« Le gouvernement ne tombera pas », a assuré Georges-Louis Bouchez, président du MR, lors des Estivales des Réformateurs à Waterloo. « Nous n’avons pas le luxe de penser qu’il nous faut organiser de nouvelles élections », a prévenu Sammy Mahdi, président du CD & V, lors du débat politique de rentrée du Voka, le réseau des patrons flamands.
Bluff ou vrai risque ?
Au sein de l’Arizona, tous n’en sont pas aussi persuadés. Dans l’entourage du Premier ministre, on entend qu’en l’absence de compromis autour du budget, Bart De Wever pourrait aller remettre sa démission au roi. Au sein des Engagés, personne ne souhaite un retour aux urnes, mais l’objectif fixé par la majorité leur donne des sueurs froides.
Cet objectif, c’est une économie de 10 milliards d’euros pour l’horizon 2029. Ce mardi, le Premier ministre a entamé des réunions en bilatérales avec ses vice-Premiers ministres pour dégager des pistes budgétaires. Les négociations avec les cinq partenaires se tiendront en conclave au début du mois d’octobre. L’intention est d’en sortir avec un accord pour le discours de rentrée parlementaire (State of the union) prévu au mardi 13 octobre.
Pour le professeur de science politique Dave Sinardet (VUB, Université Saint-Louis), ces échos sur une potentielle chute du gouvernement s’inscrivent dans une logique de « dramatisation » propre aux négociations. « Il est assez probable que l’on ait des phases de dramatisation dans les prochaines semaines, voire dans les prochains mois parce que la deadline d’octobre ne paraît plus très concrète. »
Instrumentalisation
Dave Sinardet rappelle qu’il y a un an, lorsque l’Arizona ne parvenait pas à s’entendre sur un budget, « le roi avait aussi été un peu instrumentalisé » pour faire pression sur les partenaires. À l’époque déjà, Bart De Wever avait indiqué qu’en l’absence de compromis, il mettrait un terme à sa mission de Premier ministre.
De Wever-GLB : vers un bras de fer ?
Cette fois-ci, l’effort sera encore plus ardu que celui de l’année précédente car les cinq partis ont clairement marqué leurs différences. La ligne rouge du MR ? Pas de nouvelles taxes et pas de glissement de TVA. Au CD & V ? Pas touche aux voitures de société. À la N-VA ? Il faut une orthodoxie budgétaire. Pour Les Engagés ? Il faudra trouver des recettes, donc inévitablement de nouvelles taxes. Chez Vooruit ? Le social et la santé doivent être défendus coûte que coûte.
Crédibilité en jeu
Pour autant, le politologue ne semble pas convaincu par l’idée que ce conclave puisse s’achever sur un éclatement de l’Arizona. Électoralement, l’Anversois ne voit pas l’intérêt que ces partis pourraient trouver à débrancher la prise. « Bart De Wever et la N-VA se sont fortement engagés pour ce budget. L’une des promesses de campagne les plus importantes de Bart De Wever était de remettre la Belgique en ordre sur le plan budgétaire. Or, ce n’est pas un grand succès pour des tas de raisons. Parvenir à un accord sur le budget, c’est le minimum pour que la N-VA puisse encore, de façon crédible, dire qu’elle a fait quelque chose dans ce gouvernement. »
Un échec serait problématique pour Bart De Wever mais en habile communicant dont la popularité ne faiblit pas dans les sondages, le Premier ministre trouverait le moyen de retomber sur ses pattes et ce, même si l’histoire politique belge montre que le parti qui provoque la chute d’un gouvernement gagne rarement les élections qui suivent.
Pour les autres partenaires, la chute serait plus douloureuse. En mal dans les sondages, ni le MR, ni le CD&V ou même Vooruit n’aurait intérêt à provoquer un retour aux urnes. À la rigueur, Les Engagés, en tant que parti centriste, pourraient se recaser avec d’autres formations.
« Le CD&V patauge, Vooruit sent le souffle brûlant du PTB dans son cou et le MR obtient de très mauvais résultats dans les sondages », résumait Bart Maddens dans une interview accordée à De Morgen fin août. « Personne ne brûle d’envie d’organiser de nouvelles élections, à l’exception de la N-VA, qui pourrait mener une campagne présidentielle autour de Bart De Wever. »
En cas de chute du gouvernement fédéral, ce seraient donc surtout les partis d’opposition, PTB et Vlaams Belang en tête, qui récolteraient les gains électoraux.