Jusqu’au 29 novembre, la galerie des Beaux-Arts de Bordeaux replace l’aimable peintre et dessinateur Jean Dupas (1882-1964) au cœur du courant Art déco parmi les œuvres de ses amis Alfred Janniot, Jean Dunand et René Buthaud.

Basé sur des provenances uniquement françaises pour des raisons environnementales (un souhait de la précédente mairie de Bordeaux), le parcours raconte le passage de l’artiste bordelais par la Villa Médicis à Rome, où il inventa son style propre, explique sa maîtrise des compositions de petit format et de la couleur, son travail dans la mode, ses interventions pour l’Exposition internationale de 1925 et sa réussite internationale. Manquent cependant à l’exposition certains grands formats aujourd’hui conservés aux États-Unis, et des reproductions plus évocatrices de ses commandes publiques et monumentales de Paris et Bordeaux, qui auraient le mérite d’impressionner par leur profusion décorative.

Un maître de l’Art déco

Depuis quelques années, les grands maîtres de l’Art déco bénéficient de travaux de recherche, de publications et d’expositions à l’instar de Tamara de Lempicka, Alfred Janniot ou Robert Poughéon. Le Bordelais Jean Dupas n’avait pas encore eu l’occasion d’affronter l’épreuve de la monographie. Grâce au musée des Beaux-Arts de Bordeaux et de trois commissaires (Sophie Barthélémy, Margaux Wymbs et Louis Deltour), voici chose faite… tout en élargissant le propos aux artistes contemporains de Dupas et à ses épigones.

Vue in situ de l’exposition Jean Dupas & Co. Le grand Art déco @ Photo : F. Deval, mairie de Bordeaux. ADAGP Paris, 2026 Vue in situ de l’exposition Jean Dupas & Co. Le grand Art déco @ Photo : F. Deval, mairie de Bordeaux. ADAGP Paris, 2026

Vue in situ de l’exposition « Jean Dupas & Co. Le grand Art déco  » @ Photo : F. Deval, mairie de Bordeaux. ADAGP Paris, 2026

Sculpture antique et peinture Renaissance

Formé à l’École supérieure des beaux-arts de Bordeaux dans la section peinture décorative, puis aux Beaux-Arts de Paris, Jean Dupas séjourne deux fois à la Villa Médicis, de 1910 à 1914, puis en 1919. Il s’y passionne pour la sculpture antique et la peinture de la Renaissance, et imagine une représentation du réel de manière stylisée. Délaissant le sens des sujets mythologiques ou mythiques, il préfère l’équilibre d’une composition, le jeu des couleurs, la beauté des personnages et la recherche d’un certain idéal.

À gauche : Robert Poughéon, Fantaisie italienne, 1928, présentée dans l’exposition « Jean Dupas & Co. Le grand Art déco », galerie des Beaux-Arts, Bordeaux, 2026. ©Connaissance des Arts/Guy Boyer.À gauche : Robert Poughéon, Fantaisie italienne, 1928, présentée dans l’exposition « Jean Dupas & Co. Le grand Art déco », galerie des Beaux-Arts, Bordeaux, 2026. ©Connaissance des Arts/Guy Boyer.

À gauche : Robert Poughéon, Fantaisie italienne, 1928, présentée dans l’exposition « Jean Dupas & Co. Le grand Art déco », galerie des Beaux-Arts, Bordeaux, 2026. ©Connaissance des Arts/Guy Boyer.

Regards vers les contemporains

On aurait tort d’isoler Jean Dupas dans la seule mouvance Art déco. Avec ses belles aux longs cous tubulaires, avec ses frises calmes et monumentales, avec ses architectures dépeuplées, avec ses motifs stylisés à l’extrême, on peut le rapprocher de la peinture « tubiste » de Fernand Léger, des compositions post-nabis de Maurice Denis, des paysages métaphysiques de Carlo Carrà et de Giorgio de Chirico et des formes géométriques post-cubistes à la André Lhote.

Jean Dupas, Femme au pigeon, 1924, présenté dans l’exposition « Jean Dupas & Co. Le grand Art déco », galerie des Beaux-Arts, Bordeaux, 2026. ©Connaissance des Arts/Guy Boyer.Jean Dupas, Femme au pigeon, 1924, présenté dans l’exposition « Jean Dupas & Co. Le grand Art déco », galerie des Beaux-Arts, Bordeaux, 2026. ©Connaissance des Arts/Guy Boyer.

Jean Dupas, Femme au pigeon, détail, 1924, présenté dans l’exposition « Jean Dupas & Co. Le grand Art déco », galerie des Beaux-Arts, Bordeaux, 2026. ©Connaissance des Arts/Guy Boyer.

Un maître de l’illustration

Au cœur du parcours, un espace retient l’attention. Près d’un ensemble de vases de René Buthaud, les projets de Jean Dupas pour l’affiche reprenant ses figures emblématiques surprennent par leur efficacité. Que ce soit celle du Salon des artistes décorateurs de 1924 ou celle pour le tourisme à Bordeaux de 1937, toutes véhiculent une image du luxe et de l’élégance avec leurs figures féminines longilignes, leurs animaux souvent exotiques ou leurs natures mortes abondantes. Dupas excelle également dans le secteur de la mode, en particulier avec les illustrations pour les fourrures Max et leurs tableaux préparatoires patiemment retrouvés.

Jean Dupas Affiche pour le XVe Salon des Artistes décorateurs 1924 Lithographie en couleurs sur papier 62 x 49,5 cm Boulogne-Billancourt, Musée des Années Trente / MA-30 ADAGP Paris, 2026 © Musées de la ville de Boulogne Billancourt, photo Photo : Henri Delage.Jean Dupas Affiche pour le XVe Salon des Artistes décorateurs 1924 Lithographie en couleurs sur papier 62 x 49,5 cm Boulogne-Billancourt, Musée des Années Trente / MA-30 ADAGP Paris, 2026 © Musées de la ville de Boulogne Billancourt, photo Photo : Henri Delage.

Jean Dupas Affiche pour le XVe Salon des Artistes décorateurs 1924 Lithographie en couleurs sur papier 62 x 49,5 cm Boulogne-Billancourt, Musée des Années Trente / MA-30 ADAGP Paris, 2026 © Musées de la ville de Boulogne Billancourt, photo Photo : Henri Delage.

Le sacre de l’Exposition de 1925

Reconnu pour sa capacité à réaliser de grands décors, Jean Dupas est sollicité quatre fois pour l’Exposition internationale des Arts décoratifs et industriels modernes de 1925 : pour le pavillon du collectionneur de son ami Ruhlmann, pour le pavillon de l’Ambassade française, pour le pavillon de la Manufacture de Sèvres (même si ses vases ont disparu) et pour la Tour des vins de Bordeaux et du Sud-Ouest (dont le musée d’Aquitaine conserve La Vigne et le Vin, une toile de plus de huit mètres de long).

Vue in situ de l’exposition « Jean Dupas & Co. Le grand Art déco ». Photo : F. Deval, mairie de Bordeaux. Vue in situ de l’exposition « Jean Dupas & Co. Le grand Art déco ». Photo : F. Deval, mairie de Bordeaux.

Vue in situ de l’exposition « Jean Dupas & Co. Le grand Art déco ». Photo : F. Deval, mairie de Bordeaux.

L’imagier du pouvoir

« Plus le travail est grand, plus il me satisfait », affirme Jean Dupas en 1928. Il faut croire que l’État l’a entendu puisqu’il reçoit au fil de sa carrière une quinzaine de commandes décoratives importantes. De la fresque du Concile de Trente pour l’église du Saint-Esprit à Paris (1932-1934) jusqu’aux peintures de la Bourse du travail de Bordeaux (1937-1942), il aime étager des personnages bien répartis en groupes compacts et surmontés de figures allégoriques plus grandes. Il réalise également de grandes décorations pour les paquebots, comme l’Île de France et le Normandie dont les esquisses figurent en fin de parcours.

Jean Dupas, Esquisse pour La Gloire de Bordeaux, 1937, huile sur papier, 79 x 169 cm, Bordeaux, musée des Beaux-Arts, ADAGP Paris, 2026 © Photo : F. Deval, mairie de Bordeaux.Jean Dupas, Esquisse pour La Gloire de Bordeaux, 1937, huile sur papier, 79 x 169 cm, Bordeaux, musée des Beaux-Arts, ADAGP Paris, 2026 © Photo : F. Deval, mairie de Bordeaux.

Jean Dupas, Esquisse pour La Gloire de Bordeaux, 1937, huile sur papier, 79 x 169 cm, Bordeaux, musée des Beaux-Arts, ADAGP Paris, 2026 © Photo : F. Deval, mairie de Bordeaux.

« Jean Dupas & Co. Le grand Art déco »
Galerie des Beaux-Arts, place du Colonel Raynal 33000 Bordeaux
Jusqu’au 29 novembre 2026