Les ébauches se sont rapidement cristallisées en un ensemble spatial sensuel qui, avec ses surfaces brillantes et ses couleurs riches, rappelle l’hédonisme des décennies passées. Le placage en bois de racine joue un rôle prépondérant : l’architecte d’intérieur l’a utilisé pour habiller la bibliothèque qui s’élève jusqu’au plafond dans le salon ainsi que la cheminée. Au coin de la pièce se cache une kitchenette dont les façades reprennent ce veinage caractéristique. Le plan de travail et la crédence en acier inoxydable créent quant à eux une rupture stylistique délibérée.
Ce petit espace de 50 mètres carrés joue avant tout sur les contrastes : les surfaces métalliques froides côtoient des textiles agréables au toucher, les formes géométriques s’opposent aux courbes organiques, et les aménagements contemporains côtoient des objets de récupération chargés d’histoire. On y trouve notamment des chaises vintage espagnoles, ainsi qu’un bougeoir italien et un lampadaire. Au-dessus de la cheminée, un relief sculptural est encastré dans le revêtement mural. Des surfaces ultra-brillantes au look seventies rouge sang reflètent la lumière du jour et confèrent une profondeur supplémentaire à ces pièces relativement compactes.

Une construction neuve au charme historique : Tea Tolordava a fait encadrer les fenêtres de moulures décoratives. Derrière la cheminée se cache le coin cuisine.
Eugene Shishkin, Styling: Yana MakarovaUn espace de retraite
La chambre adopte un ton plus feutré. Des panneaux brillants, une tête de lit recouverte de velours, des miroirs et des détails en laiton créent un refuge presque cocon. Le petit coin bureau fait lui aussi partie intégrante de l’architecture : un meuble encastré avec rangement intégré s’intègre parfaitement dans la pièce. Même les portes suivent ce principe. Situées en face de la fenêtre, elles peuvent s’encastrer entièrement dans des niches murales. Lorsqu’elles sont ouvertes, leur présence disparaît, et avec elle, une autre frontière entre les pièces.
L’effet produit par l’aménagement ne réside pas dans des éléments isolés, mais dans les relations entre les meubles et les objets. Les portails, les niches et les corniches présentent des rayons doux ; les arêtes arrondies confèrent à l’architecture une qualité presque sculpturale. Les fenêtres sont encadrées par des profilés sur toute la hauteur de la pièce, qui dirigent le regard vers le haut et unissent visuellement les espaces.
Pour Tea Tolordava, un intérieur est de toute façon bien plus que la simple somme de ses meubles. L’architecture, l’art, la culture et les impressions glanées au cours de nombreux voyages façonnent son regard. Selon elle, une pièce ne doit pas seulement être esthétique, mais aussi transformer la perception et influencer l’humeur de ses occupants. Plus on y passe de temps, plus les détails se révèlent. Et plus le regard que l’on porte sur ce qui nous entoure évolue.