosomique dominant, et une variation ponctuelle de l’ADN a été associée à ce trait. Si l’un de vos parents éternue face au soleil, vos chances de faire de même augmentent sensiblement. Ce réflexe, généralement anodin, présente des enjeux réels dans certains contextes professionnels, notamment pour les pilotes et les conducteurs sortant d’un tunnel.
Ce qu’un éternuement projette réellement
C’est sur ce point que circulent le plus de chiffres douteux. L’affirmation selon laquelle un éternuement filerait à 160 kilomètres par heure revient constamment. Elle provient d’estimations anciennes et imprécises. Les mesures par imagerie à très haute vitesse donnent des valeurs nettement plus modestes pour le panache d’air lui-même, généralement de l’ordre de quelques dizaines de kilomètres par heure, avec des variations importantes selon la méthode de mesure et selon que l’on considère le jet d’air ou les gouttelettes individuelles à l’instant de l’expulsion.

Quelle est la vitesse d’un éternuement ?
Lorsqu’une substance irritante pénètre dans nos narines, l’éternuement est une réaction instinctive. Cependant, la vitesse d’une expiration aussi brusque diffère d’une personne à l’autre. Alors à quelle vitesse éternue-t-on ?… Lire la suite
La vitesse n’est d’ailleurs pas le paramètre le plus significatif. Ce qui compte davantage, c’est la structure de ce qui est expulsé. Les travaux de bioaérodynamique, publiés dans Jama, menés notamment par Lydia Bourouiba au Massachusetts Institute of Technology ont montré que l’éternuement ne projette pas des gouttelettes isolées mais un nuage gazeux turbulent qui les transporte. Cette enveloppe empêche les plus fines de retomber immédiatement.
Les conséquences sont concrètes. Un seul éternuement peut libérer plusieurs dizaines de milliers de gouttelettes. Le nuage peut parcourir sept à huit mètres, et les particules les plus légères rester en suspension plusieurs minutes. Cette compréhension a directement nourri les recommandations sanitaires en matière de distance, de ventilation et de protection respiratoire.
Pourquoi les yeux se ferment
La fermeture des paupières accompagne systématiquement l’éternuement. Elle relève d’un réflexe involontaire, coordonné dans le tronc cérébral. Les nerfs impliqués dans le déclenchement de l’éternuement et ceux qui commandent les muscles palpébraux sont étroitement liés, si bien que la contraction survient simultanément.
Une légende tenace veut que cette fermeture protège les yeux d’être expulsés de leurs orbites. Cette explication n’a aucun fondement anatomique. Les globes oculaires sont maintenus par les muscles oculomoteurs, le nerf optique et le tissu conjonctif de l’orbite. La fermeture des paupières n’est qu’un effet secondaire de la synchronisation nerveuse.
Retenir un éternuement, une mauvaise idée
Pincer le nez et fermer la bouche pour étouffer un éternuement paraît anodin. La pression générée doit pourtant se rediriger quelque part. La littérature médicale rapporte des cas de complications consécutives à un éternuement retenu : rupture de tympan, atteinte de petits vaisseaux du nez ou des yeux, et plus rarement lésions des voies aériennes ou du pharynx nécessitant une hospitalisation.

Pourquoi il ne faut jamais retenir un éternuement ?
Aller contre ce réflexe naturel peut être dangereux pour la santé ! Cela reste rare mais se retenir d’éternuer peut vous conduire tout droit aux urgences. Dans la littérature scientifique, plusieurs cas de blessures graves ont été décrits…. Lire la suite
Ces accidents restent exceptionnels au regard du nombre d’éternuements retenus quotidiennement. Ils suffisent néanmoins à disqualifier l’idée que la manœuvre serait sans conséquence. Éternuer dans le pli du coude reste la solution la plus simple, et la plus efficace du point de vue de la transmission.
Un réflexe universel, des transcriptions locales
Ce qui distingue l’atchoum français du hakushon japonais ne tient donc à rien de physiologique. Le circuit nerveux, la mécanique respiratoire et la position de la langue sont les mêmes partout.
Seule diffère la manière dont chaque langue choisit de représenter par écrit un bruit que ses alphabets ne sont pas conçus pour noter. À ce titre, l’éternuement offre un exemple assez pur de la façon dont une même réalité physique se retrouve traduite différemment selon les conventions culturelles.